J’ai voulu écrire une nouvelle sur le thème des cadeaux pour répondre à une suggestion du forum du Zodiac. Mon inspiration fictionnelle me faisant toujours défaut, j’ai pensé à deux périodes de ma vie où il a été question de cadeaux. Mais d’abord, un petit remue-méninges à ce propos.

Brainstorming « cadeau.x » (Zodiac)

cadeau.x : de Noël / empoisonné / cheval de Troie / décevant / de bienvenue / précieux / de mauvais goût / touchant / surprise / alimentaire / chocolats / cheap / gâteau avec bougies / carte-cadeau / qui ne fait pas plaisir / de la terre, nature


Cadeau sculpture by Man Ray, iron and nails, 1921,
edited replica 1972, Tate Modern
photo par Wmpearl (Wikimedia Commons)

1974

Un moment à 21 ans ? Où étais-je ? En Algérie ? Nous sommes sur la terrasse de la maison familiale des Dj. à B. en Algérie. C’est le Ramadan, le soir, il fait déjà nuit. Après la shorba, la famille a décidé de préparer des sardines grillées. L’ambiance est joyeuse, festive et enfumée par la cuisson des sardines. Ils sont heureux de m’offrir cette occasion, ils ont l’impression de m’offrir un cadeau. J’en suis heureuse aussi. Des voix, des rires, peut-être même des phrases de celui qui est alors mon mari. De temps en temps, les petites têtes des fillettes voisines apparaissent en haut du mur qui sépare notre terrasse de celle de leur maison. La mémé est assise, je veux dire l’arrière-grand-mère, car la grand-mère, la yaya est très active. Elle donne des injonctions à sa fille et à sa bru qui se démènent pour servir les hommes, les enfants et moi. D’habitude, j’essaye de les aider, mais en l’occurrence je n’ai pas grands moyens. Et puis, c’est le désastre, une terrible indigestion me prend. Je me crois très malade, mais les femmes me rassurent. Elles ont déjà vu cela arriver. Les sardines sont grasses et je n’ai pas supporté d’en manger si tard le soir. J’ai été malade toute la nuit.

2018

En 2018, M., la copine d’H., a dormi chez nous une nuit et m’a apporté en guise de cadeau un bretzel, mignonne ! Quelques jours plus tard, mon horoscope du Courrier International me prédisait ceci : « Il va bientôt te tomber du ciel – ou d’ailleurs – un précieux cadeau, voire plusieurs. Je crains cependant que, lorsqu’ils t’arriveront, tu ne sois pas dans le bon état d’esprit pour les reconnaître comme tels. »

En septembre de la même année 2018, je me notais ceci : « j’ai les moyens de m’acheter tout ce que je désire. Dans un sens, c’est vrai puisque j’ai mis de l’argent de côté et de toutes les façons, je ne sais pas combien de temps je vivrai et l’économie est peut-être inutile. Cela implique que si je désire quelque chose très fort, je dois me le procurer. Ne l’ai-je pas déjà fait en décidant l’année dernière de me mettre à temps partiel ? Je me suis fait un beau cadeau, là ! Je ne devrais pas l’oublier. D’un autre côté, à 64 ans bien sonnés, ce n’est pas vraiment du luxe de freiner un peu ses activités de travail. Disons que je ne suis pas une victime puisque je peux faire cette sorte de choix. »

En octobre, je me disais que le temps d’écriture que je m’accordais était un cadeau, malgré cette petite voix en arrière-plan qui me susurre : « et tu crois que ton verbiage écrit est quelque chose d’utile ? » C’est au moins un temps où je suis en dialogue avec moi-même, à l’écoute de ce que je pense, perçois. Cela ne peut pas être mauvais.

Quelques jours avant ma retraite, en novembre, mes élèves ont décidé de m’offrir un cadeau, une pensée, une jolie enveloppe recouverte de pétales de roses entourant mon nom. L’enveloppe contenait une petite carte mauve portant un message écrit en la journée commémorative du prophète. Le message était assez sympathique et célébrait ceux qui poussent à étudier la science.

Et puis, en décembre, je me demandais : « Que se passerait-il si à Noël j’étais en un endroit, coupée du monde ? Sur une île déserte, ou dans la cellule d’une prison ? Je ne veux pas penser au pire : être bloquée dans son corps sans ne pouvoir plus communiquer avec le monde. Serait-ce à Noël que je penserais alors ? Il y a peu de chances. Parfois, lorsque je marche dehors et que je sens un souffle d’air frais sur mon visage, je me dis que je dois en profiter car certains ne le peuvent plus, et cela pourrait m’arriver aussi. »

Aujourd’hui

Je ne sais pas si cela pourrait révéler quelque chose de mon caractère mais je suis particulièrement peu douée pour faire des cadeaux. Peut-être est-ce parce que je ne connais pas assez les gens qui m’entourent. Je ne suis pas tellement fine psychologue. Pourtant, avec mes élèves, cela allait bien. Je sentais ou devinais ce qui les motivait ou les freinait et ils m’en étaient souvent reconnaissants. C’est que je suis une protectrice. Mais dans le cas de ma famille, et avant, de mon ex-mari, les cadeaux que je faisais ne leur plaisaient pas. Je dois dire que je n’ai jamais été intéressée aux objets en tant que possessions. Bref, une carence de plus à mon passif.

Cette année, j’ai fait une commande à l’Unicef : quelques boites de chocolat à donner à Noël, du savon de Marseille (pour moi) et deux boites de cadeaux pour les enfants défavorisés (des ballons de basket et des cordes à sauter). À mes proches, je préfère leur demander ce qu’ils aimeraient.