Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Le temps de l’imagination et du jeu avec une nouvelle

Alors que je flânais dans ma bibliothèque, au rayon science-fiction, j’ai pris deux livres dont les titres comportaient le mot « temps ». Il se trouve que j’écoutais hier la vidéo où François Bon présente brièvement H. P. Lovecraft et où il traduit ses Notes sur l’art d’écrire des récits étranges. Deux phrases de Lovecraft en particulier m’ont frappée. En voici ma traduction :

La raison pour laquelle le temps joue un si grand rôle dans tant de mes contes est que cet élément se dresse dans mon esprit comme le plus profondément dramatique et sinistre de l’univers. Le conflit avec le temps me semble être le thème le plus puissant et fécond de l’expression humaine entière.

H. P. Lovecraft Notes sur l’art d’écrire des récits étranges

Terry Pratchett

Procrastination sur le site Amazon

J’ai d’abord connu Terry Pratchett en jouant à son jeu vidéo Discworld (1995) (Le Disque-Monde). J’étais ravie de ce défi dans un univers loufoque où je jouais avec le personnage d’un jeune apprenti sorcier maladroit aidé par un coffre mille-pattes magique et de temps en temps contrecarré par un personnage représentant la grande faucheuse, bien souvent dépitée, heureusement. Plus tard, j’ai apprécié en particulier Good Omens (1995) qu’il avait écrit avec Neil Gaiman et qui a été traduit en français sous le titre De Bons Présages par Patrick Marcel. Ici un extrait sur le site Amazon.

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Une nouvelle (ou un tableau): la Tour Hors-Jeu

C’est en l’honneur du 10e Festival d’Échecs d’Été de Strasbourg qui se déroule actuellement que j’ai décidé de composer la petite nouvelle qui suit.

La Tour Hors-Jeu

Ses doigts, dans la poche de sa veste, ne cessaient de tourner en tous sens la pièce d’échecs qui n’aurait pas dû s’y trouver. Cela faisait des années que, chaque fois qu’il jouait un tournoi dans la région, Sébastien emportait la tour noire avec l’espoir de la rendre à son propriétaire. Il n’avait jamais réussi à le faire.

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Une nouvelle : La Voiture du Gérant de Vente (troisième partie et fin)

La première partie ici

La deuxième partie ici

Au déjeuner

À la pause de midi, même s’ils avaient fini de manger, les vendeurs ne se précipitaient pas chez les clients qui n’auraient pas vraiment apprécié. Ils attendaient pour arriver aux environs de 2h sur le secteur. Au bout d’un moment, Jean s’éloigna disant qu’il reviendrait les chercher. Ils se dirent qu’il allait probablement faire un petit somme dans la voiture. Ils papotèrent et finirent par revenir au sujet de Jean. Sophie lui demanda :

— Alors, quel est le trait de caractère que tu détestes chez les autres ? D’ailleurs, ça me fait penser à Jean, cette question. Honest, il est cool et il y a des boss pires que lui, mais des fois, j’aimerais qu’il soit moins secret. Quand il ne veut pas nous dire quelque chose, y a pas moyen de lui tirer les vers du nez.

— Franchement, je ne le connais pas bien, mais pour l’instant, je le trouve assez correct, Jean. Moi, ce que je n’aime pas chez les autres, c’est quand ils sont racistes. C’est un défaut qui me débecte. Et toi, José ?

— Vous allez rire ! Vous savez pas la blague que je lui ai faite à Jean ?

— Naan, raconte !

— Non, non. Une autre fois. Moi, ce que je n’aime pas chez les autres, c’est les coincés.

Quartier résidentiel de Longueuil au Canada (Google maps)

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Une nouvelle : La Voiture du Gérant de Vente (deuxième partie)

Lire la première partie

La Française

Ce métier de vendeuse, elle ne l’avait pas vraiment choisi sur un coup de tête. Il est vrai qu’elle avait été recrutée par un beau parleur dont elle avait admiré le bagout, mais elle avait trouvé certains de ses arguments assez convaincants et elle avait lu pour se persuader de l’utilité des métiers de la vente. Elle avait en effet certains aprioris contre tout ce qui touchait au commerce. C’était une histoire familiale : ses parents conservaient de la rancœur pour le rôle qu’avaient tenu certains commerçants pendant la guerre de 39-45.

Dans ce premier job de vente, pour les encyclopédies Graber, elle s’était fait proprement arnaquer, comme ses collègues. Elle avait tenu là six mois, avant de démissionner et de contacter Québec Lire. Sachant que toutes les compagnies recherchaient des vendeurs, elle avait même eu le culot de leur annoncer qu’elle ne commencerait pas à travailler avec eux avant d’avoir pris un mois de vacances. Ils n’avaient aucun intérêt à le lui refuser. Elle leur serait utile tant qu’elle n’aurait pas l’impression de voler le client.

