Céline Roos

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Casserole de sexagénaire

Je ne cesse de repenser à Charles Bukowski, à son idée de l’écriture, à ses textes que je relis depuis plusieurs jours. Qu’il ait été un phallocrate* ivrogne, peut-être et de ses textes, je ne connais que ceux de sa période septuagénaire, mais quelle force de frappe, quel pouvoir ! Je sens que je n’arriverai pas à écrire un autre article ici avant d’avoir réussi à composer un petit quelque chose à son propos.

C’est au début des années 90, qu’un ami Canadien, de passage à Strasbourg, m’a offert ce livre, Septuagenarian Stew ; Stories & Poems (1990) traduit plus tard en français par Michel Lederer, sous le titre Le Ragoût du Septuagénaire ; Nouvelles et poèmes, 1983-1990, 379 p. ; Ed. Grasset, Le livre de poche.

Lien Septuagenarian Stew : https://www.amazon.fr/Septuagenarian-Stew-Charles-Bukowski/dp/0876857942

Lien Le Ragoût du Septuagénaire :

https://www.amazon.fr/rago%C3%BBt-du-septuag%C3%A9naire-Charles-Bukowski/dp/2253146331

Dans ces années-là, je ne l’avais pas tant apprécié y repérant surtout ses nombreuses mentions à l’absorption immodérée d’alcool, une question dont j’avais plutôt envie de m’éloigner.

Aujourd’hui, j’y trouve autre chose probablement parce que je suis passée dans cette tranche d’âge où « la saison finale semble bondir à l’horizon » (ma traduction d’un tout petit extrait du poème « We must » que je vais essayer de traduire).

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Une nouvelle : Hannah et Chloé vont au cirque

Mais que devient donc Hannah ? Je l’avais presque oubliée !
Voici le premier épisode de ses aventures : Hannah et après

Et le deuxième : Salon avec poupée et Hannah

Un petit tableau plutôt qu’une nouvelle, peut-être, mais c’est toujours agréable de savoir ce que deviennent les amis.

The Marx Brothers. Du haut en bas : Chico, Harpo, Groucho et Zeppo.
1931 (auteur : Ralph F. Stitt. Wikimedia Commons)

Hannah et Chloé vont au cirque

La dernière fois, les rôles étaient inversés. C’était elle, Hannah, la pauvre invalide et Chloé était venue la distraire de ses ennuis. À présent, elle tentait à son tour de dérider sa copine qui, comprenait-elle, venait de se faire plaquer par son copain. Jamais facile, ce genre de mission, d’autant plus qu’elles ne se ressemblaient pas du tout de caractère, ni physiquement d’ailleurs. Chloé, une jeune femme fine, nerveuse, châtain clair, s’habillait avec style. Sa mère, une « comtesse » la faisait parfois servir en tenue de serveuse lorsqu’elle recevait des invités. Le comte héréditaire, son paternel, se préoccupait bien moins de son titre. N’ayant pas encore beaucoup d’occasions de travailler dans son domaine, le journalisme, Chloé occupait une quantité de petits postes, dont du baby-sitting. Elle-même avait fait des études moins prestigieuses mais elle pensait avoir plus de chances d’entrer rapidement dans une voie professionnelle qui l’intéresserait. Elle se disait qu’une fois lancée, il lui suffirait de travailler sérieusement pour, petit à petit, obtenir des responsabilités. Physiquement, à dire vrai, ni l’une ni l’autre n’étaient des bombes, mais elles étaient normales, normalement jolies pour des filles de leur âge. Hannah, un peu plus ronde mais aussi un peu plus grande, retenait ses cheveux bruns bouclés dans une natte souple qu’elle laissait retomber sur son épaule. Les gens disaient souvent qu’elle réagissait vite, mais dans le fond, elle se sentait moins sensible et vulnérable que son amie.

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Des fenêtres au temps intérieur

Dans la nouvelle Hot Ice (1990) de Stuart Dybek, un personnage collectionne des fenêtres qu’il admire au fil de ses pérégrinations. Il n’est pas un collectionneur habituel : il n’emporte pas ces fenêtres qui restent là où il les a trouvées. L’idée d’être heureux de la beauté sans vouloir la posséder me plaît.

L’inspiration du texte qui suit vient d’une suggestion de François Bon dans son atelier d’écriture du Tiers-Livre:

Il s’agit plus de traiter de la fenêtre comme surface réflexive et méditative, mémorielle, qu’isolant un fragment de réel extérieur projeté en 2D.

