Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Élucubrations auto-réflexives à propos du blog

Il m’arrive de me poser des questions pour ensuite y répondre quelques jours ou quelques mois plus tard. Ainsi, il y a six mois, je répondais à une question que j’avais posée un an plus tôt : « Quelle est la façon la plus directe de progresser en écriture ? »

Je me donnai alors les conseils suivants : pratiquer sans cesse et ne pas hésiter à corriger ses fautes. Pour cela, il faut tenter d’être objectif et peut-être d’accepter les critiques des autres. Il me faut enrichir mon vocabulaire, m’enrichir des formules heureuses trouvées chez d’autres écrivains. Penser plus profondément à la composition de mes textes, aux voix narratives. M’attacher à tenter de créer des personnages qui ne me ressemblent pas.

Et puis, je me demandai si j’étais vraiment bien placée pour répondre à cette question. Avais-je progressé depuis que j’avais commencé à écrire régulièrement ? Quels pourraient être les critères qui permettraient de jauger cette progression ?

Aujourd’hui, le 19 septembre 2019, je vais rebondir sur ma tentative de réponse du 21 février.

Un point à propos duquel je ne crois pas avoir vraiment écrit est celui de la sonorité, du rythme sonore de mes phrases. Dans les traités de langue anglaise à propos de fiction ou même d’autres types de textes tels que des discours politiques (me vient immédiatement à l’esprit le talent d’orateur de Martin Luther King), un des critères est justement lié aux assonances, aux alternances ou répétitions de voyelles longues et brèves car, en anglais, certaines syllabes sont plus accentuées que d’autres, cet effet étant en relation avec le type de voyelles que les syllabes comportent. En français, mais je m’y connais moins, il me semble que les syllabes sont toutes de même longueur et de même intensité. Je ne parle pas ici de poésie ou le rythme et les assonances sont cruciales; ma culture est trop pauvre dans ce domaine.

Lire la suite

Chronique de rentrée scolaire (deuxième partie)

Comme je le disais dans mon dernier article, j’ai pensé à chercher dans mes vieux cahiers ce que je disais à l’époque où la rentrée scolaire m’avait inspiré quelque écrit. C’est ici : Chronique de rentrée scolaire (première partie)

En 2018, j’ai participé à ma dernière pré-rentrée scolaire. Je viens de réduire un peu le texte que j’avais publié alors. Le voici :

La Rentrée Vue de la Porte de Sortie

Lorsque les élèves sont partis…

Lire la suite

Chronique de rentrée scolaire (première partie)

Les rues de la ville ronflent à nouveau du passage des voitures et bicyclettes et les machines et les ouvriers ont repris leurs travaux. Au passage alors que je me dirigeais vers le marché, j’ai entendu une conversation à propos de la rentrée avancée d’un enfant dans son école. Les gens se sont revêtus à nouveau de leurs tenues de ville. Pour la première fois, je n’ai pas à me remettre dans l’esprit adéquat mais je pense à mes anciens collègues qui feront vendredi leur pré-rentrée. J’ai pensé à chercher dans mes vieux cahiers ce que je disais à l’époque où cela m’avait inspiré quelque écrit.

Life is Hell par Matt Groening

Le 25 août 2008, j’écrivais ce qui suit :

Le lendemain peut inspirer de l’angoisse. Est-ce un signe de l’âge ? Adolescente, je rêvais au lendemain avec excitation. Aller ailleurs, voir des lieux et des paysages nouveaux, rencontrer et observer des personnes inconnues, tout était source d’enthousiasme.

Lire la suite

L’atypique nouvelle The Babysitter par Robert Coover

Hier, écumant une nouvelle fois les nouvelles de l’anthologie composée par Richard Ford (j’en ai parlé ici), j’ai passé toute la journée avec la nouvelle The Babysitter (1969) de Robert Coover d’abord publiée dans son recueil de nouvelles Pricksongs & Descants. Je n’ai pas en main la version française du recueil mais elle se nomme La Flûte de Pan et a été traduite par Jean Autret.

