Céline Roos

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Au fil des années en vérité pour la fiction

Voici quelques élucubrations notées au fil des années sur la vérité, la fiction, le réalisme littéraire et le point de vue postmoderne.

26 Octobre 2011 

Lorsque j’étais jeune, je pensais par moment avoir une limitation certaine, une sorte d’autisme, à cause de mon aversion au mensonge. Pourtant, lorsque j’y repensais, je me rendais compte qu’il m’était arrivé de mentir, par exemple pour me sortir du pétrin où je m’étais mise en Algérie. Il m’arrive aussi de mentir par mégalomanie en exagérant des faits pour me faire valoir plus douée, plus brillante qu’en vérité. Lorsque cela m’arrive, je m’observe le faisant, me demandant pourquoi je suis en train de le faire et ne pouvant pourtant m’en empêcher.

Samedi 21 Octobre 2017

On me disait, quand j’étais enfant, que j’étais extraordinairement innocente. Je ne sais pas. Je n’ai pas l’impression de tant l’être. Mais il n’y a pas qu’une vérité. Cela dépend du regard. Le regard dépend de l’objet, disait-on en phonologie française.

Volpone, or the Fox par Ben Jonson, illustration par Aubrey Beardsley [Domaine Public]

Mercredi, 3 janvier 2018

Dans une BD Yoko Tsuno que l’on m’a prêtée, j’ai trouvé l’expression : « l’instant de vérité ». L’instant de vérité, le moment où la vérité est dévoilée. Je pense à des pièces de théâtre de la période Renaissance ou baroque en Angleterre. Les méchancetés du vilain de la farce sont dévoilées, son caractère d’hypocrite est révélé à la face du monde. Il me vient à l’esprit Ben Jonson, qui a écrit Volpone, or The Fox. C’est l’image du voile que l’on enlève afin que la vérité soit exposée à tous ceux qui veulent bien la regarder. Il y avait aussi ce verbe : dissemble, le substantif : the dissembler. C’est-à-dire quelqu’un qui prétend être autre que celui qu’il est réellement. : un dissimulateur, un hypocrite. Ce qu’il prétend est faux et son but n’est pas uniquement de se cacher mais aussi de léser d’autres personnes pour en tirer profit. J’aime bien dissemble, formé comme ressemble, mais le préfixe dis marque la distance.

« L’instant de vérité » a-t-il un rapport avec l’épiphanie de Joyce, ou bien simplement avec ce que certains appellent le moment d’illumination lorsqu’ils ont subitement une sorte de vision qui pour certains a été révélation ? Pour ma part, j’ai eu une sorte d’illumination, un jour, qui ne m’a rien appris mais m’a simplement donné un aperçu de la vision que j’avais alors que j’étais bébé. J’ai aussi eu des moments assez gris où j’ai compris qu’il n’y avait pas de communication possible avec telle ou telle personne.

Se pourrait-il que l’ instant de vérité ait en fait été trompeur ou le soit parfois ? C’est d’ailleurs le ressort de certaines fictions : le lecteur croit parfois avoir compris le nœud de l’affaire, et se rend compte plus tard que c’était plus compliqué que ça, et qu’il y avait encore un nœud qui compliquait l’affaire. Plusieurs ressorts qui chaque fois augmentent l’intérêt du lecteur, des accroches de plus en plus puissantes qui le feront parfois reprendre l’œuvre depuis le début, revoir le film si c’en était un.

Vendredi 16 mars 2018

Philippe Claudel déclare ne pas faire de plan. Il a toujours un couteau avec lui, une sorte d’opinel, datant de la guerre de 14-18. Il appartenait à son grand-père. Le nom de ce couteau est onomatopéique, rappelant le bruit qu’il fait en s’ouvrant, quelque chose comme crac, ou traac. Le couteau est un outil d’artisan qui peut servir à ouvrir un manteau pour le partager ou couper le pain. Quand il est écrit, le couteau est important pour lui, il veut trancher pour trouver la vérité. Qu’est-ce qui est le plus important pour moi dans mes histoires ? La vérité, d’une certaine façon.

