Céline Roos

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Histoires très brèves de la fin juillet

Voici trois récits très courts. Le premier « Voisins dans le hall d’entrée » répond à la suggestion d’écriture par François Bon : OUTILS DU ROMAN #9 | DANS LE DÉCOR, 2 – points de vue multiples.

Dans mon dernier article, je répondais à la suggestion d’écrire à propos de huit lieux, extérieurs et intérieurs. Ici,

La deuxième étape, depuis ces 8 cadres visuels définis dans l’exercice précédent, c’est de choisir — mais irrationnellement, mais obscurément — celui qui vous semblerait le plus en affinité avec ce que vous explorez par l’écriture. […] Mais, une fois ce cadre élu, on le fera dire par trois personnages, trois points d’énonciation, lestés à outrance […]

François Bon
Image (hérissons) par Gerhard G. de Pixabay

Voisins dans le hall d’entrée

Bon, portrait de groupe avec dames. Dames, je me comprends ! Mémères, plutôt. Il faut négocier cette marche, avec des roulettes, pas évident. Ces abrutis d’aides VSL, on se demande ce qu’ils ont eu comme formation. Et ces boîtes aux lettres, normalisées, ils appellent ça, sauf qu’ils n’ont pas pensé aux chaises roulantes. Oui, bonjour Mesdames ! Oui, ça roule ! La fille est nettement plus gironde mais c’est la mère qui aide à l’occasion. L’autre d’ailleurs aussi. Eh oui, elle est lourde et il faut ouvrir l’autre battant pour passer la chaise. Ils n’ont pas appris à bosser, les jeunots.

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Gamme d’intérieurs et d’extérieurs

Lorsque je ne me sens pas capable d’écrire, je fais des exercices. Voici donc quelques gammes inspirées par une suggestion de François Bon: OUTILS DU ROMAN #8 | DANS LE DÉCOR, 1.

La consigne : que chacun de ces 8 paragraphes (2 fois 4) nous donne le maximum à voir, sentir et entendre d’un lieu extrêmement précis, intérieur d’une pièce, extérieur grand comme là où on a les pieds.

François Bon
Support de cours d’anglais de 6ème:
prépositions de lieux

Extérieur 1.

Certes, le hall est à l’intérieur d’une maison, mais sa température est celle de l’extérieur car l’une de ses extrémités donne sur une cour intérieure, et si porte il y a, elle est rarement fermée.

Pour y entrer, il faut pousser un battant d’une lourde porte cochère de bois. L’immeuble date de 1901. Ce hall possède encore d’autres issues. Une petite porte sur la droite qui ouvrait peut-être autrefois vers la loge et l’appartement du concierge. Et en face d’elle, un grand escalier menant vers le premier étage et le premier appartement bourgeois. Deux pas plus loin, dans un renfoncement, quelques pas nous mènent vers l’ascenseur, plus jeune d’un siècle que la maison. Et puis, de façon évidente, le mur gauche expose un très grand panneau de boîtes aux lettres « normalisées ».

La hauteur de la voûte est impressionnante. On imagine le bruit que devaient faire les sabots des chevaux qui allaient rentrer à l’écurie dans le fond de la cour, transformé aujourd’hui en un petit bâtiment à deux appartements et quelques garages.

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Bribes de juin et juillet 2020

En cette semaine toujours assez intense, je n’ai pas réussi à composer un texte qui fasse sens et j’ai donc décidé d’alimenter mon blog avec des bribes de mon journal. En effet, j’en serai éloignée pendant une dizaine de jours et je ne voudrais pas qu’il se sente abandonné. Voici donc

Bribes de journal

2 juin

Lettre à l’administration

Je suis inquiète de rester pendant des heures dans une pièce où les fenêtres ne sont pas ouvertes. Il me semble pourtant que l’aération des locaux a souvent été conseillée, et encore récemment aussi bien par les messages réguliers diffusés au public que dans des recommandations officielles.

