Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Un sourire à frémir

Double inspiration aujourd’hui pour la petite nouvelle qui suit. D’abord une suggestion donnée dans un forum dédié aux nouvelles : un étrange sourire. Et pour l’esprit, celui d’Edgar Allen Poe avec l’épigraphe de Double Assassinat dans la Rue Morgue d’Edgar Allen Poe (dans la traduction de Baudelaire).

Quelle chanson chantaient les sirènes ? Quel nom Achille avait-il pris quand il se cachait parmi les femmes ? — Questions embarrassantes, il est vrai, mais qui ne sont pas au-delà de toute conjecture.

Sir Thomas Browne

Ces questions embarrassantes reviennent à se demander quelle était la ruse utilisée pour commettre l’acte qui allait permettre de tromper l’ennemi (Ulysse pour les sirènes, Troie pour Achille). Le narrateur établit ainsi un contrat de lecture avec le narrataire, lui révélant qu’il devra résoudre une énigme qui sera de déceler la ruse du brigand.

Imaginons maintenant que le brigand soit l’écrivain lui-même ou plutôt le narrateur. Que veut-il gagner ? Que veut-il obtenir de son lecteur ou narrataire?

Il veut obtenir que celui-ci soit attentif à tout ce qu’il dit et poursuive sa lecture jusqu’au bout, croyant tout ce qu’il dit. Et qu’il soit peut-être surpris à la fin.

Pour le rendre attentif, il va le flatter, le rendre complice, faire qu’il se sente intelligent, peut-être même plus que lui, l’auteur. Il va lui offrir des sensations, des sentiments d’attente, de suspense, des évènements qui le feront frémir. Il l’emmènera dans un monde passionnant, prenant, qui le comblera autant du point de vue de l’intellect que des sens. Il lui permettra de rêver et d’imaginer. De réfléchir et s’aventurer dans des hypothèses. Il y aura au moins un point culminant qui coupera le souffle du lecteur. La résolution du problème ne se déroulera pas sans anicroches. Enfin, la fin comblera les attentes du lecteur ou encore, le laissera se tourmenter quelques temps à se demander si la résolution était bien telle qu’il l’avait comprise et si ce n’était pas plus compliqué que cela.

Je n’ai pas encore tant d’ambition mais voici ma nouvelle de ce jour.

Un sourire à frémir

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Et personne pour rêver d’écriture

Je vais partir d’une phrase de Onze Rêves de Suie (2010) de Manuela Draeger qui fait partie de la même communauté d’auteurs qu’Antoine Volodine :

« Et personne. »

Onze Rêves de Suie (2010) par Manuela Draeger

Elle est dans le texte « Les Adultes » que je n’ai pas encore lu. Je vais commencer à écrire à partir d’elle. Je ne pense pas que ce que j’écrirai aura des résonnances avec le texte de Manuela Draeger, mais qui sait ? J’ai déjà lu une trentaine de pages de ce livre, donc il aura forcément une certaine influence sur ce que je vais écrire.

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Lire Montaigne est facile

Je lis ici, en vidéo, une page des Essais de Montaigne (1580-1588) Livre 2 Chapitre XVI – De la gloire pour montrer que, malgré les quatre siècles qui nous en séparent, la lecture de cet auteur nous est accessible. Voici la page en question:

Les Essais de Montaigne (1580-1588) Livre 2 Chapitre XVI – De la gloire

Ma lecture  de cette page

Lire Montaigne est facile

Liens divers

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En l’honneur de la Cantatrice Chauve d’Eugène Ionesco

En 1947, inspiré par les phrases d’exercices de L’Anglais sans peine de la méthode Assimil, Ionesco conçoit sa première pièce La Cantatrice chauve, qui est jouée en 1950 et à défaut d’attirer immédiatement le public, retient l’attention de plusieurs critiques, du Collège de ‘Pataphysique, et de plusieurs amateurs de littérature, comme ses amis, le couple Monica Lovinescu et Virgil Ierunca.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A8ne_Ionesco
La Cantatrice Chauve – image versée par Serge Lachinov dans Wikipedia

À mon tour : voici une petite parodie de pièce ou une petite pièce de parodie

Le Patient au Service de Pataphysique (par Céline Roos, le 19/02/2019)

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Entends-tu mes mots?

Je m’inspire d’une phrase tirée du livre de Thomas Pynchon, Vineland (1990), traduit de l’américain par Michel Doury :

Prairie s’engagea là-dedans comme une petite fille dans un château hanté, conduite de pièce en pièce, de feuillet en feuillet, par la blancheur périphérique, le murmure pressant, du fantôme de sa mère. Elle n’ignorait pas à quel point l’ordinateur peut être littéral – même les espaces entre les signes comptent -, elle se demandait si les fantômes le sont de la même façon.

Vineland par Thomas Pynchon, traduit par Michel Doury
Entends-tu mes mots?
Céline Roos montre le livre traduite en français, Vineland de Thomas Pynchon, traduit par Michel Doury.

Histoires de mots en cinquante-cinq mots et moins

Les mots qui fâchent

D’après Stephen King, il ne faut pas avoir peur d’écrire les mots qui fâchent, de se faire des inimitiés dans la société. Moi, j’avoue que j’en ai peur. Mais parfois mes mots fâchent et je ne sais pas vraiment pourquoi. A posteriori, je fais des suppositions mais ne suis jamais sure d’avoir trouvé la raison.