Première édition de Flaubert’s Parrot par Julian Barnes

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Mes images de l’Esplanade à Strasbourg

Lorsque j’avais une dizaine d’années, le quartier de l’Esplanade à Strasbourg était en construction sur le site des anciennes casernes militaires datant de l’occupation allemande, qui elles-mêmes avaient été bâties là où se situait autrefois l’ancienne citadelle de Vauban. Je me souviens particulièrement des fragiles peupliers qui s’élevaient sur l’avenue du Général de Gaulle. La plupart d’entre eux n’ont pas survécu à la tempête de 1999 et à l’orage de 2001. (Vidéo de l’INA)

Les bâtiments de l’université étaient également neufs ainsi que les grands blocs résidentiels qui encadraient l’avenue. Ces jours-ci, l’université abrite plusieurs chantiers et j’ai lu récemment qu’il existe un projet de remodelage du quartier.



Le quartier de l’Esplanade, 2007 par Jonathan M (Wikimedia Commons)

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Déjouer la page blanche avec une nouvelle

Était-ce un réel blocage ou simplement une quantité d’autres activités qui m’occupaient (ne seraient-ce que Roland-Garros et les championnes de football), le fait est que je n’ai pas publié ici depuis quelques jours. Pour me relancer, j’ai eu l’impulsion d’utiliser le sujet d’un concours littéraire auquel je n’ai pas participé et dont le thème était « à la page cent ». J’ai eu l’idée, bête, je sais, d’aller chercher les pages cent de mes deux derniers cahiers d’écriture, d’en relever le vocabulaire et de le réutiliser pour composer un tout autre texte, une mini-nouvelle, que je présente ici. Un peu scolaire, j’en conviens.



L’Écolier par François Bonvin (1817 – 1887)
(Wikimedia commons)

Présentation scolaire

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Le Chevalier Servant : épisodes quatre et cinq de la nouvelle

Lire l’épisode 1 ici : La divine marâtre

Lire les épisodes 2 et 3 ici: Tomorrow et Si loin que le bleu n’existe plus

Des histoires de famille

Aucun des deux ne lui répondit. Ils ne semblaient pas l’entendre. Sa mère fixait d’un air hébété des images qu’il lui semblait bien avoir déjà vues, quelques mois auparavant. Quant à son père, il écoutait quelqu’un au téléphone, en intercalant simplement des « mais, mais… »

Il les regarda encore quelques secondes, puis haussa les épaules et décida d’aller à la salle de bains se passer de l’eau sur la figure. Il avait l’impression de vivre dans un monde de fous dont il n’était pas le moindre.

Quand il revint dans la pièce qui leur servait de salon et parfois de salle à manger, lorsqu’il y avait des invités, ses parents étaient en discussion mais il n’y comprenait toujours rien. Les mêmes images tournaient en boucle sur l’écran de la télévision, mais le son était coupé. Il essaya de comprendre de quoi ses parents parlaient.

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La préparation de cours d’un professeur de langue étrangère

L’essentiel des tâches d’un enseignant ne se passe pas en présence des élèves. Même s’il y a aussi les réunions pédagogiques, les conseils de classe, les diverses commissions d’orientation, de conseils disciplinaires ou autres, une grande partie de son travail est exécutée par écrit. Ce n’est pas non plus à propos de la partie administrative, ni de la correction de copies, des saisies de notes ou des remarques dans les bulletins que je veux parler.

Je vais m’intéresser à la préparation des cours. Lors de mes dernières années de travail, j’ai enseigné l’anglais en collège, en lycée et en classes de BTS. Bien sûr, les cours diffèrent selon les classes et un cours d’anglais de 6e ne ressemble évidemment pas à un cours de terminale, ni à un cours de BTS. En 2014-2015, j’avais des premières, des terminales, des deuxièmes années de BTS SISR (des informaticiens) et des deuxièmes années de BTS comptables. Je vais noter ce que j’avais fait en terminale, cette année-là et particulièrement le jour du 30 septembre où je montrai aux élèves la vidéo d’un jeune homme d’origine hispanique aux États-Unis qui ne recevait pas d’offres d’entretiens d’embauche lorsqu’il postulait avec son prénom José, mais qui en reçut plusieurs après avoir enlevé le ‘s’ de son prénom, le transformant ainsi en Joe qui sonnait plus américain. Voici la vidéo en question : Qui va décrocher l’emploi ? Joe ou José ?

