Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Chronique de rentrée scolaire (deuxième partie)

Comme je le disais dans mon dernier article, j’ai pensé à chercher dans mes vieux cahiers ce que je disais à l’époque où la rentrée scolaire m’avait inspiré quelque écrit. C’est ici : Chronique de rentrée scolaire (première partie)

En 2018, j’ai participé à ma dernière pré-rentrée scolaire. Je viens de réduire un peu le texte que j’avais publié alors. Le voici :

La Rentrée Vue de la Porte de Sortie

Lorsque les élèves sont partis…

Lire la suite

Chronique de rentrée scolaire (première partie)

Les rues de la ville ronflent à nouveau du passage des voitures et bicyclettes et les machines et les ouvriers ont repris leurs travaux. Au passage alors que je me dirigeais vers le marché, j’ai entendu une conversation à propos de la rentrée avancée d’un enfant dans son école. Les gens se sont revêtus à nouveau de leurs tenues de ville. Pour la première fois, je n’ai pas à me remettre dans l’esprit adéquat mais je pense à mes anciens collègues qui feront vendredi leur pré-rentrée. J’ai pensé à chercher dans mes vieux cahiers ce que je disais à l’époque où cela m’avait inspiré quelque écrit.

Life is Hell par Matt Groening

Le 25 août 2008, j’écrivais ce qui suit :

Le lendemain peut inspirer de l’angoisse. Est-ce un signe de l’âge ? Adolescente, je rêvais au lendemain avec excitation. Aller ailleurs, voir des lieux et des paysages nouveaux, rencontrer et observer des personnes inconnues, tout était source d’enthousiasme.

Lire la suite

L’atypique nouvelle The Babysitter par Robert Coover

Hier, écumant une nouvelle fois les nouvelles de l’anthologie composée par Richard Ford (j’en ai parlé ici), j’ai passé toute la journée avec la nouvelle The Babysitter (1969) de Robert Coover d’abord publiée dans son recueil de nouvelles Pricksongs & Descants. Je n’ai pas en main la version française du recueil mais elle se nomme La Flûte de Pan et a été traduite par Jean Autret.

Pardon Me par Norman Rockwell,
couverture du Saturday Evening Post
du 26/01/1918 (Wikimedia Commons)

Si j’ai consacré ma journée à cette lecture, ce n’est pas que The Babysitter soit particulièrement longue : environ 25 pages, mais elle est pour le moins déconcertante. À dire vrai, la première fois que j’avais tenté de la lire, j’avais abandonné au bout de quelques pages n’arrivant pas à comprendre ce qui se passait. Ce que je croyais avoir compris dans les premières pages se trouvait contredit ensuite. Peut-être manquais-je de confiance, me disant que lisant en une langue étrangère je devais faire un contre-sens. Eh non, ce n’était pas ça. Ces contradictions dans l’intrigue sont une des clefs de ce récit.

Lire la suite

Une mini-nouvelle déjantée : Hybride Undine

J’écrivais l’autre jour qu’il m’arrivait parfois de rédiger des textes un peu trop déjantés pour oser les publier ici. Mais il n’y a que les gens intelligents qui n’osent pas. J’ose donc. Elle répond en fait à une suggestion d’écriture en nouvelle très courte du Zodiac Writing Challenge.


Le Passe-Muraille dans les catacombes œuvre de Vznoupzvr11 (Wikimedia Commons)

La suggestion était : « l’eau qui se retire ». Voici donc :

Hybride Undine

Elle vit d’abord un terrain de sable ou de gravier, plutôt de sable, et au sommet d’une montée de sable toujours, elle vit arriver les roues, la pelle ou les chenilles d’une machine. Elle savait qu’elle devait s’en aller ; elle gravit la pente à droite pour y échapper. Lorsque elle arriva en haut, elle pensait se retrouver sur une plateforme et elle se savait poursuivie, mais elle se retrouva en haut d’une falaise avec la mer en face d’elle, une étendue d’eau en tout cas. Elle n’avait pas le choix et sauta pour échapper à son poursuivant, elle se trouva dans la mer. Elle vit un homme dévaler la pente, moins raide pour la rattraper. Elle nagea mais très lentement, comme dans une eau de la Mer Noire. Elle avançait, quoi d’autre ? Elle finit par progresser, maladroitement. Plus trace de ses poursuivants. D’ailleurs elle nageait dans la profondeur d’une route. En face d’elle, des jeunes filles la traversaient. Bordée d’arbres, une route en ville. Elle continua à nager. Elle allait bientôt se trouver au niveau de personnes et d’une voiture qu’elle voyait, nageant toujours dans la route.