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Du Livre comme Produit Commercial

En guise d’inspiration, j’ai trouvé un exercice d’écriture trouvé dans un livre d’anglais de BTS tertiaires. Je le traduis ici :

Travaillez en groupes de 6 plus un modérateur.
La tâche : analysez votre manuel d’anglais en utilisant les critères suivants.
1) aspect : couleur, taille, poids, couverture
2) utilité : – table des matières ; – chapitres, divers types de pages ; – trouver une information précise est plutôt/ très / extrêmement … facile / difficile
3) contenu : – niveau (assez / très / trop … facile / difficile) ; – pages de vocabulaire ; – pas assez de … / trop de … (articles, matériel audio, liens internet, propositions d’activités, etc.)
4) éléments manquants
Faites ensuite une synthèse que vous communiquerez à la classe.

Du livre considéré comme un produit commercial, les étudiants étant les consommateurs sollicités pour l’évaluer de façon quantitative et qualitative ! Évidemment, en toile de fond, le but principal de l’exercice est de mettre les étudiants en situation de pratiquer la langue qu’ils apprennent.

Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Alors, qu’est-ce qui me fait réagir dans cet exercice ? Car dans le fond, il est vrai que les étudiants ont beaucoup de livres à acheter et cela représente un budget conséquent pour eux. Mais une petite part de moi est choquée quand même à l’idée d’assimiler le livre à tout autre produit commercial dont on pourrait jauger les caractéristiques physiques et utilitaires.

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Le Café des Joueurs d’Échecs

Une pendule au mur scande doucement le temps au-dessus des petits pas précipités des blattes ou de souris. Les fenêtres sont aveuglées par de lourds rideaux de fer. La machine à café éteinte a été nettoyée mais l’odeur du café subsiste, parmi celles de la poussière et de la promiscuité. C’est au matin seulement que Maia ou Bruno viendront passer une serpillère, aérer et tenter de rendre l’endroit assez propre pour accueillir la clientèle. Les derniers clients partis, la serveuse a rapidement fait la vaisselle, nettoyé les tables, fermé sa caisse avant de baisser les rideaux avec l’aide d’un habitué, puis a fermé la place avant de marcher vers son meublé, rue du Prince Arthur.

The Game of Chess par Lucas van Leyden (Domaine Public)

Dans la matinée, la porte de la grande salle s’ouvre et une jeune femme, la trentaine, apparaît. Son pas est énergique mais l’on y sent le poids des responsabilités et son propre poids aussi car elle est un peu massive. Elle traverse la pièce, pose son sac et sa petite veste, retraverse la pièce pour remonter les rideaux de métal et la lumière envahit l’espace laissant apparaître des rayons de particules de poussière flottant en diagonale. Maia ne s’occupe pas encore du ménage mais aère en ouvrant toutes les fenêtres et les portes avant et arrière. Elle commence par s’occuper de la caisse, compte l’avoir et retire de l’argent, prenant soin d’en replacer suffisamment pour que le prochain employé au comptoir puisse fonctionner, s’affaire avec un cahier de comptes, vérifie le stock de boissons, prend note de ce qu’il va falloir commander ou acheter. Lorsqu’elle a terminé cette partie de son travail, elle range un ensemble de papiers et l’argent dans son cabas et remplit un seau d’eau chaude, puis remonte toutes les chaises sur les tables. Elle nettoie ensuite le sol après avoir balayé la salle. Maia s’assure que tout est parfait pour l’arrivée des clients dans l’après-midi, qu’elle a bien pris ses comptes et la liste de commandes. Elle range les accessoires de nettoyage, referme les fenêtres puis sort après avoir fermé les deux portes et laissé un local accueillant pour la prochaine après-midi de jeu et de rafraîchissements au café des joueurs d’échecs. Les clients qui l’aperçoivent à l’occasion derrière le comptoir la connaissent peu, ils la trouvent assez peu communicative, ils se posent parfois des questions à propos de son lien avec le patron mais ne lui parlent pas trop non plus. Elle n’est pas une joueuse d’échecs et ne peut pas comprendre ce qui se passe là.

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Nouvelle vidéo : troisième épisode

Et oui, je suis dans une période de procrastination et je n’arrive pas à écrire cette nouvelle à tiroirs, qui s’écrit pourtant petit à petit, au fur et à mesure de ces notes et vidéos.

J’ai donc finalement décidé de mettre en ligne une vidéo créée il y a quelques jours, qui donnera un certain éclairage à la nouvelle finale.

Voici donc une nouvelle en vidéo : Last Call ! « Last Call » en anglais, c’est la dernière chance de pouvoir faire quelque chose. À l’heure de la fermeture d’un bar, c’est la dernière boisson que vous allez pouvoir commander avant la fermeture.

Au café des joueurs d’échecs, à la fermeture…

Petit rappel des premiers pas dans cette aventure de nouvelle à tiroirs, genre hybride

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Rêver et écrire

Je n’ai pas beaucoup écrit les derniers jours, handicapée par une douleur à l’épaule qu’il va me falloir surmonter car je crois avoir compris qu’elle pourrait bien subsister pendant quelques mois. Les radios que je vais faire aujourd’hui vont m’en apprendre plus.

En attendant de pouvoir publier cette nouvelle à laquelle je pensais, je vais placer ici une copie d’un texte intitulé Rêveries sur la Place Arnold qui a été publié en novembre 2018 dans Le Quinze, le journal des quartiers centre-est de Strasbourg.

J’en avais écrit sa première mouture lors de l’atelier d’été 2018 du Tiers Livre de François Bon : Construire une ville avec des mots.

Mais voici mes Rêveries sur la Place Arnold :

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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