Céline Roos

Lire Écrire Rêver

La page aux petits points noirs et une nouvelle

Si je n’ai pas écrit ces derniers jours, c’est que je suis bien occupée et en particulier par l’arrivée de mon nouvel ordinateur sous Linux Mint. Pour ce qui est des bases, je me débrouille, ce n’est pas bien différent de Windows. Mais j’ai quand même beaucoup de choses à apprendre lorsqu’il s’agit de fonctionner plus activement en installant de nouveaux programmes par exemple. Il y a ce qu’ils appellent un Terminal, une plage de texte qui permet de taper des commandes qu’il me faut apprendre, ce que je fais petit à petit.

Là, cela fait quelques heures que je rame sur un problème pratique : faire que mon imprimante s’acquitte de ses tâches diligemment et gracieusement. Elle aime l’art visiblement puisqu’elle imprime les images sans problème, mais elle semble en désaccord avec les textes et se permet de placer des points noirs sous toutes les lettres à jambages inférieurs (tels les g ou les p).

Pour résoudre ce problème, j’ai fait plusieurs tentatives: trouver le bon pilote, dézipper les paquets proposés par le site du fabriquant de l’imprimante, installer le fichier obtenu, etc. J’ai donc dû apprendre à utiliser un peu le Terminal. Pour l’instant, je suis en échec: l’opération échoue sur un point que je n’ai pas résolu. L’informaticien qui m’a montré le b.a. ba de mon ordinateur vient de m’envoyer un message contenant des instructions que je tenterai de suivre demain pour ré-essayer d’inculquer une certaine discipline à mon imprimante.

Alors, un peu de fiction pour changer de sujet? Je vais ajouter un petit texte qui est une réponse à un défi lancé sur Atramenta. Le texte qui suit est supposé être le début d’une nouvelle, puisque le défi en question se déroule en cinq semaines avec des consignes différentes chaque semaine. Voici donc ma participation de la première semaine.

Le Chevalier Servant. Premier épisode: La Divine Marâtre

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Jouer son écriture

Les petites manies de celle qui écrit

Peut-être comme beaucoup de ceux qui lisent cette page, j’écris de façon sérielle. J’écris constamment dans des cahiers dont j’extrais parfois un passage que je rallonge et recompose pour en faire une nouvelle ou un article pour ce blog. Mes cahiers ou journaux ont leurs noms : c’est plus sympa et plus pratique pour y retrouver quelque chose. Cela fait environ trois ans que je me suis mise à écrire tous les jours d’abord dans Une Histoire Par Jour, puis dans Des Histoires de Femme Libre, ensuite dans Tente Histoire, et dans Tsarine Histoires et le dernier a ce drôle de nom dû à une faute de frappe : Hoistoires pour Lire. Donnez-vous aussi des noms amusants à vos journaux ou cahiers d’écriture ?


Vannerie pour l’ikebana Oeuvre de TANABE Chikuunsai.
Photo de Jean-Pierre Dalbéra (Wikimedia Commons)

La légitimation de l’écriture

Pour l’instant, il n’y a rien de bien étonnant. Mais qu’en est-il de l’inspiration ? Je me souviens qu’il y a quelques temps, peut-être justement dans cette première année où je commençais à écrire de façon compulsive, une amie m’avait dit qu’à son avis il était essentiel que la personne qui écrive ait quelque chose à dire. Certes, mais je ne connais personne qui n’ait rien à dire, à condition qu’on l’écoute et parfois qu’on l’aide à formuler au besoin. De toutes les façons, je me suis alors sentie adoubée : comme tout le monde j’ai sûrement quelque chose à dire, mon défi étant de trouver ma musique de la langue. D’ailleurs, parfois c’est la musique qui reste. Il me faut retrouver ma voix et mon oreille musicale.

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Une nouvelle : Sam en retrait

La mini-nouvelle que j’ai écrite aujourd’hui est de type littérature de jeunesse. Elle m’a été en partie inspirée par la suggestion d’écriture « derrière la porte » donnée dans le forum Zodiac Writing Challenge dédié aux nouvelles très courtes et en partie par un souvenir de jeunesse que j’ai un peu fictionnalisé ici. Je rends ici hommage à un chien aimé disparu , à une famille imprégnée de l’importance de leurs liens avec leurs frères animaux et à une voix qui regrettait que l’on ne consigne pas suffisamment l’histoire de ces amis non humains qui vivent avec nous et ont tant d’influence sur nos vies.

chien berger de couleur claire assis dans un appartement familial
Sam

Sam en retrait

Sam était accroupi, la tête posée sur ses deux pattes avant, à demi-caché derrière le battant de la porte qui donnait sur le couloir. Il n’était pas vraiment caché, son grand corps n’aurait pas pu disparaître derrière la porte, mais il était discret. Il sentait que ce n’était pas le moment de les embêter et il voulait savoir ce qu’ils allaient décider. Étaient présents Papa, Maman, et les quatre jeunes dont il ne se rappelait pas encore les noms. Le moment était grave.

