Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Bribes de septembre 2020

Voici quelques bribes du mois qui n’est pas encore passé puisque les textes plus longs ne sont pas à ma portée.

chez Actes Sud (2011)
traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle

une erreur

Une erreur de casting ? C’est une erreur : au téléphone. Errer, l’errance des fous, de ceux qui sont perdus, qui avancent sans but ni direction.

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Intermédiaires dans la vie et dans la fiction

Certains jours, je pars d’un mot et ne peux écrire autre chose avant d’avoir exploré tout ce que ce mot m’inspire. Il faudra donc que je publie ce texte à propos d’intermédiaires si je veux pouvoir passer à autre chose. J’ai pensé aux intermédiaires en tant qu’étapes dans un processus en évolution, en tant que fonctions occupées par des humains et en tant qu’en outils narratifs.

Les états intermédiaires, les étapes au cours d’une mue.

Image par rottonara de Pixabay

Dans un sens, je vis de façon récurrente des états intermédiaires entre mes diverses cures de chimiothérapie : il y a d’abord les trois jours de la chimio, où je suis assez zombie. Ces jours-là, je ne suis à peu près capable que de me laver, m’habiller au réveil, donner à manger aux animaux, faire des siestes, regarder très vaguement des extraits d’émissions, lire, très peu.

Puis suivent trois ou quatre jours où j’ai plus de forces qui me permettent d’aller marcher environ mille à mille cinq cents mètres le matin, à l’extérieur. Ces jours-là, je lis beaucoup, j’essaye d’écrire, mais ne réussis à noter en général que la fréquence de mes prises d’antalgiques et la relation de mes contacts téléphoniques avec la famille et les amis. Étrangement, j’arrive à jouer aux échecs en ligne (selon un ami joueur d’échecs, la raison en est que j’ai appris le jeu d’échecs lorsque j’étais une jeune enfant et que ce jeu constitue pour moi une langue maternelle que je ne peux pas vraiment perdre).

Je suis aujourd’hui dans cette phase ou plus précisément dans la phase de transition entre celle-ci et la suivante, les quelques jours avant la prochaine cure de chimio (elles ont lieu tous les quinze jours). Ces jours avant la prochaine chimio, je me sens valide. Ils sont entachés par les rencontres avec infirmières et oncologue. Mais si j’oublie ces petits désagréments, ce sont des jours plutôt agréables durant lesquels je peux mieux écrire et vaquer à mes occupations administratives.

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Une petite nouvelle: la question essentielle

Un joueur d’échecs, une prof d’anglais, un traducteur, une mère au foyer et un vendeur de livres conversaient depuis plusieurs heures, que dis-je ? Plusieurs jours, pour débattre d’une question d’importance. Ils avaient pour mission d’examiner tous les points importants, les uns après les autres, et d’émettre un jugement à leurs propos pour arriver à une décision finale une fois qu’ils auraient fait le tour de la question. Vous remarquerez cette composition de trois hommes et deux femmes : un nombre impair était nécessaire pour obtenir, à chaque fois, une majorité de voix et un tirage au sort avait eu lieu pour le choix de la cinquième personne. Les conditions d’équité avaient donc été respectées.

Diogène, tableau par John William Waterhouse
(1849 – 1917), (Wikimedia Commons)

Mais quel était donc ce problème crucial à résoudre ? Il s’agissait de décider s’il valait mieux vivre une vie d’aventure passionnante avec tous les risques de danger et d’échecs qu’elle impliquait ou, au contraire, une vie rangée, studieuse, sérieuse et ambitieuse avec l’ennui et la routine qu’elle pouvait générer.

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Ces livres qu’on ne peut lâcher alors qu’ils nous énervent terriblement

Cette semaine, j’ai lu, dans son édition brochée de 1957, le roman Some Came Running de James Jones. Selon la page Wikipedia française consacrée à cet auteur, ce roman a été traduit en français sous le titre Comme un Torrent, mais je ne l’ai trouvé dans aucune librairie en ligne. Par contre, j’y ai trouvé la couverture d’une version française d’un roman de James Jones, intitulée Le Retour, qui pourrait bien être la traduction du roman dont je vais parler, si l’image de la couverture est représentative du thème introducteur du livre.

