Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Pendant l’éclipse, lectures div/gestives

Je redécouvre ma bibliothèque en ce moment alors que de petits soucis de santé m’éloignent de mon ordinateur. Mes parutions d’articles sur mon blog se raréfient donc mais j’espère que je pourrais bientôt être plus active. En attendant, voici une petite liste de livres qui pourrait vous intéresser. Parfois, avec quelques petites citations.

Kurt Vonnegut

Pris dans Nuit Noire ou Nuit Mère de Kurt Vonnegut (1976) traduit par Michel Pétris de Mother Night (1961) :
« Il n’y a pas à chercher bien loin pour trouver la raison de cet échec. »
P. 57 :
« – Dès le début de la guerre, vous ferez le choix d’être un homme mort. Et même si vous ne vous faites pas prendre, si vous demeurez en vie jusqu’à la fin, vous serez un homme déshonoré, un homme à qui il restera sans doute bien peu de raisons de vivre. »
Un peu plus loin :
« Il ne mentionna pas la raison principale qui devait me décider à accepter son offre : à savoir que j’étais un cabot dans l’âme. Dans le rôle d’espion auquel il me prédestinait, j’aurais l’occasion de donner la mesure de mes talents d’acteur. Ma brillante interprétation du fanatique nazi tromperait tout le monde. »

Kurt Vonnegut (1922-2007), écrivain américain né de parents d’origine allemande, a vécu, enfermé dans une cave d’abattoir, le bombardement par les alliés de la ville de Dresde entre le 13 et le 15 février 1945 et en a été traumatisé. Plusieurs de ses romans sont liés à cette expérience et en particulier le célèbre Slauterhouse Five (Abattoir 5).

Voici une émission de France Culture à propos de Abattoir 5 de Kurt Vonnegut, cinquantième anniversaire.

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Une mini-nouvelle : la rébellion du petit carnet

Une proposition d’écriture de Régine Detambel s’intitule « les usages du carnet ». Elle m’a inspiré le petit conte loufoque, légèrement dystopique mais un peu innocent qui suit.

Copie d’une des dernières pages d’un des carnets préparatoires de Sur la route par Jack Kerouac, intitulé « Notes nocturnes et diagrammes pour Sur la route » (novembre 1949). Exposition « Sur la route de Jack Kerouac : L’épopée, de l’écrit à l’écran » (16 mai – 19 août 2012) au Musée des lettres et manuscrits de Paris. Déposé par Prosopee (Wikimedia Commons)

La Rébellion du Petit Carnet

Le petit carnet recevait ses pensées fugaces et lui donnait le temps, pendant qu’elle les notait, de réfléchir à leurs causes et leurs implications. Parfois, il lui offrait une illumination, un élément de réponse à un mystère qui se cachait quelque part dans sa mémoire. Ce carnet représentait un certain confort : elle y écrivait lorsqu’elle n’avait pas envie d’être assise en face d’un ordinateur, mais plutôt dans un coin de son sofa ou à une table d’un salon de thé. Immanquablement pourtant, elle recopiait plus tard ces notes dans un document sur son ordinateur.

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Une mini-nouvelle : somnolence dissociative

Une triple inspiration m’a permis d’écrire la nouvelle qui suit, aujourd’hui. D’abord, très modestement, je me suis laissée influencer par l’esprit des nouvelles de Jorge Luis Borges, sans tenter de pasticher sa propension aux références littéraires. Ensuite, j’ai regardé la dernière vidéo « Imaginer c’est voler » de l’atelier de François Bon où il propose de parler de personnes observées et d’en profiter pour faire un retour sur soi-même. Enfin, je fouille aussi parfois le blog de Régine Detambel, et j’ai lu sa proposition d’écriture intitulée « puissance poétique du sommeil ».

Voici donc ma nouvelle :

Somnolence dissociative

Il me faut raconter ce soir cette journée assez particulière d’autant plus que je viens de lire la nouvelle « Guayaquil » de Jorge Luis Borges où il rappelle combien la mémoire d’événements peut rapidement s’altérer. Son récit reflète, de plus, dans une de ses facettes baroques, une impression étrange qui m’est apparu aujourd’hui. Et j’ajouterai ainsi à mon palmarès personnel une deuxième raison d’être fière de moi tandis que le sommeil veut m’envahir, et que je résiste vaillamment résolue à composer la relation de ma rencontre.