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La page aux petits points noirs et une nouvelle

Si je n’ai pas écrit ces derniers jours, c’est que je suis bien occupée et en particulier par l’arrivée de mon nouvel ordinateur sous Linux Mint. Pour ce qui est des bases, je me débrouille, ce n’est pas bien différent de Windows. Mais j’ai quand même beaucoup de choses à apprendre lorsqu’il s’agit de fonctionner plus activement en installant de nouveaux programmes par exemple. Il y a ce qu’ils appellent un Terminal, une plage de texte qui permet de taper des commandes qu’il me faut apprendre, ce que je fais petit à petit.

Là, cela fait quelques heures que je rame sur un problème pratique : faire que mon imprimante s’acquitte de ses tâches diligemment et gracieusement. Elle aime l’art visiblement puisqu’elle imprime les images sans problème, mais elle semble en désaccord avec les textes et se permet de placer des points noirs sous toutes les lettres à jambages inférieurs (tels les g ou les p).

Pour résoudre ce problème, j’ai fait plusieurs tentatives: trouver le bon pilote, dézipper les paquets proposés par le site du fabriquant de l’imprimante, installer le fichier obtenu, etc. J’ai donc dû apprendre à utiliser un peu le Terminal. Pour l’instant, je suis en échec: l’opération échoue sur un point que je n’ai pas résolu. L’informaticien qui m’a montré le b.a. ba de mon ordinateur vient de m’envoyer un message contenant des instructions que je tenterai de suivre demain pour ré-essayer d’inculquer une certaine discipline à mon imprimante.

Alors, un peu de fiction pour changer de sujet? Je vais ajouter un petit texte qui est une réponse à un défi lancé sur Atramenta. Le texte qui suit est supposé être le début d’une nouvelle, puisque le défi en question se déroule en cinq semaines avec des consignes différentes chaque semaine. Voici donc ma participation de la première semaine.

Le Chevalier Servant. Premier épisode: La Divine Marâtre

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Jouer son écriture

Les petites manies de celle qui écrit

Peut-être comme beaucoup de ceux qui lisent cette page, j’écris de façon sérielle. J’écris constamment dans des cahiers dont j’extrais parfois un passage que je rallonge et recompose pour en faire une nouvelle ou un article pour ce blog. Mes cahiers ou journaux ont leurs noms : c’est plus sympa et plus pratique pour y retrouver quelque chose. Cela fait environ trois ans que je me suis mise à écrire tous les jours d’abord dans Une Histoire Par Jour, puis dans Des Histoires de Femme Libre, ensuite dans Tente Histoire, et dans Tsarine Histoires et le dernier a ce drôle de nom dû à une faute de frappe : Hoistoires pour Lire. Donnez-vous aussi des noms amusants à vos journaux ou cahiers d’écriture ?


Vannerie pour l’ikebana Oeuvre de TANABE Chikuunsai.
Photo de Jean-Pierre Dalbéra (Wikimedia Commons)

La légitimation de l’écriture

Pour l’instant, il n’y a rien de bien étonnant. Mais qu’en est-il de l’inspiration ? Je me souviens qu’il y a quelques temps, peut-être justement dans cette première année où je commençais à écrire de façon compulsive, une amie m’avait dit qu’à son avis il était essentiel que la personne qui écrive ait quelque chose à dire. Certes, mais je ne connais personne qui n’ait rien à dire, à condition qu’on l’écoute et parfois qu’on l’aide à formuler au besoin. De toutes les façons, je me suis alors sentie adoubée : comme tout le monde j’ai sûrement quelque chose à dire, mon défi étant de trouver ma musique de la langue. D’ailleurs, parfois c’est la musique qui reste. Il me faut retrouver ma voix et mon oreille musicale.

