Céline Roos

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Bribes d’octobre 2020

Vous reprendrez bien quelques bribes? À défaut de plat de résistance…

2 octobre : Dans la salle d’attente, il faut que je m’arme mentalement pour supporter pendant la prochaine demi-heure cet enfermement à venir dans des pièces très petites. Celle-ci doit faire 2m sur 4,5. Le cabinet est plus grand heureusement.

La dernière fois que je me trouvais ici, j’avais tenté de décrire le poster d’un tableau de Matisse piqué au mur, ici. Mais j’en vois d’autres : l’un, aux couleurs beaucoup plus vives, doit être une affiche pour une exposition. L’autre n’est pas un poster mais la reproduction d’un tableau, encadrée sous une plaque de verre. On y voit l’homme au chapeau melon, de dos, à la silhouette dupliquée en un vide découpé dans le tronc d’un arbre.

Les Poissons Rouges (1912) de Henri Matisse

Revenons à l’affiche. Le thème principal en est la vie : verdure des feuilles, rougeur et mouvement de poissons dans un récipient, poissons dupliqués aussi à la surface de l’eau. Un mélange de plongée et de vue à l’horizontale. La perspective est étrange. Le bocal, qui est rond, n’est pourtant pas sphérique. Sa hauteur est presque cylindrique, légèrement évasée à la base. Il est posé sur un guéridon rond dont on voit le plateau d’un point de vue à la verticale.

Voici, sur le blog de Charlotte Wilkins, une présentation bien plus experte de ce tableau : Les Poissons Rouges (1912) de Henri Matisse

4 octobre : « Horoscope du Courrier International

Semaine du 1er au 7octobre 2020. Compose une chanson qui te permette d’aborder l’avenir avec joie et enthousiasme. »

Une chanson ?

Je peux me promener dans un pays en paix
Sans craindre les bombes ni les tireurs embusqués
Je peux parler à des personnes dans la rue
Sans me faire accuser de commerce interdit
Je peux créer ce que je veux : texte, peinture,
objet utile ou simplement plaisant ou non.
Je peux accepter des animaux ou des humains
les recueillir, les héberger ou simplement
leur offrir le repos, la nourriture ou de la musique.
Ma santé mentale repose en partie sur ma confiance en moi
Et je n’en manque pas.
Mes amis, mes frères, mes cousins et mes voisines
me sont chers. La plus chérie de tous ma fille.

5 octobre : Griffonnages dans mon carnet manuscrit + : zestemutachantréalitépirandelle. Triste vérité, ratatouille polissonne, vagissement enchanté

Rouletabille effréné quand le coq cesse de déjanter
Avis d’expulsion
Virevolte en strates
Acouphènes
Non merci

8 octobre : Qu’est-ce qu’un insomniaque ? Si je fais de l’insomnie pendant deux, trois heures, disons sept, huit fois par an, suis-je une insomniaque ? Je pense que la plupart du monde dirait que non, je ne suis pas une insomniaque.

Mais on appellera un tueur celui qui aura commis un meurtre même s’il n’a eu qu’une victime.

Alors, où est le dilemme, de quel ordre est-il ? Cela n’a rien à voir avec la morale. Je le dis sans y avoir réfléchi, j’ai peut-être tort.

Cela a à voir avec la langue. Un problème grammatical ? De détermination ? L’ajout de l’article indéfini « un, une » change peut-être la donne. Un problème d’ordre lexical ? Il faudrait un linguiste ou un sémanticien pour en parler.

11 octobre : C’est drôle : dans deux rêves différents de deux nuits différentes, le même visage d’homme, mais la première fois sur un homme de taille moyenne, petite qui était médecin, la deuxième fois sur un grand, un propriétaire ou gérant de petits appartements en préfabriqué à l’Esplanade ou un coin comme ça. Une drôle de scène où un SDF fait semblant de voler deux chiens jaunes, dont un épagneul. Cela se passe sur la route, je suis dans une voiture en face de la scène.

20 octobre : Une jolie lumière rose ce matin. Je sais malheureusement qu’elle est annonciatrice de pluie.

Suggestion d’écriture : What do you hide under the bed ?

La question est-elle à prendre au premier ou au second degré ? Ce qui est certain, concernant le premier degré, est qu’en examinant mon dessous de lit, une personne comprendrait rapidement que je suis très loin d’être une bonne ménagère. Ceci s’applique peut-être à d’autres parties de ma vie. J’ai négligé mon corps. J’ai fait un peu plus attention à mon esprit. Du point de vue de l’honnêteté et de l’éthique, je ne suis pas non plus entièrement propre. J’en ai encore eu une preuve, hier.

Qu’est-ce que j’aimerais garder sous mon lit ? Car dans le fond, il pourrait s’y trouver des trésors insoupçonnés par d’autres, dont moi seule saurais profiter lorsque j’en aurais envie. Ce pourrait être une maison, ou même un monde miniature dans lequel je saurais m’infiltrer à l’occasion pour échanger avec ses habitants à propos de leur mode de vie, de leurs aspirations et de leurs besoins. Leur problème principal serait probablement le manque de lumière, car ils ne devraient bénéficier que de peu de lumière, quant au ciel, aux nuages, au soleil, auraient-ils même conscience qu’ils existent ? En fait, si je connaissais l’existence de ce petit monde sous le lit, je serais criminelle de les laisser dans cette situation. D’un autre côté, les en sortir ne serait-il pas dangereux pour eux ? Mais serait-ce bien à moi d’en décider ? De dictateur, je passerais au rôle de démiurge.

« unique »

Au Canada, j’entendais certains complimenter quelqu’un en lui disant : « you’re special ». Je suppose qu’ils voulaient l’assurer qu’il était unique. J’avoue que je ne comprends pas vraiment en quoi cela devait le faire se sentir bien ou mieux. D’abord, je n’y crois pas vraiment.

Certes, nous sommes la somme et « plus que » la somme de notre expérience, nos expériences. Nous sommes aussi celui ou celle qui est en relation affective et sociale avec d’autres êtres sociaux et affectifs. La combinaison particulière de ces relations fait de nous des unités individuelles et particulières. À part ça – qui est beaucoup, certes – je nous crois très proches, très semblables de nos contemporains sociaux et affectifs (et je pense aussi aux animaux).

26 octobre : Inspiration : « l’avocat m’a envoyé »

L’avocat m’a envoyé un courrier bien mal écrit. C’est étonnant que des personnes dont les compétences incluent normalement celle de bien parler arrivent à écrire des textes où manquent des informations essentielles, entraînant en conséquence pour le lecteur une impression d’ambiguïté.

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  1. Daniele godard-livet

    Je ne sais pas si tu es spéciale, mais j aime bien tes bribes.

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