Lire la suite

Casserole de sexagénaire

Je ne cesse de repenser à Charles Bukowski, à son idée de l’écriture, à ses textes que je relis depuis plusieurs jours. Qu’il ait été un phallocrate* ivrogne, peut-être et de ses textes, je ne connais que ceux de sa période septuagénaire, mais quelle force de frappe, quel pouvoir ! Je sens que je n’arriverai pas à écrire un autre article ici avant d’avoir réussi à composer un petit quelque chose à son propos.

C’est au début des années 90, qu’un ami Canadien, de passage à Strasbourg, m’a offert ce livre, Septuagenarian Stew ; Stories & Poems (1990) traduit plus tard en français par Michel Lederer, sous le titre Le Ragoût du Septuagénaire ; Nouvelles et poèmes, 1983-1990, 379 p. ; Ed. Grasset, Le livre de poche.

Lien Septuagenarian Stew : https://www.amazon.fr/Septuagenarian-Stew-Charles-Bukowski/dp/0876857942

Lien Le Ragoût du Septuagénaire :

https://www.amazon.fr/rago%C3%BBt-du-septuag%C3%A9naire-Charles-Bukowski/dp/2253146331

Dans ces années-là, je ne l’avais pas tant apprécié y repérant surtout ses nombreuses mentions à l’absorption immodérée d’alcool, une question dont j’avais plutôt envie de m’éloigner.

Aujourd’hui, j’y trouve autre chose probablement parce que je suis passée dans cette tranche d’âge où « la saison finale semble bondir à l’horizon » (ma traduction d’un tout petit extrait du poème « We must » que je vais essayer de traduire).

Lire la suite

Une nouvelle : Hannah et Chloé vont au cirque

Mais que devient donc Hannah ? Je l’avais presque oubliée !
Voici le premier épisode de ses aventures : Hannah et après

Et le deuxième : Salon avec poupée et Hannah

Un petit tableau plutôt qu’une nouvelle, peut-être, mais c’est toujours agréable de savoir ce que deviennent les amis.

The Marx Brothers. Du haut en bas : Chico, Harpo, Groucho et Zeppo.
1931 (auteur : Ralph F. Stitt. Wikimedia Commons)

Hannah et Chloé vont au cirque

La dernière fois, les rôles étaient inversés. C’était elle, Hannah, la pauvre invalide et Chloé était venue la distraire de ses ennuis. À présent, elle tentait à son tour de dérider sa copine qui, comprenait-elle, venait de se faire plaquer par son copain. Jamais facile, ce genre de mission, d’autant plus qu’elles ne se ressemblaient pas du tout de caractère, ni physiquement d’ailleurs. Chloé, une jeune femme fine, nerveuse, châtain clair, s’habillait avec style. Sa mère, une « comtesse » la faisait parfois servir en tenue de serveuse lorsqu’elle recevait des invités. Le comte héréditaire, son paternel, se préoccupait bien moins de son titre. N’ayant pas encore beaucoup d’occasions de travailler dans son domaine, le journalisme, Chloé occupait une quantité de petits postes, dont du baby-sitting. Elle-même avait fait des études moins prestigieuses mais elle pensait avoir plus de chances d’entrer rapidement dans une voie professionnelle qui l’intéresserait. Elle se disait qu’une fois lancée, il lui suffirait de travailler sérieusement pour, petit à petit, obtenir des responsabilités. Physiquement, à dire vrai, ni l’une ni l’autre n’étaient des bombes, mais elles étaient normales, normalement jolies pour des filles de leur âge. Hannah, un peu plus ronde mais aussi un peu plus grande, retenait ses cheveux bruns bouclés dans une natte souple qu’elle laissait retomber sur son épaule. Les gens disaient souvent qu’elle réagissait vite, mais dans le fond, elle se sentait moins sensible et vulnérable que son amie.

Lire la suite

Des fenêtres au temps intérieur

Dans la nouvelle Hot Ice (1990) de Stuart Dybek, un personnage collectionne des fenêtres qu’il admire au fil de ses pérégrinations. Il n’est pas un collectionneur habituel : il n’emporte pas ces fenêtres qui restent là où il les a trouvées. L’idée d’être heureux de la beauté sans vouloir la posséder me plaît.

L’inspiration du texte qui suit vient d’une suggestion de François Bon dans son atelier d’écriture du Tiers-Livre:

Il s’agit plus de traiter de la fenêtre comme surface réflexive et méditative, mémorielle, qu’isolant un fragment de réel extérieur projeté en 2D.

