Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Au début de l’histoire …

Les derniers jours, pour une raison que je ne m’explique pas, j’ai eu du mal à poser quoi que ce soit sur mon blog. Me voici de nouveau à mes débuts.


DIDEROT : (1765 – 1784) (domaine public)

Et, puisque je parle de débuts, et que les derniers temps j’avais une sorte d’obsession à propos des incipits, je vais en parler aujourd’hui. J’ai longtemps hésité. Pourquoi ? D’abord, parce que le mot incipit est un de ces mots savants avec lesquels on torture gentiment les élèves au collège et au lycée, alors que, dans le fond, les mots début ou commencement feraient aussi bien l’affaire.

La deuxième raison de mon hésitation, je pense, était qu’il était caractéristique de ma part, en ce moment de « syndrome de la page blanche » de tant m’intéresser au début d’un texte, alors que ce qui est si difficile pour l’écrivain débutant n’est pas tant de commencer, mais celui d’aller plus loin, de continuer la composition de ses textes, de travailler sur son vocabulaire, le rythme de ses phrases, l’agencement de ses idées, le mouvement de son histoire, le choix de son ou ses narrateurs, celui de ses personnages, et bien sûr sur la résolution de son histoire, ou la non-conclusion de son histoire.

Il n’empêche, je crois que je vais devoir m’attaquer à l’incipit, le début donc, si je veux dépasser cette barrière psychologique. Petit rappel du rôle du début d’un roman :

  • il sert d’une part à informer le lecteur sur la situation, le contexte de l’histoire,
  • il établit d’une certaine façon un contrat de lecture, faisant certaines promesses grâce à son style, ou au vocabulaire utilisé : le lecteur comprendra qu’il va lire soit un roman policier, ou une histoire sentimentale, un roman historique, etc.
  • il vise à « accrocher » le lecteur, de diverses façons : il y a les incipit qui vous placent immédiatement dans un état d’attente et de surprise. Vous vous demandez immédiatement : comment cela se fait-il ? Comment va-t-il s’en sortir ? Que va-t-il se passer ensuite ? Vous êtes immédiatement saisi par la situation proposée. Ou encore, ce peut-être le style ironique ou humoristique, qui vous proposera immédiatement un lien de complicité.

Voyez l’incipit suivant :

Les enfants jouaient pendant qu’Holston montait vers sa mort; il les entendait crier comme seuls crient les enfants heureux. Alors que leurs courses folles tonnaient au-dessus de lui, Holston prenait son temps, et chacun de ses pas se faisait pesant, méthodique, tandis qu’il tournait et tournait dans le colimaçon, ses vieilles bottes sonnant contre les marches.

Silo (2013) Hugh Howey

L’année dernière, j’ai eu une période « science-fiction », pendant laquelle j’ai lu plusieurs ouvrages de SF et visionné plusieurs films et séries de SF. J’ai lu, entre autres, une trilogie dont m’avait parlé un ami. Il s’agit de Silo (2013) de Hugh Howey, (le titre anglais est Wool) et c’est de ce livre qu’est tiré le début que j’ai placé plus haut. Je suis bon public, peut-être, mais j’ai immédiatement été intriguée par le contraste entre la placidité de l’homme qui marchait vers sa mort et qui entendait en même temps les jeux des enfants pendant que ses bottes sembler sonner le tocsin. Ce début avait suffisamment capturé mon attention pour que je désire poursuivre ma lecture !

Cette trilogie n’est pas exactement de la grande littérature, mais elle a eu un succès remarquable. Son idée de base est assez passionnante : une colonie de personnes vit depuis des décennies, peut-être même des siècles dans un monde clos, un silo sous terre. Ils ne peuvent sortir parce que l’atmosphère extérieure est devenue trop dangereuse. L’idée même de sortir est un tabou punissable de la peine de mort. Le nombre de personnes vivant dans le silo devant rester à un niveau constant, le contrôle des naissances est rigoureusement appliqué. Des tensions multiples apparaissent régulièrement dans cette société confinée et le livre débute dans une de ces périodes de grande tension. L’auteur utilise tous les ressorts littéraires pour que le lecteur désire continuer sa lecture !

L’histoire éditoriale de la trilogie Silo

L’histoire de l’édition de cette série de livres est intéressante en elle-même. Pour la résumer, je dirais que Hugh Howey avait commencé à publier sur internet une première partie du livre qu’il vendait à quelque chose comme 1 dollar. Voyant le succès de son livre, il a écrit des suites, qui ont atteint la meilleure place du classement d’Amazon dans plusieurs genres. Lorsqu’il en était à vendre plus de 20 000 copies par mois, les maisons d’éditions lui ont alors proposé des contrats qu’il a refusés car il insistait pour conserver ses droits sur internet. Il a ainsi refusé plusieurs offres se montant à quelques centaines de milliers de dollars. Il a tenu bon et a finalement signé un contrat tel qu’il le désirait avec la maison d’édition Simon & Schuster qui ont publié le premier volume de Silo en livres de poche et en livres brochés. D’autres auteurs, depuis, ont commencé à obtenir les mêmes droits.

Précédent

Une nouvelle: le Tableau du Temps

Suivant

Les Arts de la Fiction et le Suspense

  1. Bravo Charlie, tu me donnes envie de lire Silo !
    Comment retenir le lecteur et comment gagner de l’argent en écrivant ? Belles questions, bien concrètes ! A quand la solution ?

    • Céline Roos

      La solution ne peut venir qu’en maîtrisant un certain nombre d’éléments: d’abord sa propre écriture, ensuite les vecteurs de publicité et de diffusion/distribution. La question n’est pas seulement littéraire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

  Politique de confidentialité | Déclaration de confidentialité

%d blogueurs aiment cette page :