Ruprechtsauerallee = Allée de la Robertsau. 1903.
Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg
Gallica, photographe : Jul Manias

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Petite astuce pour contrer le syndrome de la page blanche

Voici une petite astuce qui m’aide à combattre la déprime qui s’installe lorsque je me sens atteinte du syndrome de la page blanche.

Je l’ai trouvée sur le site Language is a Virus en anglais qui se présente avec l’idée de guérir le blocage de l’écrivain grâce à des suggestions d’écriture dont certaines sont réellement positives. Ainsi, hier, je suis tombée sur la suggestion « Make a list of everything that makes you feel motivated right now. » Je l’ai traduite pour moi-même par la question suivante :

Qu’est-ce qui me donne le sentiment d’avoir de la motivation, maintenant ?

Image par Pexels de Pixabay

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Une mini-nouvelle : Quel lendemain ?

Je suis toujours un peu handicapée du point de vue fictionnel, mais aujourd’hui, j’ai réussi à écrire un texte qui n’est pas lié à la réalité. J’ai suivi une suggestion intitulée « demain sera toujours demain », que je ne trouve pas très heureuse dans sa formulation, mais elle existe. J’y vais donc et voici ma nouvelle.

Quel lendemain ?

Sommes-nous vraiment le lendemain du jour précédent ? Ou bien l’un des divers lendemains possibles ? Si je tentais d’imaginer les autres possibilités ? Pour ceci, il faudrait déjà que je me souvienne de certains éléments de ma vie de la journée précédente. Choisissons-en un au hasard.


Image par Pete Linforth de Pixabay

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Citations de compensation

Quelques soucis de santé plus (mon chat) ou moins (moi) importants m’ont envahi l’esprit cette semaine. N’étant pas capable d’écrire, je vais utiliser des extraits d’autres auteurs pour créer cet article.

La langue crée le personnage

19/11/2019. Je feuillette Reading Shakespeare’s Dramatic Language ; A Guide de la série Arden Shakespeare (2001) et particulièrement l’article « Style, rhetoric and decorum » par Lynne Magnusson.

p. 28, à propos de Shylock :

« […] the cautious sizing up of a man’s words and assets suggested by Shylock’s repeating of what Bassanio says – the langage ‘fits’ or, indeed, creates the speaker. »

+

« […] Here, without questions, schemes of repetition are not primarly ornemental but have a clear dramatic function in bringing out the plurality of the play’s voices. »

Ma traduction :

« […] lorsque Shylock répète ce que dit Bassanio, il semble évaluer les mots de l’homme et ses atouts : la langue convient au locuteur ou, en fait, le crée. »

+

« […] Sans conteste, ici, les schémas de répétition ne sont pas avant tout ornementaux mais ont clairement la fonction dramatique de faire ressortir la pluralité des voix de la pièce. »

Magnusson fait remarquer l’opposition entre les paroles typiques d’un noble de Bassanio et celles plus prosaïques, prudentes et calculatrices de Shylock. Quant aux répétitions de segments de phrases de l’un à l’autre personnage, elles permettent encore une fois de poser le personnage de Shylock. Le style, la couleur de ses phrases et mots ne font pas qu’aller au personnage. Elles le créent aussi, elles le construisent.

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Une nouvelle: Au symposium, Professeur Lumière, IA

Malgré ce titre un peu trompeur, le Professeur Lumière, que nous commençons à bien connaître, cette intelligence artificielle désireuse de se former pour devenir enseignant, n’était pas présent au symposium. Mais il a été question d’elle (ou de lui, mais les genres le concernent peu). Voici donc la suite de cette aventure, mais il est possible de relire les épisodes précédents ici:

Son expérience de stagiaire a été difficile, voir la nouvelle : Professeur Lumière, IA.

Professeur Lumière, IA est pourtant déterminé. Voir la nouvelle : Professeur Lumière, IA invaincu

Le temps de la réflexion : Professeur Lumière, IA vers Cybintel

Comment pense-t-il donc ? Où l’on accède à des bribes authentiques de la « pensée » du Professeur Lumière, IA

Au symposium, Professeur Lumière, IA

Évolution par Gerd Altmann de Pixabay

Hermione et Sarah s’étaient rapidement repérées l’une l’autre à leur arrivée au symposium. Elles se connaissaient depuis leurs débuts de stagiaires, avant leurs titularisations respectives. Puis Sarah avait obtenu un poste dans une autre région, mais elles étaient restées en contact et avaient décidé de s’inscrire ensemble à cette rencontre internationale. Pour l’instant, elles n’avaient pas pu bavarder, la première conférence ayant commencé à huit heures.