Pardon Me par Norman Rockwell,
couverture du Saturday Evening Post
du 26/01/1918 (Wikimedia Commons)

Si j’ai consacré ma journée à cette lecture, ce n’est pas que The Babysitter soit particulièrement longue : environ 25 pages, mais elle est pour le moins déconcertante. À dire vrai, la première fois que j’avais tenté de la lire, j’avais abandonné au bout de quelques pages n’arrivant pas à comprendre ce qui se passait. Ce que je croyais avoir compris dans les premières pages se trouvait contredit ensuite. Peut-être manquais-je de confiance, me disant que lisant en une langue étrangère je devais faire un contre-sens. Eh non, ce n’était pas ça. Ces contradictions dans l’intrigue sont une des clefs de ce récit.

Lire la suite

Questions ouvertes et authentiques

 Les questions en valent toujours la peine. Les réponses, pas toujours.

Oscar Wilde

Remue-méninges

Q : questions de genre, questionnaire, quadrillage, quotes, don Quichotte, Quasimodo, querelles, quiproquos, quod erat demonstrandum, Quantico, quand, query, quête, queue, quiche, quidam, Quefellec, quille, quiz, Quinquin, quinine, quitter, quittance, quolibets, quoi, Quentin, Quintinius, Lary Quant (mini-jupe British), quadrature, quai d’Orsay, quakers, théorie quantique, quarantaine, Quasimodo Salvatore, poète italien, prix Nobel 59, Québec, Queen Anne (+ style), Queneau, François Quesnay (encyclopédie Diderot), quicksand, Q. pseudonyme de Quiller-Couch, Sir Arthur Thomas (1863 – 1944) critique et romancier, romans d’aventure en Cornouailles, Quimper, Quine, philosophe américain (langue et logique), Quintilianus, théoricien romain, tuteur des enfants de Domitien. Qui, qui va là ? Quetzalcóatl, quadrilatère, quant, quand, quaternaire, questions, questionneur, questeur, quel, quelle, queue, quasi, quadrimoteur, quarante, quadragénaire. Quelle, quantité, querelleur, questionner, quantième, qualifier, qualificatif. Quiz 

Quentin était le prénom de cet élève qui avait décidé de faire Commerce International. Son père, ébéniste, était déçu que son fils ne veuille pas reprendre le flambeau.

Quod erat demonstrandum (ce qu’il fallait démontrer). Une intuition à démontrer. Un raisonnement mathématique, logique. Me fait penser aux vieux textes d’intrigues, type ceux de Conan Doyle ou d’Edgar Allen Poe, à la limite d’Agatha Christie.

Queen Anne, me fait penser à Jonathan Swift.



Question mark sculpture in Esbjerg
par Alexander Henning Drachmann de Esbjerg, Denmark (Wikimedia Commons)

Les mots en qu-

Je reviens à ma lettre q, qui en français est suivie la plupart du temps de la voyelle u. Lorsque j’enseignais l’anglais, je faisais travailler mes élèves sur les mots en wh-, ce qui se traduirait littéralement par les mots en qu– chez nous. Mais nous ne disons pas cela. Nous parlons des mots qui introduisent des questions ouvertes (j’évite l’affreux terme grammatical).

Graphie

J’ai souvent été gênée, petite, lorsque je devais écrire un q majuscule : je trouvais qu’il y avait une disharmonie entre le gros o fermé ou ouvert de la partie supérieure de la lettre et la pique qui descendait plus bas que la ligne. Pour un g, les deux boucles se répondent, le geste est aisé et relativement jouissif lorsqu’on trace la lettre, mais cette pique du q me fait penser à un soc de charrue primitive, auquel on n’aurait même accordé aucune courbure, simplement un pieu à planter dans le sol.

Lire la suite

Une nouvelle: Rue de la Nuée Bleue

Sous le grand porche des Dernières Nouvelles, chaque page du journal est mise en vitrine chaque jour. Le sol en mosaïque de la rue de la Nuée Bleue est la partie surélevée de la place toute en rondeur, protégée par de grands arbres, où se trouve aussi l’église protestante Saint Pierre le Jeune. La mosaïque est enchanteresse : de minuscules petites dalles d’un gris bleuté avec d’autres plus claires formant des étoiles blanches à six pointes et au cœur plus sombre.

