Céline Roos

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Deux courtes histoires commençant par la fin

Voici deux histoires très courtes commençant par la fin: l’une est liée au jeu d’échecs, l’autre a pour thème une avancée scientifique du futur et ses conséquences éventuelles. J’ai l’impression que je vais encore exploiter ce deuxième thème dans d’autres nouvelles. Il me semble bien fécond.

Gribouillis par Céline Roos

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Une mini-nouvelle: La case « échecs »

De façon un peu surprenante pour moi, mon premier article de l’année sera une nouvelle sur le thème du monde des échecs. J’ai quitté ce milieu depuis une quinzaine d’années, mais il alimente visiblement encore mon imagination.

La case « échecs »

Claire avait soudain apparu, cette après-midi-là, dans la salle de tournoi où je venais juste de terminer ma partie de deuxième ronde qui s’était déroulée de façon satisfaisante sinon glorieuse. Mon adversaire avait mal joué et avait dû abandonner assez rapidement. Mon tournoi se déroulait normalement : ce n’était pas dans les premières rondes que je rencontrerais les plus forts joueurs.

Claire observait la partie qui était jouée au deuxième échiquier. Personne, pas un joueur d’échecs ne l’avait rencontrée depuis près de deux ans. On disait qu’elle était devenue vendeuse et voyageait beaucoup. Je m’approchai d’elle et attendis qu’elle remarque ma présence. Quand ce fut le cas, je fus ravi de sa réaction spontanée de plaisir. Deux bises sur les joues, quelques mots à voix basses sans conséquence, et d’un commun accord, nous marchâmes tranquillement le long de l’allée centrale pour sortir et bavarder dans le jardin.

Céline Roos Tournoi de Capelle (1991)

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Vitrine d’oeuvres en lecture libre

Je vais tenter ici de faire une petite promotion de mes textes en lecture libre (surtout des nouvelles courtes mais quelques autres textes aussi) sur le site Atramenta. Celui-ci permet de publier en lecture libre ou payante et de communiquer avec d’autres auteurs et lecteurs sur un forum.

Capture d’écran de ma page sur Atramenta

Au rayon anticipation / science-fiction / imagination

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Petit témoignage sur la vie avant internet

Je tente de me souvenir d’une de mes journées de 1990, lorsque nous vivions sans internet et que j’étais encore une joueuse d’échecs. Je vivais dans un studio très éclairé, trop éclairé car il avait de grandes fenêtres orientées à l’est mais elles n’avaient pas de volets. Je me réveillais donc tôt en général et je paressais au lit avec un bouquin. C’est durant un de ces moments de loisirs que j’ai lu Un Cantique pour Leibowitz de Walter M. Miller, un très chouette roman de science-fiction.

À l’échiquier mural en face d’écoliers (1992)

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Exercice d’écriture et deux mini-nouvelles

Dès que j’ai pu écrire ce matin, je suis allée à la pêche de l’inspiration dans mes vieux cahiers et j’ai trouvé une idée relevée dans mon journal le 29 avril 2018 et prise dans Tous les Mots sont adultes de François Bon, p. 98.

Le réel comme bascule : inspiré du Journal (de Kafka).
Contrainte : prendre les 7 derniers jours écoulés, isoler de chacun de ces jours un de ces instants, une de ces aspérités qui font mémoire par l’image et ressentie comme objet singulier.
Ainsi Kafka qui a écrit pendant 6 heures remarque que sa main gauche embrasse sa main droite, par pitié. 

François Bon

Je ne vous infligerai pas ici mon exécution de cet exercice mais je l’ai fait et cela fait du bien d’écrire un texte sans l’idée qu’il soit lu, rien que pour soi. Je me suis sentie apaisée après ce petit temps d’écriture. Peut-être était-ce l’exercice lui-même de tenter de me rappeler des instants de ces derniers jours qui était apaisant. Je me souviens d’ailleurs que c’est une variante d’un exercice de la pratique bouddhique. Je vous le conseille, il fait du bien.

J’écris beaucoup ces derniers temps mais j’envoie certaines de mes nouvelles à un organisme qui propose un concours. En général, ils ne veulent pas que les textes aient déjà été publiés ailleurs. J’attendrai donc quelques mois avant de les publier sur mon blog. Si vous avez envie d’essayer, vous pouvez trouver ici les informations le concernant : Prix Littéraire au Féminin.

Voici donc deux mini-nouvelles plus anciennes que je vous propose. Dans la première, j’ai tenté d’éliminer toute parole entendue : tout n’y est que raisonnement logique ou supputation.

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Le temps de l’imagination et du jeu avec une nouvelle

Alors que je flânais dans ma bibliothèque, au rayon science-fiction, j’ai pris deux livres dont les titres comportaient le mot « temps ». Il se trouve que j’écoutais hier la vidéo où François Bon présente brièvement H. P. Lovecraft et où il traduit ses Notes sur l’art d’écrire des récits étranges. Deux phrases de Lovecraft en particulier m’ont frappée. En voici ma traduction :

La raison pour laquelle le temps joue un si grand rôle dans tant de mes contes est que cet élément se dresse dans mon esprit comme le plus profondément dramatique et sinistre de l’univers. Le conflit avec le temps me semble être le thème le plus puissant et fécond de l’expression humaine entière.