François Bon

Fenêtres hypothétiques

Aurait-elle été jeune aujourd’hui, en 2019, les grumeaux dans son potage l’auraient embarrassée. Une impression désagréable de quelque chose de pas clair. Elle se serait trouvée assise dans une cantine d’entreprise vide. L’autre raison de son malaise aurait été le manque de fenêtres, elle avait toujours été un peu claustro. La vitre qui devait donner sur la cuisine n’aurait pas été pas transparente. Elle n’aurait même vu personne de l’autre côté des comptoirs de plats. À côté du potage, une tranche de viande géométrique, de la purée et une sauce « gravy ». Et dans un coin du plateau, un petit flan et un verre d’eau. Dans cette salle vide, elle se serait sentie démunie, presque nue. Un maigre début pour son stage en entreprise. Elle aurait eu envie de repartir mais un repas gratuit ne se refuse pas.

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Questions ouvertes et authentiques

 Les questions en valent toujours la peine. Les réponses, pas toujours.

Oscar Wilde

Remue-méninges

Q : questions de genre, questionnaire, quadrillage, quotes, don Quichotte, Quasimodo, querelles, quiproquos, quod erat demonstrandum, Quantico, quand, query, quête, queue, quiche, quidam, Quefellec, quille, quiz, Quinquin, quinine, quitter, quittance, quolibets, quoi, Quentin, Quintinius, Lary Quant (mini-jupe British), quadrature, quai d’Orsay, quakers, théorie quantique, quarantaine, Quasimodo Salvatore, poète italien, prix Nobel 59, Québec, Queen Anne (+ style), Queneau, François Quesnay (encyclopédie Diderot), quicksand, Q. pseudonyme de Quiller-Couch, Sir Arthur Thomas (1863 – 1944) critique et romancier, romans d’aventure en Cornouailles, Quimper, Quine, philosophe américain (langue et logique), Quintilianus, théoricien romain, tuteur des enfants de Domitien. Qui, qui va là ? Quetzalcóatl, quadrilatère, quant, quand, quaternaire, questions, questionneur, questeur, quel, quelle, queue, quasi, quadrimoteur, quarante, quadragénaire. Quelle, quantité, querelleur, questionner, quantième, qualifier, qualificatif. Quiz 

Quentin était le prénom de cet élève qui avait décidé de faire Commerce International. Son père, ébéniste, était déçu que son fils ne veuille pas reprendre le flambeau.

Quod erat demonstrandum (ce qu’il fallait démontrer). Une intuition à démontrer. Un raisonnement mathématique, logique. Me fait penser aux vieux textes d’intrigues, type ceux de Conan Doyle ou d’Edgar Allen Poe, à la limite d’Agatha Christie.

Queen Anne, me fait penser à Jonathan Swift.



Question mark sculpture in Esbjerg
par Alexander Henning Drachmann de Esbjerg, Denmark (Wikimedia Commons)

Les mots en qu-

Je reviens à ma lettre q, qui en français est suivie la plupart du temps de la voyelle u. Lorsque j’enseignais l’anglais, je faisais travailler mes élèves sur les mots en wh-, ce qui se traduirait littéralement par les mots en qu– chez nous. Mais nous ne disons pas cela. Nous parlons des mots qui introduisent des questions ouvertes (j’évite l’affreux terme grammatical).

Graphie

J’ai souvent été gênée, petite, lorsque je devais écrire un q majuscule : je trouvais qu’il y avait une disharmonie entre le gros o fermé ou ouvert de la partie supérieure de la lettre et la pique qui descendait plus bas que la ligne. Pour un g, les deux boucles se répondent, le geste est aisé et relativement jouissif lorsqu’on trace la lettre, mais cette pique du q me fait penser à un soc de charrue primitive, auquel on n’aurait même accordé aucune courbure, simplement un pieu à planter dans le sol.

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Deux Mini-Nouvelles : Errances

Voici deux petits textes à propos d’errances, inspirés, l’un par la phrase de Jean Tardieu « Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ? », l’autre par le thème de la rencontre inattendue.

À propos de Jean Tardieu: – les « problèmes » d’où est tirée la citation; – connaissez-vous le professeur Froeppel?

Mais voici mes deux mini-nouvelles.

Muret, rue Goethe (Google Maps)

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Une nouvelle: Rue de la Nuée Bleue

Sous le grand porche des Dernières Nouvelles, chaque page du journal est mise en vitrine chaque jour. Le sol en mosaïque de la rue de la Nuée Bleue est la partie surélevée de la place toute en rondeur, protégée par de grands arbres, où se trouve aussi l’église protestante Saint Pierre le Jeune. La mosaïque est enchanteresse : de minuscules petites dalles d’un gris bleuté avec d’autres plus claires formant des étoiles blanches à six pointes et au cœur plus sombre.