Bien haut au-dessus de la mosaïque aux étoiles, au 21, il y avait un appartement, propriété des Dernières Nouvelles et récupéré par eux plus tard. Il était seul, au dernier étage et tout l’immeuble appartenait au journal.

Lire la suite

Petite bibliographie de nouvelles

Il est clair, une fois de plus, que ma veine fictionnelle est enfouie quelque part et que je me suis un peu égarée. J’écris beaucoup, mais ce que j’écris me semble trop proche de l’autobiographie ou, parfois, au contraire, trop déjanté et surréaliste. Alors, je vais raconter où j’en suis de mes lectures. Les mêmes ouvrages traînent parfois pendant des mois sur ma table de chevet puisque j’ai constamment plusieurs livres entamés. Je vais mentionner principalement les recueils de textes courts, nouvelles ou autres. D’ailleurs, j’hésite à le faire car je lis encore principalement en anglais, mais certaines de ces nouvelles sont traduites en français.

John Gardner

https://www.rarebookcellar.com

Je suis en train de terminer ma lecture du recueil de nouvelles de John Gardner, The Art of Living and Other Stories (1974,…, 1989). Il s’y trouve quelques gemmes ! En particulier, je pense à « The Joy of the Just » : une nouvelle excellente, finalement comique, alliant la cruauté paysanne, le désir de revanche avec le discours religieux et l’hypocrisie de tous. Les textes sont variés, en thème et en taille, la plus longue (100 pages), « Vlemk The Box Painter », étant un beau conte à propos d’un peintre capable de donner la parole à ses créations, qui est une réflexion sur la création artistique, la vocation artistique, et la reconnaissance que l’artiste peut espérer ou craindre.

Lire la suite

Une nouvelle (ou un tableau): la Tour Hors-Jeu

C’est en l’honneur du 10e Festival d’Échecs d’Été de Strasbourg qui se déroule actuellement que j’ai décidé de composer la petite nouvelle qui suit.

La Tour Hors-Jeu

Ses doigts, dans la poche de sa veste, ne cessaient de tourner en tous sens la pièce d’échecs qui n’aurait pas dû s’y trouver. Cela faisait des années que, chaque fois qu’il jouait un tournoi dans la région, Sébastien emportait la tour noire avec l’espoir de la rendre à son propriétaire. Il n’avait jamais réussi à le faire.

Lire la suite

Un Rêve : Filmer la vie d’une maison de ville

Je suis inspirée par la proposition de François Bon : 10 | mise en quatre (in nocturnes de la BU d’Angers), une proposition d’écriture à partir du « Chasseur de crépuscules » de Julio Cortàzar.

Maison d’appartements à Strasbourg (Google maps)

Un Rêve : Filmer la vie d’une maison de ville

Si j’étais cinéaste, je me consacrerais à la chronique de vie d’une maison d’appartements petits-bourgeois. Ce serait difficile, car il faudrait évoquer les ruptures, les naissances, les morts, les déménagements, les nouvelles arrivées, les nouveautés technologiques (même si elles ne consistent qu’à remettre le système électrique au niveau des normes de sécurité acceptées, ou l’installation d’un ascenseur, l’arrivée de la fibre). Je filmerais aussi les images prises au vol de bébés, devenus enfants ensuite, jouant dans la cour ou enfermés par mégarde dans l’ascenseur, plus tard leurs premières bêtises d’adolescents, et leurs rencontres sentimentales avant qu’ils ne s’en aillent et laissent leurs parents seuls, à se disputer ou s’ennuyer. Il me faudrait consacrer une trentaine d’années à ce film pour qu’il soit vraiment fidèle à la réalité du temps qui passe.

Lire la suite

Au fil des années en vérité pour la fiction

Voici quelques élucubrations notées au fil des années sur la vérité, la fiction, le réalisme littéraire et le point de vue postmoderne.