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L’écriture au service de

Alors que chaque vendredi, je fais office d’écrivain public en rédigeant des lettres pour les autres, ou les aidant à remplir leurs formulaires administratifs, j’ai consacré la semaine qui vient de passer à mes propres affaires de ce type. Déjà à l’époque où j’étais enseignante, j’avais l’habitude d’utiliser mes vacances, les grandes et les petites de mi-saison, pour rattraper tout mon retard administratif. Je n’avais pas vraiment le temps de m’en occuper en période scolaire, ou je n’y pensais simplement pas, absorbée que j’étais par le train rapide de toutes les tâches liées à la pédagogie et aux demandes de l’administration du rectorat et du lycée.

Études des mains d’Érasme par Hans Holbein le Jeune
(~ 1523) (Domaine Public)

Je n’ai pas éprouvé autant de scepticisme que la plupart des observateurs lorsque certains personnages publics avaient utilisé l’excuse de la phobie administrative pour ne pas avoir payé telle ou telle contribution obligatoire. Je crois en effet qu’il est absolument possible pour une personne de n’en plus pouvoir. J’ai connu quelqu’un, un proche, éduqué, lettré, dont on a découvert après son décès qu’il avait sous son bureau un tas d’une taille gigantesque de lettres et enveloppes administratives qu’il n’ouvrait plus depuis des mois et auxquelles il ne répondait évidemment plus. La lassitude pour des choses qui étaient tellement moins importantes que celles qui comptaient !

Écrire à l’administration

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Une nouvelle: Salon avec poupée et Hannah

Hannah était installée dans le salon, plus proche de la cuisine et des toilettes que sa chambre habituelle. Cela faisait une semaine qu’elle était alitée, souffrant de petites fractures au niveau du bassin, et de deux côtes cassées. Sa mère, sous sa direction, avait disposé quelques chaises qui lui servaient de relais entre la cuisine et sa couche de fortune pour poser un plateau ou un verre d’eau et arriver à les amener jusqu’au petit meuble qui lui servait de table de chevet. Elles avaient ressorti les béquilles qui lui avaient déjà servi lors d’une opération à la cheville. Hannah ne se sentait donc pas tout à fait impuissante, dépendante de sa mère. Celle-ci, de toutes les façons, devait aller travailler en journée et c’était aussi bien, se disait Hannah.

Mais maintenant on en revenait au même problème: comment allait-elle trouver du travail? Dans son état actuel, il n’y avait aucune possibilité de se rendre à un entretien d’embauche. Elle allait être invalide pendant plusieurs semaines.

Elle regarda autour d’elle et vit dans un coin de la pièce, une étrange figure, mi-souriante mi-effrayante, assez kitsch. Posée sur une vieille enceinte de chaîne hi-fi qui n’avait plus servi depuis des années, une poupée empoussiérée avec en arrière-plan, le haut d’une tige de chatons toute aussi empoussiérée. C’était une poupée figurant une mariée en robe blanche qui paraissait plutôt grise en l’occurrence. Ignacio, un ami de ses parents, décédé depuis, la lui avait offerte lorsqu’il vivait encore à Strasbourg, il y avait au moins quinze ans. Elle en avait été ravie à l’époque. Elle lui rappelait certains personnages féminins de mangas et de dessins animés.

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Lire et rêver des Épaules de Darwin à la Partie d’Échecs

Comment nous lisons et rêvons le monde : Jean Claude Ameisen

Ce matin, j’ai repris ma lecture du livre de Jean Claude Ameisen, Sur Les Épaules de Darwin – Les Battements du Temps (2014 chez Actes Sud) et j’en suis à l’article « Détisser les mailles de l’univers » du chapitre sur la mémoire et le sommeil. J’y ai trouvé un fait que je ne connaissais pas : les baleines et les dauphins ne dorment pas totalement. Une partie d’eux reste éveillée en permanence. Celle-ci leur permet d’éviter les obstacles, en particulier. Cela se passe en deux phases qui alternent puisque c’est d’abord une moitié du cerveau qui fait le travail pendant que l’autre moitié dort, puis c’est l’inverse qui se passe.

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Écrire le manque

Ces jours-ci, je me sens dans une ambiance de deuil et il y a probablement deux causes à cela. D’abord, nous sommes le 5 avril, donc à deux jours de l’anniversaire du décès de ma mère. Elle me pardonnerait de lier à cette triste échéance un autre fait, matériel, celui de ma séparation avec mon ordinateur, mon outil de travail acheté il y a quelques années. Je pensais qu’il allait me servir fidèlement pendant de longues années après la date de ma retraite. Ma mère était, elle aussi, très attachée à ses ordinateurs  (car elle en avait plusieurs aux fonctions diverses). Elle s’était toujours intéressée à l’informatique et elle avait su transmettre cet engouement à ses collègues et à sa famille. J’ai beaucoup appris par elle au début des années 90 lorsque j’ai eu mon premier ordinateur personnel.