De plus, je dois avouer qu’à titre personnel, cet enfermement crée chez moi une inquiétude qui ajoute de l’inconfort à une situation qui est déjà difficile.

5 juin

Alors que j’ai envie de bouger, je reste dans l’attente. Alors que le soleil brille, la pluie tombait violemment, il y a une heure. Alors que j’aimerais écrire, je n’ai plus grand-chose à dire aujourd’hui. Alors que je voulais voyager et me payer des vacances un jour, j’ai bien peur que je ne bougerai plus beaucoup d’ici. Alors que je devrai m’occuper des impôts, j’ai encore une fois laissé tomber !

6 juin

Mot : « un an »

Un an paraît une éternité à un enfant. Il fallait donc se remettre dans la peau d’un enfant.

En 2003, qu’est-ce que je faisais ? C’était l’année de mon capes. En Septembre, je commençais mon année de prof stagiaire, l’année la plus dure de ma vie de prof, probablement.

7 juin

Mot : « déraison »

Soyez raisonnable ! M. C. m’avait dit cela lorsque je songeais à m’engager dans un doctorat. Son conseil était amical et avisé. Mon âge était un inconvénient. Il m’avait suggéré de passer le capes. Je l’ai fait et ai eu du travail pendant quinze ans après cela.

En quoi pourrais-je être déraisonnable aujourd’hui ?

Je pourrais tenter de voler ou d’escalader la façade de mon immeuble. Je pourrais chercher à obtenir un titre de MI ou GMI d’échecs. Je pourrais m’inscrire à un concours de beauté. Je pourrais envoyer des manuscrits à des maisons d’édition. Je pourrais me commander des plats de traiteur à tous mes repas. Je pourrais demander à un médium de me mettre en relation avec mes « chers disparus ». Je pourrais me teindre les cheveux en vert turquoise. Je pourrais adopter de nouveaux chiots et chatons. Je pourrais déclarer ma flamme à un homme ou une femme que j’admire. Mais qui ?

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Littérature et animalité

Je pensais au quasi-tabou de la scatologie dans la littérature. Le terme est peut-être exagéré mais ce qui me frappe est que les lecteurs et les éditeurs acceptent la représentation d’attitudes minables, serviles, cruelles avec souvent une certaine délectation alors que mentionner les besoins naturels tels que l’évacuation de ses intestins est considéré de mauvais goût et bas. Toujours la peur de se représenter comme l’animal que nous sommes au moins au niveau anatomique et biologique. En quoi cette représentation amoindrirait-elle les humains ?

Blue Babe, buffle des steppes, âgé de plus de 50 000 ans.
Capture d’écran de l’émission
« Alaska, une découverte savoureuse »

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Une mini-nouvelle et sa genèse: la sorcière et les deux frères

Voici comment a débuté la création de cette petite nouvelle dont je ne trouve pas le thème de mésentente familiale très sympathique (mais je lutte contre ma tendance psycho-rigide à éviter les images déplaisantes). Parfois, j’écris pour moi-même une série de questions, sans réfléchir, pour m’en servir plus tard de base d’inspiration pour un écrit. Ainsi, le 23 juin, j’avais posé quelques questions dont, par exemple :

Quand décideras-tu d’aller faire une longue promenade ?

Dans quelle mesure crois-tu à ton avenir ?

Mais qui es-tu donc ?

Mielleusement ou mièvrement ?

Enfin, as-tu compris quelque chose à tout ça ?

Fantaisie ou furie ?

Hors-champ, quelle est ton attitude ?

Étape suivante, quelques jours plus tard, j’ai tiré au sort la question « Fantaisie ou furie ? »


Pèse-sorcière, Oudewater, Pays-Bas
par Martinvl / CC BY-SA (Wikimedia Commons)

J’ai alors pensé : la question n’est pas logique. Ce pourrait être : fantaisie ou folie, ou encore une fantaisiste ou une furie. Mais soit : fantaisie ou furie. Cette action est-elle un signe de fantaisie ou de furie de l’accusée, de la malade, de l’individu dont on se préoccupe en ce moment ?

