Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Bribes de juin et juillet 2020

En cette semaine toujours assez intense, je n’ai pas réussi à composer un texte qui fasse sens et j’ai donc décidé d’alimenter mon blog avec des bribes de mon journal. En effet, j’en serai éloignée pendant une dizaine de jours et je ne voudrais pas qu’il se sente abandonné. Voici donc

Bribes de journal

2 juin

Lettre à l’administration

Je suis inquiète de rester pendant des heures dans une pièce où les fenêtres ne sont pas ouvertes. Il me semble pourtant que l’aération des locaux a souvent été conseillée, et encore récemment aussi bien par les messages réguliers diffusés au public que dans des recommandations officielles.

De plus, je dois avouer qu’à titre personnel, cet enfermement crée chez moi une inquiétude qui ajoute de l’inconfort à une situation qui est déjà difficile.

5 juin

Alors que j’ai envie de bouger, je reste dans l’attente. Alors que le soleil brille, la pluie tombait violemment, il y a une heure. Alors que j’aimerais écrire, je n’ai plus grand-chose à dire aujourd’hui. Alors que je voulais voyager et me payer des vacances un jour, j’ai bien peur que je ne bougerai plus beaucoup d’ici. Alors que je devrai m’occuper des impôts, j’ai encore une fois laissé tomber !

6 juin

Mot : « un an »

Un an paraît une éternité à un enfant. Il fallait donc se remettre dans la peau d’un enfant.

En 2003, qu’est-ce que je faisais ? C’était l’année de mon capes. En Septembre, je commençais mon année de prof stagiaire, l’année la plus dure de ma vie de prof, probablement.

7 juin

Mot : « déraison »

Soyez raisonnable ! M. C. m’avait dit cela lorsque je songeais à m’engager dans un doctorat. Son conseil était amical et avisé. Mon âge était un inconvénient. Il m’avait suggéré de passer le capes. Je l’ai fait et ai eu du travail pendant quinze ans après cela.

En quoi pourrais-je être déraisonnable aujourd’hui ?

Je pourrais tenter de voler ou d’escalader la façade de mon immeuble. Je pourrais chercher à obtenir un titre de MI ou GMI d’échecs. Je pourrais m’inscrire à un concours de beauté. Je pourrais envoyer des manuscrits à des maisons d’édition. Je pourrais me commander des plats de traiteur à tous mes repas. Je pourrais demander à un médium de me mettre en relation avec mes « chers disparus ». Je pourrais me teindre les cheveux en vert turquoise. Je pourrais adopter de nouveaux chiots et chatons. Je pourrais déclarer ma flamme à un homme ou une femme que j’admire. Mais qui ?

8 juin

Essai d’écriture à propos de « la main tortue de la résistance », venant de mon rêve de ce matin.

La main tortue est ainsi appelée puisqu’elle se meut sous une carapace qui ne se rend visible qu’au fil des ans. L’enfant n’a qu’une carapace très fine et légère.

En vieillissant, l’humain finit par se rendre compte que sa carapace s’est solidifiée. Malheureusement, c’est parfois sous la forme d’articulations déformées par l’arthrose. Mais elles reflètent bien ce qui s’est passé pour la volonté de l’être animé qui les possèdent momentanément avant qu’elles ne perdent la vie.

11 juin

« Et si ? »

Et si les arbitres du passé venait juger de la beauté actuelle ? Et si la qualité de l’éternuement entrait en compte dans le jugement de l’apparence physique d’une personne ? Et si je consultais un psy ? Et si je recommençais à écrire ? Et si je cultivais la beauté de mon écriture ? Et si j’avais la même haine des codes de beauté dans l’écriture que dans la mode actuelle ? Et si la carte de France avait des organes et une structure osseuse comme un corps humain ? Et si je cessais les bêtises ? Et si je définissais mes bêtises ? Et si je guérissais ? Et si je recommençais à faire du sport ? Et si je me réveillais ?

16 juin

Sujet d’écriture imaginé tout à l’heure : « un texte presque intégralement composé de clichés. »

Ce sont les meilleurs qui partent en premier, me suis-je dit en voyant que les délicieuses truffes de chocolat au kirsch qui avaient fait le délice de nos papilles avaient disparu du plateau. Les invités n’avaient pas ménagé leur peine et leur avaient certainement fait honneur.