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À lire en passant

Mon article d’aujourd’hui va être assez court et décousu. Dans les prochains jours, j’ai peur d’être coupée d’internet puisqu’on m’installe la fibre demain et j’ai déjà des difficultés puisque mon ordinateur principal est en panne. J’écris sur un petit ordinateur de 10′ qui a peu de mémoire.

Préhistoire au Sahara (Wikimedia Commons)

Bientôt un premier ebook !

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Qu’est-ce qui fait avancer une histoire ?

Dans un entretien avec Richard Ford par Manuel Carcassonne dans La Revue des Deux Mondes de mai 2014, un passage m’a intéressé, p. 23 :

« […] il y a une phrase d’Emerson […] dans laquelle il dit essentiellement que le pouvoir s’arrête au point d’inactivité et que le pouvoir réside là où vous passez d’un stade antérieur au stade suivant. Le pouvoir réside là où vous sautez une brèche, en quelque sorte. Donc je pense toujours que quand je fais en sorte qu’un de mes personnages traverse une frontière, non seulement j’accélère quelque chose, je sens le pouvoir dans ce mouvement, mais cela devient encore une fois le sujet du livre en soi. Ce que j’ai compris, c’est que quand on traverse une frontière, par exemple pour arriver au Canada, il se produit quelque chose de fort. »

Je me suis amusée en lisant cet entretien car je sentais qu’en répondant aux questions un peu intellectualisantes Richard Ford essayait régulièrement de montrer que dans son roman il se passait aussi des choses, que ce n’était pas un livre ennuyeux. J’ai aussi souri à cette idée de l’accélération au moment de la traversée de la frontière. J’en ai eu une vision de jeu vidéo : vous passez là et vous obtenez subitement des points de force de motricité, un pouvoir presque tangible et dans un jeu vidéo, il serait probablement symbolisé par un icône tel un sceptre ou des éclairs de Zeus, quelque chose de la sorte.

J’ai connu ce sentiment intense dans ma jeunesse lorsque je fermais une porte derrière moi et que je m’en allais vers une destination qui pouvait même être encore vague. Je ne la traduisais pas par le terme de pouvoir mais de bonheur, de liberté, de renouveau de ma vie.

Générateur d’énergie au Brésil – Photo par Ronaldo Morgado Segundo (Wikimedia Commons)

Et en fait, j’arrive là au sujet qui m’intéresse : qu’est-ce qui fait avancer les récits de fiction que l’on écrit ? La question serait d’ailleurs valable aussi pour des autobiographies si l’on veut que le lecteur garde de l’intérêt pour ce qu’il lit et poursuive sa lecture jusqu’à la fin.

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Une nouvelle: Hannah et après

Il va falloir que je trouve une nouvelle activité, et surtout un salaire, se dit Hannah, assise dans l’autobus, qui lui semblait douillet. Enfin pas l’autobus lui-même. Il n’avait rien de spécial mais il avait le mérite d’exister et de l’emmener où elle le voulait, une fois qu’elle était à Strasbourg. Quelque chose de matriciel, de la mère, qui lui donnait l’impression de se sentir protégée. Mais c’était une blague ! Elle était protégée tant qu’elle acceptait de passer d’un stage à l’autre, sans réel salaire, sans possibilité de faire des projets à long terme. Tu parles d’une protection. Ça ne fait rien, elle se sentait bien, mais préoccupée : son stage allait finir à la fin du mois et elle se retrouverait à nouveau au chômage, à 25 ans, et toutes ses dents, et quelques années d’études, et de stages. La plupart du temps, elle avait pu trouver des stages dans le domaine de ses études : l’économie solidaire et familiale. Mais là, l’économie solidaire et familiale, elle allait devoir commencer à l’appliquer à elle-même. Elle avait dû retourner vivre chez sa mère. La honte et la poisse. Elle n’avait rien contre sa mère qui était sympa de la laisser habiter avec elle. Puis elle en était sûrement contente, et elle préférait surement l’avoir chez elle que partie en stage dans un pays à l’autre bout du monde. C’était elle-même qui en avait marre. Puis, elle devait probablement lui coûter de l’argent à sa mère.

Jeune Femme Peignant – Pierre Bonnard (domaine public)

Elle voulait absolument devenir indépendante dans les faits, pas seulement dans sa tête. Le premier boulot que je vois, je le prends, même chez McDo. Non, pas ça quand même ! Sa mère lui avait raconté qu’elle faisait des boulots intérimaires en passant par Manpower autrefois, des boulots de bureau. Il fallait aller prospecter du côté des boîtes intérimaires. Tant pis si ce n’était pas sa branche, il fallait bouger, arriver à se payer son propre logement.

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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