Bien haut au-dessus de la mosaïque aux étoiles, au 21, il y avait un appartement, propriété des Dernières Nouvelles et récupéré par eux plus tard. Il était seul, au dernier étage et tout l’immeuble appartenait au journal.

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Des histoires vraiment très courtes !

Depuis quelques années, chaque été, une membre du forum Atramenta propose des défis de textes très courts. Il s’agit d’écrire en cinquante-cinq mots au plus de petits textes inspirés d’une citation provenant d’un roman. Ces défis sont accessibles dans la rubrique « Auteur cherche auteur » du forum.

Je vais recopier ici quelques-unes de mes histoires très courtes, écrites au fil des derniers mois.

Le Vieux-Port de Montréal (photo de Christophe95 sur Wikimedia Commons)

Histoires d’animaux

Je fixe ces pages jaunâtres vers lesquelles je ne peux laisser filer mes mots. Découragée, je m’apprête à fermer mon cahier quand je vois un petit éphémère s’y dresser. Il a surgi, les lignes brillantes, sur deux pattes, et semble m’apostropher en un cri muet d’horreur pour que je ne l’écrase pas.

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Petite bibliographie de nouvelles

Il est clair, une fois de plus, que ma veine fictionnelle est enfouie quelque part et que je me suis un peu égarée. J’écris beaucoup, mais ce que j’écris me semble trop proche de l’autobiographie ou, parfois, au contraire, trop déjanté et surréaliste. Alors, je vais raconter où j’en suis de mes lectures. Les mêmes ouvrages traînent parfois pendant des mois sur ma table de chevet puisque j’ai constamment plusieurs livres entamés. Je vais mentionner principalement les recueils de textes courts, nouvelles ou autres. D’ailleurs, j’hésite à le faire car je lis encore principalement en anglais, mais certaines de ces nouvelles sont traduites en français.

John Gardner

https://www.rarebookcellar.com

Je suis en train de terminer ma lecture du recueil de nouvelles de John Gardner, The Art of Living and Other Stories (1974,…, 1989). Il s’y trouve quelques gemmes ! En particulier, je pense à « The Joy of the Just » : une nouvelle excellente, finalement comique, alliant la cruauté paysanne, le désir de revanche avec le discours religieux et l’hypocrisie de tous. Les textes sont variés, en thème et en taille, la plus longue (100 pages), « Vlemk The Box Painter », étant un beau conte à propos d’un peintre capable de donner la parole à ses créations, qui est une réflexion sur la création artistique, la vocation artistique, et la reconnaissance que l’artiste peut espérer ou craindre.

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Une nouvelle (ou un tableau): la Tour Hors-Jeu

C’est en l’honneur du 10e Festival d’Échecs d’Été de Strasbourg qui se déroule actuellement que j’ai décidé de composer la petite nouvelle qui suit.

La Tour Hors-Jeu

Ses doigts, dans la poche de sa veste, ne cessaient de tourner en tous sens la pièce d’échecs qui n’aurait pas dû s’y trouver. Cela faisait des années que, chaque fois qu’il jouait un tournoi dans la région, Sébastien emportait la tour noire avec l’espoir de la rendre à son propriétaire. Il n’avait jamais réussi à le faire.

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Un Rêve : Filmer la vie d’une maison de ville

Je suis inspirée par la proposition de François Bon : 10 | mise en quatre (in nocturnes de la BU d’Angers), une proposition d’écriture à partir du « Chasseur de crépuscules » de Julio Cortàzar.

Maison d’appartements à Strasbourg (Google maps)

Un Rêve : Filmer la vie d’une maison de ville

Si j’étais cinéaste, je me consacrerais à la chronique de vie d’une maison d’appartements petits-bourgeois. Ce serait difficile, car il faudrait évoquer les ruptures, les naissances, les morts, les déménagements, les nouvelles arrivées, les nouveautés technologiques (même si elles ne consistent qu’à remettre le système électrique au niveau des normes de sécurité acceptées, ou l’installation d’un ascenseur, l’arrivée de la fibre). Je filmerais aussi les images prises au vol de bébés, devenus enfants ensuite, jouant dans la cour ou enfermés par mégarde dans l’ascenseur, plus tard leurs premières bêtises d’adolescents, et leurs rencontres sentimentales avant qu’ils ne s’en aillent et laissent leurs parents seuls, à se disputer ou s’ennuyer. Il me faudrait consacrer une trentaine d’années à ce film pour qu’il soit vraiment fidèle à la réalité du temps qui passe.

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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