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Une mini-nouvelle: La case « échecs »

De façon un peu surprenante pour moi, mon premier article de l’année sera une nouvelle sur le thème du monde des échecs. J’ai quitté ce milieu depuis une quinzaine d’années, mais il alimente visiblement encore mon imagination.

La case « échecs »

Claire avait soudain apparu, cette après-midi-là, dans la salle de tournoi où je venais juste de terminer ma partie de deuxième ronde qui s’était déroulée de façon satisfaisante sinon glorieuse. Mon adversaire avait mal joué et avait dû abandonner assez rapidement. Mon tournoi se déroulait normalement : ce n’était pas dans les premières rondes que je rencontrerais les plus forts joueurs.

Claire observait la partie qui était jouée au deuxième échiquier. Personne, pas un joueur d’échecs ne l’avait rencontrée depuis près de deux ans. On disait qu’elle était devenue vendeuse et voyageait beaucoup. Je m’approchai d’elle et attendis qu’elle remarque ma présence. Quand ce fut le cas, je fus ravi de sa réaction spontanée de plaisir. Deux bises sur les joues, quelques mots à voix basses sans conséquence, et d’un commun accord, nous marchâmes tranquillement le long de l’allée centrale pour sortir et bavarder dans le jardin.

Céline Roos Tournoi de Capelle (1991)

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Aller-retours temporels

Nous serons bientôt en 2020. Lorsque j’étais enfant, j’avais calculé l’âge que j’aurais en 2000 : quarante-six ans. Je me demande si j’avais une idée de ce que j’allais devenir plus tard et de ce que je suis aujourd’hui. J’avais une idée assez nette de ce que je ne voulais pas devenir : je ne voulais pas me compromettre, être corrompue, vivre pour l’argent. Je voulais vivre selon mes valeurs de l’époque (quelque chose de l’ordre du chevaleresque). Ont-elles beaucoup changé ? Je ne crois pas mais je me suis calmée, suis (un peu) plus sage, plus prudente. Je voulais que ma vie soit une aventure. J’ai été servie. J’espère que ce n’est pas fini.

Ashes to Ashes – image Amazon

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Où l’on accède à des bribes authentiques de la « pensée » du Professeur Lumière, IA

Moi qui vous raconte cette histoire, je me sens forcée de m’excuser. Je perçois votre objection : pourquoi vouloir tenter de décrire les motivations d’une intelligence artificielle, si c’est pour la faire raisonner comme un homme ou une femme ? Notre Professeur Lumière, ce robot, en particulier, a visiblement été doté d’une caractéristique psychologique de l’ordre de la volonté, une caractéristique qui lui fait avoir l’ambition de devenir un enseignant dans une classe d’élèves malgré les obstacles qui se sont présentés à lui. Soit. Ceci est très humain.

Mais serais-je capable de décrire ce qui se passe réellement dans son « esprit » ? D’ailleurs, est-il individuel ou, au contraire, connecté à d’autres intelligences artificielles ou à un centre cybernétique alors qu’il « compute » ? Il va falloir que j’en sache plus à ce propos.

Logo du sommet sur l’intelligence artificielle,
AI for Humanity du 29 mars 2018,
et du site web associé (https://www.aiforhumanity.fr/)
Mission Villani sur l’intelligence artificielle

Il se pourrait qu’il accepte qu’une partie de ses recherches, investigations, calculs, échanges soient partagés avec d’autres mais qu’il conserve un domaine personnel, privé. Question. Mais je fais de l’anthropomorphisme. Le problème est que je ne suis peut-être même pas capable de concevoir la façon dont une intelligence artificielle « compute » : je trouve difficile, finalement, d’utiliser le verbe penser. Essayons de continuer un peu et de l’écouter, d’écouter des bribes minimales de ce qui se passe en lui. Nous sommes son sujet et il s’intéressait à la question de l’humour qui lui semblait un des facteurs faisant obstacle à son approche des enfants humains :

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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