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Bibliographie imaginaire de Strasbourg

De Strasbourg, n’existe plus en ce vingt-troisième siècle que des textes, sons, films, mémoires de saveurs et de senteurs. Pourtant, la bibliographie « imaginaire » suivante vient d’être aperçue par une de nos voyeuses.

Bibliographie imaginaire de Strasbourg


Cathédrale de Strasbourg (2006) photo par
Rama. (Wikimedia Commons)

La Famille-Hors-Radars (1969)

Un fait divers incongru entraîne la révélation de l’existence d’une famille aux confins de la société, qui, avec la complicité d’une institutrice à la retraite, réussit à se cacher plus de quinze ans dans le Strasbourg contemporain, en suivant la stratégie de survie de la famille d’Anne Franck.

Histoires de Strasbourgeoises libres (2000)

Elles étaient atypiques, souvent anonymes, parfois méprisées. Chacune d’entre elles, à sa façon, a vécu en liberté. Lisez ce reportage sur treize femmes affranchies de Strasbourg.

Comment J’ai Refroidi mon Centre du Langage à Strasbourg (2005)

Ce livre, composé d’environ 15 textes – probablement des travaux de préparation ou d’exploration préalables à l’écriture de nouvelles ou romans – en contient des extraits dont la diégèse se situe à Strasbourg. Jamais n’apparaissent ces romans ou nouvelles dans leur totalité.

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Une nouvelle: À la recherche de l’oncle

Le voyage était plus long que dans un train de jour mais elle dormirait et serait d’attaque le lendemain. Elle voulait s’entretenir avec Roland Meyer ou un de ses enfants.

Depuis son retour en France, elle s’intéressait à l’histoire de sa famille. Son père était décédé l’année précédente et Nancy avait l’intention de rencontrer ce Roland Meyer, un oncle qu’elle n’avait jamais connu. Elle avait réussi à découvrir qu’il vivait à Montpellier et était PDG d’une compagnie de comptabilité. À dire vrai, elle était surtout curieuse. Ne serait-ce pas formidable si elle réussissait à établir un lien avec cette branche de sa famille ?

Famille Levy (années 1908-1910)

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Deux courtes histoires commençant par la fin

Voici deux histoires très courtes commençant par la fin: l’une est liée au jeu d’échecs, l’autre a pour thème une avancée scientifique du futur et ses conséquences éventuelles. J’ai l’impression que je vais encore exploiter ce deuxième thème dans d’autres nouvelles. Il me semble bien fécond.

Gribouillis par Céline Roos

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Chronologie Littérature et Culture en France – fin XVIIème, XVIIIème et XIXème siècles

Une petite chronologie civilisationnelle, culturelle et littéraire de la fin du XVIIe et des XVIIIe et XIXe siècles en France que j’avais compilée lors de mes études. Certains évènements et textes débordent du cadre mais ils ont eu une influence primordiale sur les autres.

Portrait de Denis Diderot (1713–1784), 1766
par Jean-Baptiste Greuze (Wikimedia Commons)
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Greuze_Portrait_of_Diderot.jpg

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Je flâne à partir de mes lectures

Une simple phrase lue peut nous faire partir dans tant de directions.

Je n’ai pas encore terminé de lire
Carcajou ou le Diable des Bois
de Félix Leclerc, mais qu’il est beau!

« Mais peut-être que pour eux c’était autre chose. » Nathalie Sarraute, Tropismes (1939) (chapitre II)

Je reprends cette phrase tirée d’un roman dont je n’ai lu que des extraits, mais elle est universelle, dans le fond. Chacun a dû se la dire à un moment ou un autre. Une situation, un évènement perçus de façon différente par les divers acteurs ou témoins.

C’était autre chose qui les avait motivés.

C’était autre chose qu’ils ressentaient ou avaient ressenti.

C’était autre chose dont ils rêvaient.

C’était autre chose qui les faisait frémir ou les terrifiait.

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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