Écrits à propos de femmes dans les familles

Remue-méninges : dans un atelier de François Bon, les nocturnes de la BU Angers | 06, Tarkos : le dictionnaire intérieur. Exercice d’accumulation à partir d’ »Anachronisme » de Tarkos

L’artifice de l’exercice proposé aujourd’hui, c’est de prendre en compte – arbitrairement, artificiellement – ce processus en tant que tel. On est dans l’espace musculation : on choisit un thème, et sur ce thème on part collecter la totalité des mots accessibles. […] Il ne s’agit pas d’établir en tant que tel un défi poétique à la langue, il s’agit de comprendre ce fonctionnement, et d’être conscient de sa présence automatique, souterraine, usante, fonctionnant en permanence dans l’avancée linéaire de l’écriture narrative. […] le défi de l’accumulation, c’est d’établir une poétique, là où les mots désignant les choses en ont été dépossédés.

François Bon
Pierre Bocion Les femmes touchées
Farbstift auf Papier, 2002
(Wikimedia Commons)

Mon essai en cinq minutes:

généalogie, ancêtres, parents disparus, vieillards, ou jeunes morts, leurs voix restent, elles imprègnent les jeunes esprits, les lignées, les croisements, les arbres, les feuilles, les herbes folles, les champignons, les truffes, le chien les reniflent, ils s’écartent des morts et des mourants, ils ne peuvent vous entendre, mais vous le voudriez bien, les paroles dans l’air subsistent-elles au fil des années ? les mères et les tantes, les grand-mères et les aïeules, aimées ou redoutées, menaçantes et protégées, à l’abri du besoin un jour, dans la douleur longtemps, toujours présentes d’une certaine façon, ces mères, puissantes, comme les vagues de la mer, elles peuvent devenir des tornades, des tsunamis, et le danger est qu’elles vous assèchent mais peut-être n’en est-ce pas un, car la bataille vous durcit.

Une tante Canadienne

Un ami, un jour, fit un héritage d’une tante fortunée. Il ne l’avait pas vraiment connue, cette femme dont tous les neveux profitèrent. Très heureux, il dépensa la manne en moins de deux ans. Plus tard, je le poussai à passer des concours et il devint jardinier pour la ville de Montréal.

Ma tante

… qui ressemblait un peu à Golda Meir : si elle avait été coquette dans sa jeunesse, ce n’était plus le cas. Depuis longtemps ses préoccupations vestimentaires se limitaient au confortable et à l’économique. Ses cheveux bouclés et peu fournis avaient gardé des traces de noir dans son vieil âge. Sa corpulence et sa démarche la faisaient souffrir. Les enfants la connaissaient par sa réputation de sa langue de vipère mais sa nièce, peu rebutée par ce qui se disait, lui rendit régulièrement visite dès qu’elle eut le droit de se déplacer seule en ville. Lorsque sa tante habitait encore au Neudorf, il leur arrivait d’aller s’asseoir dans un salon de thé du quartier. Plus tard, à chacun de ses retours de voyages, elle était allée sonner à sa porte. Nénette racontait beaucoup d’histoires, pas toujours celles qui l’intéressaient mais il y avait toujours moyen de satisfaire sa curiosité en lui posant des questions directes sur un oncle, une tante ou des arrière-grands-parents disparus.

Une route assez étroite et sinueuse traverse en longueur la Robertsau au nord de Strasbourg et se sépare en deux grands s dont l’un permet d’atteindre le Château de Pourtalès, quelques kilomètres plus loin. Le plus souvent, j’avais pris le bus, en était sortie près de la bibliothèque à l’arrêt de l’Église pour marcher environ 700 m jusqu’à la maison de retraite où vivait ma tante. Aller voir ma tante était une visite habituelle. En face de la petite place qui se trouvait entre l’église et la bibliothèque, il y avait un petit salon de thé très sympa avec une accorte patronne que ma vieille tante sollicitait souvent par téléphone et sans ménagement pour qu’elle lui fasse parvenir une pâtisserie ou des chocolats.

D’un côté, il était agréable de voir le ciel, sans les hautes façades des immeubles du centre-ville, de l’autre, je m’y trouvais seule, n’y rencontrant que peu de personnes, la plupart du temps des dames qui s’étaient échappées un court moment de leur domicile médicalisé. Au-delà de la bibliothèque, la route devenait encore plus sinueuse et plus étroite. Parfois un tracteur passait, ralentissant les autres voitures. Les maisons se raréfiaient mais les surfaces de gazons et les premiers immeubles du complexe hospitalier se présentaient. Nénette vivait dans le troisième de ces immeubles.

Extérieurement, ils ressemblaient à des blocs d’appartements, pourtant moins hauts que ceux de cités HLM. Ma tante y vivait dans une sorte de studio, sans cuisine et les repas étaient servis en une pièce commune ou chez elle. Nénette avait réussi à garder l’esprit de son ancien logement en ayant pu apporter ses meubles. Elle avait aussi conservé son esprit acéré et commentait les nouvelles de la télé, ses remarques étant de celles que l’on prenait soin d’écouter car elle était aussi intelligente et fine observatrice.

La tante du contrôleur du bus.

Jacques était monté dans le bus par la porte arrière, ses deux collègues s’étaient partagé la porte à l’avant et celle du milieu. C’était sa première mission et il ne se sentait pas franchement emballé d’autant plus qu’il lui était souvent arrivé de pester à propos de ces contrôleurs qui choisissaient pour leurs rondes les heures où ils avaient plus de chances de tomber sur des jeunes. Mais il en avait assez d’être au chômage et sans argent. On pouvait aussi facilement se faire embaucher dans la vente mais là, franchement, il n’avait aucune chance de réussir : bien trop timide ! Quelles chances de réussir comme contrôleur ? La possibilité d’une promotion à la compagnie des transports en communs. Peut-être qu’ils lui offriraient plus tard des cours de chauffeurs de bus et qu’il arriverait à avoir ce travail ? Ils devaient sûrement avoir un salaire décent parce que leur job n’était pas si facile. Ils assumaient quand même assez de responsabilités avec tous ces passagers et dans certains quartiers chauds de la ville. Avaient-ils une prime de risque ? Il faudrait demander. Mais Robert, le chef de l’équipe lui faisait signe de bien l’observer. Il devait se concentrer. Djamila, elle, était en train de vérifier la carte Badgéo d’une cliente d’une cinquantaine d’années qui regardait son visage avec appréhension. Mince, sa tante ! Qu’allait-elle penser de lui ?