À propos de James Jones :

Son expérience de la guerre l’inspire à son retour aux États-Unis et il devient romancier. Il obtient le succès avec son premier roman, le récit de guerre nommé Tant qu’il y aura des hommes (From Here to Eternity). Lauréat du National Book Award en 1952, ce récit est adapté au cinéma l’année suivante par Fred Zinnemann. Le film homonyme (Tant qu’il y aura des hommes) est alors un succès critique et commercial et remporte de nombreux prix dont l’Oscar du meilleur film en 1954, permettant à Jones d’accéder à la notoriété. 


https://fr.wikipedia.org/wiki/James_Jones_(%C3%A9crivain)
Image Amazon du film tiré du roman de James Jones

Pourquoi ce livre m’énervait-il tant ?

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Nième excuse de procrastinatrice, lectures et série

J’ai encore une fois délaissé mon blog pendant quelques semaines. Les périodes post-opératoires sont toujours plus longues que ce à quoi l’on s’attendait. Il m’était difficile de rester assise à l’ordinateur et je n’ai vraiment pas été productive en termes de fiction. Par contre, j’ai été une avide réceptrice de fiction.

https://www.babelio.com/livres/Padura-Heretiques/621833/extraits

J’ai dévoré quelques livres de Léonardo Padura.

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Histoires très brèves de la fin juillet

Voici trois récits très courts. Le premier « Voisins dans le hall d’entrée » répond à la suggestion d’écriture par François Bon : OUTILS DU ROMAN #9 | DANS LE DÉCOR, 2 – points de vue multiples.

Dans mon dernier article, je répondais à la suggestion d’écrire à propos de huit lieux, extérieurs et intérieurs. Ici,

La deuxième étape, depuis ces 8 cadres visuels définis dans l’exercice précédent, c’est de choisir — mais irrationnellement, mais obscurément — celui qui vous semblerait le plus en affinité avec ce que vous explorez par l’écriture. […] Mais, une fois ce cadre élu, on le fera dire par trois personnages, trois points d’énonciation, lestés à outrance […]

François Bon
Image (hérissons) par Gerhard G. de Pixabay

Voisins dans le hall d’entrée

Bon, portrait de groupe avec dames. Dames, je me comprends ! Mémères, plutôt. Il faut négocier cette marche, avec des roulettes, pas évident. Ces abrutis d’aides VSL, on se demande ce qu’ils ont eu comme formation. Et ces boîtes aux lettres, normalisées, ils appellent ça, sauf qu’ils n’ont pas pensé aux chaises roulantes. Oui, bonjour Mesdames ! Oui, ça roule ! La fille est nettement plus gironde mais c’est la mère qui aide à l’occasion. L’autre d’ailleurs aussi. Eh oui, elle est lourde et il faut ouvrir l’autre battant pour passer la chaise. Ils n’ont pas appris à bosser, les jeunots.

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Gamme d’intérieurs et d’extérieurs

Lorsque je ne me sens pas capable d’écrire, je fais des exercices. Voici donc quelques gammes inspirées par une suggestion de François Bon: OUTILS DU ROMAN #8 | DANS LE DÉCOR, 1.

La consigne : que chacun de ces 8 paragraphes (2 fois 4) nous donne le maximum à voir, sentir et entendre d’un lieu extrêmement précis, intérieur d’une pièce, extérieur grand comme là où on a les pieds.

François Bon
Support de cours d’anglais de 6ème:
prépositions de lieux

Extérieur 1.

Certes, le hall est à l’intérieur d’une maison, mais sa température est celle de l’extérieur car l’une de ses extrémités donne sur une cour intérieure, et si porte il y a, elle est rarement fermée.

Pour y entrer, il faut pousser un battant d’une lourde porte cochère de bois. L’immeuble date de 1901. Ce hall possède encore d’autres issues. Une petite porte sur la droite qui ouvrait peut-être autrefois vers la loge et l’appartement du concierge. Et en face d’elle, un grand escalier menant vers le premier étage et le premier appartement bourgeois. Deux pas plus loin, dans un renfoncement, quelques pas nous mènent vers l’ascenseur, plus jeune d’un siècle que la maison. Et puis, de façon évidente, le mur gauche expose un très grand panneau de boîtes aux lettres « normalisées ».

La hauteur de la voûte est impressionnante. On imagine le bruit que devaient faire les sabots des chevaux qui allaient rentrer à l’écurie dans le fond de la cour, transformé aujourd’hui en un petit bâtiment à deux appartements et quelques garages.