26 Octobre 2011 

Lorsque j’étais jeune, je pensais par moment avoir une limitation certaine, une sorte d’autisme, à cause de mon aversion au mensonge. Pourtant, lorsque j’y repensais, je me rendais compte qu’il m’était arrivé de mentir, par exemple pour me sortir du pétrin où je m’étais mise en Algérie. Il m’arrive aussi de mentir par mégalomanie en exagérant des faits pour me faire valoir plus douée, plus brillante qu’en vérité. Lorsque cela m’arrive, je m’observe le faisant, me demandant pourquoi je suis en train de le faire et ne pouvant pourtant m’en empêcher.

Samedi 21 Octobre 2017

On me disait, quand j’étais enfant, que j’étais extraordinairement innocente. Je ne sais pas. Je n’ai pas l’impression de tant l’être. Mais il n’y a pas qu’une vérité. Cela dépend du regard. Le regard dépend de l’objet, disait-on en phonologie française.

Volpone, or the Fox par Ben Jonson, illustration par Aubrey Beardsley [Domaine Public]

Mercredi, 3 janvier 2018

Dans une BD Yoko Tsuno que l’on m’a prêtée, j’ai trouvé l’expression : « l’instant de vérité ». L’instant de vérité, le moment où la vérité est dévoilée. Je pense à des pièces de théâtre de la période Renaissance ou baroque en Angleterre. Les méchancetés du vilain de la farce sont dévoilées, son caractère d’hypocrite est révélé à la face du monde. Il me vient à l’esprit Ben Jonson, qui a écrit Volpone, or The Fox. C’est l’image du voile que l’on enlève afin que la vérité soit exposée à tous ceux qui veulent bien la regarder. Il y avait aussi ce verbe : dissemble, le substantif : the dissembler. C’est-à-dire quelqu’un qui prétend être autre que celui qu’il est réellement. : un dissimulateur, un hypocrite. Ce qu’il prétend est faux et son but n’est pas uniquement de se cacher mais aussi de léser d’autres personnes pour en tirer profit. J’aime bien dissemble, formé comme ressemble, mais le préfixe dis marque la distance.

« L’instant de vérité » a-t-il un rapport avec l’épiphanie de Joyce, ou bien simplement avec ce que certains appellent le moment d’illumination lorsqu’ils ont subitement une sorte de vision qui pour certains a été révélation ? Pour ma part, j’ai eu une sorte d’illumination, un jour, qui ne m’a rien appris mais m’a simplement donné un aperçu de la vision que j’avais alors que j’étais bébé. J’ai aussi eu des moments assez gris où j’ai compris qu’il n’y avait pas de communication possible avec telle ou telle personne.

Se pourrait-il que l’ instant de vérité ait en fait été trompeur ou le soit parfois ? C’est d’ailleurs le ressort de certaines fictions : le lecteur croit parfois avoir compris le nœud de l’affaire, et se rend compte plus tard que c’était plus compliqué que ça, et qu’il y avait encore un nœud qui compliquait l’affaire. Plusieurs ressorts qui chaque fois augmentent l’intérêt du lecteur, des accroches de plus en plus puissantes qui le feront parfois reprendre l’œuvre depuis le début, revoir le film si c’en était un.

Vendredi 16 mars 2018

Philippe Claudel déclare ne pas faire de plan. Il a toujours un couteau avec lui, une sorte d’opinel, datant de la guerre de 14-18. Il appartenait à son grand-père. Le nom de ce couteau est onomatopéique, rappelant le bruit qu’il fait en s’ouvrant, quelque chose comme crac, ou traac. Le couteau est un outil d’artisan qui peut servir à ouvrir un manteau pour le partager ou couper le pain. Quand il est écrit, le couteau est important pour lui, il veut trancher pour trouver la vérité. Qu’est-ce qui est le plus important pour moi dans mes histoires ? La vérité, d’une certaine façon.

Première édition de Flaubert’s Parrot par Julian Barnes

Lire la suite

Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

  Politique de confidentialité | Déclaration de confidentialité