François Bon

Fenêtres hypothétiques

Aurait-elle été jeune aujourd’hui, en 2019, les grumeaux dans son potage l’auraient embarrassée. Une impression désagréable de quelque chose de pas clair. Elle se serait trouvée assise dans une cantine d’entreprise vide. L’autre raison de son malaise aurait été le manque de fenêtres, elle avait toujours été un peu claustro. La vitre qui devait donner sur la cuisine n’aurait pas été pas transparente. Elle n’aurait même vu personne de l’autre côté des comptoirs de plats. À côté du potage, une tranche de viande géométrique, de la purée et une sauce « gravy ». Et dans un coin du plateau, un petit flan et un verre d’eau. Dans cette salle vide, elle se serait sentie démunie, presque nue. Un maigre début pour son stage en entreprise. Elle aurait eu envie de repartir mais un repas gratuit ne se refuse pas.

Lire la suite

Questions ouvertes et authentiques

 Les questions en valent toujours la peine. Les réponses, pas toujours.

Oscar Wilde

Remue-méninges

Q : questions de genre, questionnaire, quadrillage, quotes, don Quichotte, Quasimodo, querelles, quiproquos, quod erat demonstrandum, Quantico, quand, query, quête, queue, quiche, quidam, Quefellec, quille, quiz, Quinquin, quinine, quitter, quittance, quolibets, quoi, Quentin, Quintinius, Lary Quant (mini-jupe British), quadrature, quai d’Orsay, quakers, théorie quantique, quarantaine, Quasimodo Salvatore, poète italien, prix Nobel 59, Québec, Queen Anne (+ style), Queneau, François Quesnay (encyclopédie Diderot), quicksand, Q. pseudonyme de Quiller-Couch, Sir Arthur Thomas (1863 – 1944) critique et romancier, romans d’aventure en Cornouailles, Quimper, Quine, philosophe américain (langue et logique), Quintilianus, théoricien romain, tuteur des enfants de Domitien. Qui, qui va là ? Quetzalcóatl, quadrilatère, quant, quand, quaternaire, questions, questionneur, questeur, quel, quelle, queue, quasi, quadrimoteur, quarante, quadragénaire. Quelle, quantité, querelleur, questionner, quantième, qualifier, qualificatif. Quiz 

Quentin était le prénom de cet élève qui avait décidé de faire Commerce International. Son père, ébéniste, était déçu que son fils ne veuille pas reprendre le flambeau.

Quod erat demonstrandum (ce qu’il fallait démontrer). Une intuition à démontrer. Un raisonnement mathématique, logique. Me fait penser aux vieux textes d’intrigues, type ceux de Conan Doyle ou d’Edgar Allen Poe, à la limite d’Agatha Christie.

Queen Anne, me fait penser à Jonathan Swift.



Question mark sculpture in Esbjerg
par Alexander Henning Drachmann de Esbjerg, Denmark (Wikimedia Commons)

Les mots en qu-

Je reviens à ma lettre q, qui en français est suivie la plupart du temps de la voyelle u. Lorsque j’enseignais l’anglais, je faisais travailler mes élèves sur les mots en wh-, ce qui se traduirait littéralement par les mots en qu– chez nous. Mais nous ne disons pas cela. Nous parlons des mots qui introduisent des questions ouvertes (j’évite l’affreux terme grammatical).

Graphie

J’ai souvent été gênée, petite, lorsque je devais écrire un q majuscule : je trouvais qu’il y avait une disharmonie entre le gros o fermé ou ouvert de la partie supérieure de la lettre et la pique qui descendait plus bas que la ligne. Pour un g, les deux boucles se répondent, le geste est aisé et relativement jouissif lorsqu’on trace la lettre, mais cette pique du q me fait penser à un soc de charrue primitive, auquel on n’aurait même accordé aucune courbure, simplement un pieu à planter dans le sol.

Lire la suite

Deux Mini-Nouvelles : Errances

Voici deux petits textes à propos d’errances, inspirés, l’un par la phrase de Jean Tardieu « Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ? », l’autre par le thème de la rencontre inattendue.

À propos de Jean Tardieu: – les « problèmes » d’où est tirée la citation; – connaissez-vous le professeur Froeppel?

Mais voici mes deux mini-nouvelles.

Muret, rue Goethe (Google Maps)

Lire la suite

Une nouvelle: Rue de la Nuée Bleue

Sous le grand porche des Dernières Nouvelles, chaque page du journal est mise en vitrine chaque jour. Le sol en mosaïque de la rue de la Nuée Bleue est la partie surélevée de la place toute en rondeur, protégée par de grands arbres, où se trouve aussi l’église protestante Saint Pierre le Jeune. La mosaïque est enchanteresse : de minuscules petites dalles d’un gris bleuté avec d’autres plus claires formant des étoiles blanches à six pointes et au cœur plus sombre.

Bien haut au-dessus de la mosaïque aux étoiles, au 21, il y avait un appartement, propriété des Dernières Nouvelles et récupéré par eux plus tard. Il était seul, au dernier étage et tout l’immeuble appartenait au journal.

Lire la suite

Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

  Politique de confidentialité | Déclaration de confidentialité