Quartier résidentiel à Longueuil (Google maps)

Il est vrai qu’elle s’éloignait de ses matières préférées: les maths, la littérature et le jeu. La Française s’était sentie trop indisciplinée pour passer ses années de jeunesse assise sur les bancs d’une fac et n’avait pas fait d’études. De nature optimiste, elle avait toujours été convaincue qu’elle réussirait à mener une vie intéressante quelle que soit sa voie. Sa vie affective la confortait moins mais elle en avait déjà assez vu pour se dire qu’elle ne comptait pas y placer ses priorités.

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Une nouvelle : La Voiture du Gérant de Vente (première partie)

Une de mes sources d’inspiration pour la nouvelle que je vais présenter ici en trois épisodes a été un texte de François Bon : Ne coupe pas ton moteur, Joe ! J’y ai répondu assez littéralement comme vous allez le lire.

La Voiture du Gérant de Vente (première partie)

Ce jour-là, elle reçut le coup de fil à 6h30 du matin.

— Et alors ? On ne se réveille pas ? C’est l’heure ! 

— Si, si ! Je suis prête. Je vous retrouve où ? 

— On est déjà là. Tu verras la voiture en bas de chez toi. 

— D’accord, j’arrive ! 

Quelques moments d’animation affolée, faire son sac, ne pas oublier le pad de vente qui lui avait déjà une fois été bien utile pour bloquer l’assaut d’un chien. Puis chercher la clef pour fermer la porte de sa chambre et dévaler les escaliers en faisant gaffe à ne pas se casser la figure, surtout sur les premières marches, celles du haut qui menaient à sa chambre au niveau grenier.

L’arrivée au rez-de-chaussée, l’ouverture à l’air libre. Elle regarda autour d’elle et vit à l’entrée de la cour de l’immeuble une voiture, pas la même que d’habitude. Était-ce bien eux ?


Peugeot 401 – Musée Peugeot Sochaux (Photo par Arnaud 25 – Wikimédia Commons)

Eux, c’était l’équipe de vente : Jean Brady, le gérant de l’équipe – il était daltonien, José, un gars qui affichait avec verdeur sa gay-té et Sophie, la body-buildeuse, et puis elle-même, bien sûr, la Française. Elle s’approcha de la voiture. Il n’y avait pas à dire, ce n’était pas la même. Et noire, une voiture de l’ancien temps, on aurait dit. Comme dans les films noirs. C’était la bonne voiture ? Le moteur tournait, une porte était ouverte au niveau passager à l’avant.

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Lire et rêver des Épaules de Darwin à la Partie d’Échecs

Comment nous lisons et rêvons le monde : Jean Claude Ameisen

Ce matin, j’ai repris ma lecture du livre de Jean Claude Ameisen, Sur Les Épaules de Darwin – Les Battements du Temps (2014 chez Actes Sud) et j’en suis à l’article « Détisser les mailles de l’univers » du chapitre sur la mémoire et le sommeil. J’y ai trouvé un fait que je ne connaissais pas : les baleines et les dauphins ne dorment pas totalement. Une partie d’eux reste éveillée en permanence. Celle-ci leur permet d’éviter les obstacles, en particulier. Cela se passe en deux phases qui alternent puisque c’est d’abord une moitié du cerveau qui fait le travail pendant que l’autre moitié dort, puis c’est l’inverse qui se passe.

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Échecs au Collège Marshall (une nouvelle: suite et fin)

Le mercredi après-midi, Lise avait deux heures de cours au lycée avec une classe mixte de BTS pour le Magna. Il s’agissait de BTS comptables, de managers d’unités commerciales et d’assistants de gestion de petite et moyenne entreprise. Cela lui donnait l’occasion d’apercevoir au passage des collègues du lycée où elle avait travaillé pendant quatre ans puisque les cours du Magna (formation continue pour les adultes) se déroulaient dans son établissement de rattachement administratif.  Ce jour-là, arrivée près d’une heure en avance, elle avait fait ses photocopies puis s’était assise en salle des profs. Lionel vint la saluer. Professeur de lettres, il était aussi le représentant de son syndicat. Elle lui dit qu’elle était contente d’avoir obtenu une appréciation favorable du proviseur du lycée à son dossier d’avancement par liste d’aptitudes.

Il lui répondit avec un petit sourire et un haussement d’épaules simultané qu’un avis favorable n’aurait pas de poids. Cela ne suffirait pas à obtenir un avancement en grade.
— Je sais bien mais cela me sera utile. Si je suis forcée d’entamer une procédure pour discrimination, il sera plus difficile de m’objecter des arguments d’incompétence ou autres.