17 juin

Allez, un sujet d’écriture : « aucune obligation de … »

Aucune obligation de faire la risette à tout le monde, pédaler dans la choucroute, s’inscrire, mettre des applis sur mon téléphone, me maquiller, me triturer les méninges.

J’imagine une scène d’autos tamponneuses avec les potences de la clinique.

21 juin

Deux tartines au fromage de brebis et aux carottes coupées en fines lamelles.

Ce matin j’ai terminé ma lecture de Carcajou ou le Diable des Bois (1973) de Félix Leclerc. Un joli conte écrit en Suisse en 1970.

23 juin

Mes éléments ? L’air, la douce brise lorsque je marche, son souffle sur mon visage, une caresse du monde. Petite, pendant les promenades forcées avec notre grand-père dans les collines, le vent me faisait suffoquer, m’effrayait, s’opposait à notre marche. Il fallait s’être bien habillé même s’il faisait chaud car il nous fouettait le corps et les bras. Ici, à Strasbourg, il est d’ordinaire moins fort et me donne l’impression ou la confirmation d’être vivante. Je voudrais pouvoir reprendre mes longues marches, et regarder le ciel, les herbes, les branches portées et secouées par le vent. La lumière qui réchauffe berce le visage et votre peau. L’eau, ses grandes étendues et la vivacité de ses boucles sur les roches arrondies.

24 juin

https://www.babelio.com/livres/Volodine-Freres-sorcieres/1086333

Au lever, j’ai presque terminé le premier des trois grands chapitres de Frères Sorcières de Volodine. Il y a des gens qui ne le supportent pas. Pendant la phase la plus angoissante de la crise du covid, en avril ou mai, je ne touchais plus à Volodine non plus. Ce matin, j’y étais étrangement disposée.

26 juin

La plante merveilleuse, verte. Un homme, une sorte de colporteur ou de charlatan de foire, adossé au bar, faisait une démonstration avec cette plante toute verte faite d’une longue tige aux feuilles qui se repliaient sur elle comme si elles voulaient la protéger. Au bout de la tige, des corolles vertes ; sans être des fleurs, elles me faisaient penser à une orchidée. La tige creuse se gonfle et les corolles supérieures se rapprochent du visage de l’homme, semblables à la tête et au long bec d’un oiseau échassier comme si elles voulaient lui souffler un message.

L’homme me voit intéressée par le spectacle, me la propose d’un geste, et je me surprends à lui acheter cette plante. L’homme en sort alors une autre de sa besace.

Un peu plus tard, à nouveau assise, j’ai devant moi, une table de personnes assez jeunes. Je me mets à manipuler la plante. Je ne me suis pas fait avoir : la plante réagit aussi rapidement qu’avec l’homme. Je la montre à une des personnes que j’ai vues.

8 juillet

https://www.babelio.com/livres/Padura-Adios-Hemingway/36769

Presque terminé Adios Hemingway (2001) de Léonardo Padura (traduit en français par René Solis), Paris, éditions Métailié,  « Suite hispano-américaine » o 98, 2004. Très agréable, sa particularité (pas très originale aujourd’hui) : les passages alternent où le narrateur place comme personnage principal, d’une part Mario Condé, à la retraite dans le monde contemporain et Ernest Hemingway en 1958, d’autre part.

9 juillet

https://www.babelio.com/livres/Padura-Lautomne-a-Cuba/916307

Commencé l’Automne à Cuba de Léonardo Padura, Paisaje de otoño (1998) – Prix Hammet 1999, traduit par Mara Hernández et René Solis, Paris, éditions Métailié, 1999 ; réédition, Paris, Points  « Policier » o P1583, 2006.

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  1. J’adore Padura moi aussi, jamais lu Volodine. Dois-je essayer ?

    • Céline Roos

      Chère Danièle! J’ai été longtemps fascinée par Volodine. J’avais commencé par Songes de Mevlido dont j’avais trouvé une critique du livre: http://www.actusf.com/spip/Songes-de-Mevlido.html
      J’ai beaucoup aimé Terminus Radieux aussi.
      On trouve des extraits de ses livres aussi en divers sites.
      Maintenant, cela dépend de tout un chacun. Certains n’aiment pas. Moi, j’ai dû en lire une dizaine.

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