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Bribes de juin et juillet 2020

En cette semaine toujours assez intense, je n’ai pas réussi à composer un texte qui fasse sens et j’ai donc décidé d’alimenter mon blog avec des bribes de mon journal. En effet, j’en serai éloignée pendant une dizaine de jours et je ne voudrais pas qu’il se sente abandonné. Voici donc

Bribes de journal

2 juin

Lettre à l’administration

Je suis inquiète de rester pendant des heures dans une pièce où les fenêtres ne sont pas ouvertes. Il me semble pourtant que l’aération des locaux a souvent été conseillée, et encore récemment aussi bien par les messages réguliers diffusés au public que dans des recommandations officielles.

De plus, je dois avouer qu’à titre personnel, cet enfermement crée chez moi une inquiétude qui ajoute de l’inconfort à une situation qui est déjà difficile.

5 juin

Alors que j’ai envie de bouger, je reste dans l’attente. Alors que le soleil brille, la pluie tombait violemment, il y a une heure. Alors que j’aimerais écrire, je n’ai plus grand-chose à dire aujourd’hui. Alors que je voulais voyager et me payer des vacances un jour, j’ai bien peur que je ne bougerai plus beaucoup d’ici. Alors que je devrai m’occuper des impôts, j’ai encore une fois laissé tomber !

6 juin

Mot : « un an »

Un an paraît une éternité à un enfant. Il fallait donc se remettre dans la peau d’un enfant.

En 2003, qu’est-ce que je faisais ? C’était l’année de mon capes. En Septembre, je commençais mon année de prof stagiaire, l’année la plus dure de ma vie de prof, probablement.

7 juin

Mot : « déraison »

Soyez raisonnable ! M. C. m’avait dit cela lorsque je songeais à m’engager dans un doctorat. Son conseil était amical et avisé. Mon âge était un inconvénient. Il m’avait suggéré de passer le capes. Je l’ai fait et ai eu du travail pendant quinze ans après cela.

En quoi pourrais-je être déraisonnable aujourd’hui ?

Je pourrais tenter de voler ou d’escalader la façade de mon immeuble. Je pourrais chercher à obtenir un titre de MI ou GMI d’échecs. Je pourrais m’inscrire à un concours de beauté. Je pourrais envoyer des manuscrits à des maisons d’édition. Je pourrais me commander des plats de traiteur à tous mes repas. Je pourrais demander à un médium de me mettre en relation avec mes « chers disparus ». Je pourrais me teindre les cheveux en vert turquoise. Je pourrais adopter de nouveaux chiots et chatons. Je pourrais déclarer ma flamme à un homme ou une femme que j’admire. Mais qui ?

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Littérature et animalité

Je pensais au quasi-tabou de la scatologie dans la littérature. Le terme est peut-être exagéré mais ce qui me frappe est que les lecteurs et les éditeurs acceptent la représentation d’attitudes minables, serviles, cruelles avec souvent une certaine délectation alors que mentionner les besoins naturels tels que l’évacuation de ses intestins est considéré de mauvais goût et bas. Toujours la peur de se représenter comme l’animal que nous sommes au moins au niveau anatomique et biologique. En quoi cette représentation amoindrirait-elle les humains ?

Blue Babe, buffle des steppes, âgé de plus de 50 000 ans.
Capture d’écran de l’émission
« Alaska, une découverte savoureuse »

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Une mini-nouvelle et sa genèse: la sorcière et les deux frères

Voici comment a débuté la création de cette petite nouvelle dont je ne trouve pas le thème de mésentente familiale très sympathique (mais je lutte contre ma tendance psycho-rigide à éviter les images déplaisantes). Parfois, j’écris pour moi-même une série de questions, sans réfléchir, pour m’en servir plus tard de base d’inspiration pour un écrit. Ainsi, le 23 juin, j’avais posé quelques questions dont, par exemple :

Quand décideras-tu d’aller faire une longue promenade ?

Dans quelle mesure crois-tu à ton avenir ?

Mais qui es-tu donc ?

Mielleusement ou mièvrement ?

Enfin, as-tu compris quelque chose à tout ça ?

Fantaisie ou furie ?

Hors-champ, quelle est ton attitude ?

Étape suivante, quelques jours plus tard, j’ai tiré au sort la question « Fantaisie ou furie ? »


Pèse-sorcière, Oudewater, Pays-Bas
par Martinvl / CC BY-SA (Wikimedia Commons)

J’ai alors pensé : la question n’est pas logique. Ce pourrait être : fantaisie ou folie, ou encore une fantaisiste ou une furie. Mais soit : fantaisie ou furie. Cette action est-elle un signe de fantaisie ou de furie de l’accusée, de la malade, de l’individu dont on se préoccupe en ce moment ?

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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