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Échecs au Collège Marshall (une nouvelle: 1er épisode)

— Allez, on termine cette partie. N’oubliez pas de vérifier que toutes les pièces sont là en les rangeant dans les boîtes !
— Oh, pourquoi on termine si tôt, aujourd’hui ?
— J’ai une petite réunion avec les autres profs. Allez, dépêchez-vous ! On se revoit la semaine prochaine !

Les membres du club d’échecs du Collège Marshall étaient des élèves de la 6ème à la 3ème. L’âge n’augurait pas de leurs succès échiquéens. Dès l’ouverture du club, ils s’étaient montrés enthousiastes. Ceux qui étaient tout à fait débutants à leur arrivée avaient rapidement maîtrisé la règle du jeu et un grand tournoi interne avait pu débuter. Les joueurs d’échecs y participaient après les premières vingt minutes de la séance consacrée à une démonstration au tableau parfois suivie d’exercices sur des diagrammes ou sur les échiquiers. Pour l’instructrice d’échecs, Lise Dubost, tout ceci était réjouissant.

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Le Café des Joueurs d’Échecs

Une pendule au mur scande doucement le temps au-dessus des petits pas précipités des blattes ou de souris. Les fenêtres sont aveuglées par de lourds rideaux de fer. La machine à café éteinte a été nettoyée mais l’odeur du café subsiste, parmi celles de la poussière et de la promiscuité. C’est au matin seulement que Maia ou Bruno viendront passer une serpillère, aérer et tenter de rendre l’endroit assez propre pour accueillir la clientèle. Les derniers clients partis, la serveuse a rapidement fait la vaisselle, nettoyé les tables, fermé sa caisse avant de baisser les rideaux avec l’aide d’un habitué, puis a fermé la place avant de marcher vers son meublé, rue du Prince Arthur.

The Game of Chess par Lucas van Leyden (Domaine Public)

Dans la matinée, la porte de la grande salle s’ouvre et une jeune femme, la trentaine, apparaît. Son pas est énergique mais l’on y sent le poids des responsabilités et son propre poids aussi car elle est un peu massive. Elle traverse la pièce, pose son sac et sa petite veste, retraverse la pièce pour remonter les rideaux de métal et la lumière envahit l’espace laissant apparaître des rayons de particules de poussière flottant en diagonale. Maia ne s’occupe pas encore du ménage mais aère en ouvrant toutes les fenêtres et les portes avant et arrière. Elle commence par s’occuper de la caisse, compte l’avoir et retire de l’argent, prenant soin d’en replacer suffisamment pour que le prochain employé au comptoir puisse fonctionner, s’affaire avec un cahier de comptes, vérifie le stock de boissons, prend note de ce qu’il va falloir commander ou acheter. Lorsqu’elle a terminé cette partie de son travail, elle range un ensemble de papiers et l’argent dans son cabas et remplit un seau d’eau chaude, puis remonte toutes les chaises sur les tables. Elle nettoie ensuite le sol après avoir balayé la salle. Maia s’assure que tout est parfait pour l’arrivée des clients dans l’après-midi, qu’elle a bien pris ses comptes et la liste de commandes. Elle range les accessoires de nettoyage, referme les fenêtres puis sort après avoir fermé les deux portes et laissé un local accueillant pour la prochaine après-midi de jeu et de rafraîchissements au café des joueurs d’échecs. Les clients qui l’aperçoivent à l’occasion derrière le comptoir la connaissent peu, ils la trouvent assez peu communicative, ils se posent parfois des questions à propos de son lien avec le patron mais ne lui parlent pas trop non plus. Elle n’est pas une joueuse d’échecs et ne peut pas comprendre ce qui se passe là.

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Nouvelle vidéo : troisième épisode

Et oui, je suis dans une période de procrastination et je n’arrive pas à écrire cette nouvelle à tiroirs, qui s’écrit pourtant petit à petit, au fur et à mesure de ces notes et vidéos.

J’ai donc finalement décidé de mettre en ligne une vidéo créée il y a quelques jours, qui donnera un certain éclairage à la nouvelle finale.

Voici donc une nouvelle en vidéo : Last Call ! « Last Call » en anglais, c’est la dernière chance de pouvoir faire quelque chose. À l’heure de la fermeture d’un bar, c’est la dernière boisson que vous allez pouvoir commander avant la fermeture.

Au café des joueurs d’échecs, à la fermeture…

Petit rappel des premiers pas dans cette aventure de nouvelle à tiroirs, genre hybride

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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