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Une nouvelle : Sam en retrait

La mini-nouvelle que j’ai écrite aujourd’hui est de type littérature de jeunesse. Elle m’a été en partie inspirée par la suggestion d’écriture « derrière la porte » donnée dans le forum Zodiac Writing Challenge dédié aux nouvelles très courtes et en partie par un souvenir de jeunesse que j’ai un peu fictionnalisé ici. Je rends ici hommage à un chien aimé disparu , à une famille imprégnée de l’importance de leurs liens avec leurs frères animaux et à une voix qui regrettait que l’on ne consigne pas suffisamment l’histoire de ces amis non humains qui vivent avec nous et ont tant d’influence sur nos vies.

chien berger de couleur claire assis dans un appartement familial
Sam

Sam en retrait

Sam était accroupi, la tête posée sur ses deux pattes avant, à demi-caché derrière le battant de la porte qui donnait sur le couloir. Il n’était pas vraiment caché, son grand corps n’aurait pas pu disparaître derrière la porte, mais il était discret. Il sentait que ce n’était pas le moment de les embêter et il voulait savoir ce qu’ils allaient décider. Étaient présents Papa, Maman, et les quatre jeunes dont il ne se rappelait pas encore les noms. Le moment était grave.

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L’écriture au service de

Alors que chaque vendredi, je fais office d’écrivain public en rédigeant des lettres pour les autres, ou les aidant à remplir leurs formulaires administratifs, j’ai consacré la semaine qui vient de passer à mes propres affaires de ce type. Déjà à l’époque où j’étais enseignante, j’avais l’habitude d’utiliser mes vacances, les grandes et les petites de mi-saison, pour rattraper tout mon retard administratif. Je n’avais pas vraiment le temps de m’en occuper en période scolaire, ou je n’y pensais simplement pas, absorbée que j’étais par le train rapide de toutes les tâches liées à la pédagogie et aux demandes de l’administration du rectorat et du lycée.

Études des mains d’Érasme par Hans Holbein le Jeune
(~ 1523) (Domaine Public)

Je n’ai pas éprouvé autant de scepticisme que la plupart des observateurs lorsque certains personnages publics avaient utilisé l’excuse de la phobie administrative pour ne pas avoir payé telle ou telle contribution obligatoire. Je crois en effet qu’il est absolument possible pour une personne de n’en plus pouvoir. J’ai connu quelqu’un, un proche, éduqué, lettré, dont on a découvert après son décès qu’il avait sous son bureau un tas d’une taille gigantesque de lettres et enveloppes administratives qu’il n’ouvrait plus depuis des mois et auxquelles il ne répondait évidemment plus. La lassitude pour des choses qui étaient tellement moins importantes que celles qui comptaient !

Écrire à l’administration

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Une nouvelle: Salon avec poupée et Hannah

Hannah était installée dans le salon, plus proche de la cuisine et des toilettes que sa chambre habituelle. Cela faisait une semaine qu’elle était alitée, souffrant de petites fractures au niveau du bassin, et de deux côtes cassées. Sa mère, sous sa direction, avait disposé quelques chaises qui lui servaient de relais entre la cuisine et sa couche de fortune pour poser un plateau ou un verre d’eau et arriver à les amener jusqu’au petit meuble qui lui servait de table de chevet. Elles avaient ressorti les béquilles qui lui avaient déjà servi lors d’une opération à la cheville. Hannah ne se sentait donc pas tout à fait impuissante, dépendante de sa mère. Celle-ci, de toutes les façons, devait aller travailler en journée et c’était aussi bien, se disait Hannah.

Mais maintenant on en revenait au même problème: comment allait-elle trouver du travail? Dans son état actuel, il n’y avait aucune possibilité de se rendre à un entretien d’embauche. Elle allait être invalide pendant plusieurs semaines.

Elle regarda autour d’elle et vit dans un coin de la pièce, une étrange figure, mi-souriante mi-effrayante, assez kitsch. Posée sur une vieille enceinte de chaîne hi-fi qui n’avait plus servi depuis des années, une poupée empoussiérée avec en arrière-plan, le haut d’une tige de chatons toute aussi empoussiérée. C’était une poupée figurant une mariée en robe blanche qui paraissait plutôt grise en l’occurrence. Ignacio, un ami de ses parents, décédé depuis, la lui avait offerte lorsqu’il vivait encore à Strasbourg, il y avait au moins quinze ans. Elle en avait été ravie à l’époque. Elle lui rappelait certains personnages féminins de mangas et de dessins animés.

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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