H. P. Lovecraft Notes sur l’art d’écrire des récits étranges

Terry Pratchett

Procrastination sur le site Amazon

J’ai d’abord connu Terry Pratchett en jouant à son jeu vidéo Discworld (1995) (Le Disque-Monde). J’étais ravie de ce défi dans un univers loufoque où je jouais avec le personnage d’un jeune apprenti sorcier maladroit aidé par un coffre mille-pattes magique et de temps en temps contrecarré par un personnage représentant la grande faucheuse, bien souvent dépitée, heureusement. Plus tard, j’ai apprécié en particulier Good Omens (1995) qu’il avait écrit avec Neil Gaiman et qui a été traduit en français sous le titre De Bons Présages par Patrick Marcel. Ici un extrait sur le site Amazon.

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Une nouvelle (ou un tableau): la Tour Hors-Jeu

C’est en l’honneur du 10e Festival d’Échecs d’Été de Strasbourg qui se déroule actuellement que j’ai décidé de composer la petite nouvelle qui suit.

La Tour Hors-Jeu

Ses doigts, dans la poche de sa veste, ne cessaient de tourner en tous sens la pièce d’échecs qui n’aurait pas dû s’y trouver. Cela faisait des années que, chaque fois qu’il jouait un tournoi dans la région, Sébastien emportait la tour noire avec l’espoir de la rendre à son propriétaire. Il n’avait jamais réussi à le faire.

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Une nouvelle : La Voiture du Gérant de Vente (troisième partie et fin)

La première partie ici

La deuxième partie ici

Au déjeuner

À la pause de midi, même s’ils avaient fini de manger, les vendeurs ne se précipitaient pas chez les clients qui n’auraient pas vraiment apprécié. Ils attendaient pour arriver aux environs de 2h sur le secteur. Au bout d’un moment, Jean s’éloigna disant qu’il reviendrait les chercher. Ils se dirent qu’il allait probablement faire un petit somme dans la voiture. Ils papotèrent et finirent par revenir au sujet de Jean. Sophie lui demanda :

— Alors, quel est le trait de caractère que tu détestes chez les autres ? D’ailleurs, ça me fait penser à Jean, cette question. Honest, il est cool et il y a des boss pires que lui, mais des fois, j’aimerais qu’il soit moins secret. Quand il ne veut pas nous dire quelque chose, y a pas moyen de lui tirer les vers du nez.

— Franchement, je ne le connais pas bien, mais pour l’instant, je le trouve assez correct, Jean. Moi, ce que je n’aime pas chez les autres, c’est quand ils sont racistes. C’est un défaut qui me débecte. Et toi, José ?

— Vous allez rire ! Vous savez pas la blague que je lui ai faite à Jean ?

— Naan, raconte !

— Non, non. Une autre fois. Moi, ce que je n’aime pas chez les autres, c’est les coincés.

Quartier résidentiel de Longueuil au Canada (Google maps)

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Une nouvelle : La Voiture du Gérant de Vente (deuxième partie)

Lire la première partie

La Française

Ce métier de vendeuse, elle ne l’avait pas vraiment choisi sur un coup de tête. Il est vrai qu’elle avait été recrutée par un beau parleur dont elle avait admiré le bagout, mais elle avait trouvé certains de ses arguments assez convaincants et elle avait lu pour se persuader de l’utilité des métiers de la vente. Elle avait en effet certains aprioris contre tout ce qui touchait au commerce. C’était une histoire familiale : ses parents conservaient de la rancœur pour le rôle qu’avaient tenu certains commerçants pendant la guerre de 39-45.

Dans ce premier job de vente, pour les encyclopédies Graber, elle s’était fait proprement arnaquer, comme ses collègues. Elle avait tenu là six mois, avant de démissionner et de contacter Québec Lire. Sachant que toutes les compagnies recherchaient des vendeurs, elle avait même eu le culot de leur annoncer qu’elle ne commencerait pas à travailler avec eux avant d’avoir pris un mois de vacances. Ils n’avaient aucun intérêt à le lui refuser. Elle leur serait utile tant qu’elle n’aurait pas l’impression de voler le client.

Quartier résidentiel à Longueuil (Google maps)

Il est vrai qu’elle s’éloignait de ses matières préférées: les maths, la littérature et le jeu. La Française s’était sentie trop indisciplinée pour passer ses années de jeunesse assise sur les bancs d’une fac et n’avait pas fait d’études. De nature optimiste, elle avait toujours été convaincue qu’elle réussirait à mener une vie intéressante quelle que soit sa voie. Sa vie affective la confortait moins mais elle en avait déjà assez vu pour se dire qu’elle ne comptait pas y placer ses priorités.

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Une nouvelle : La Voiture du Gérant de Vente (première partie)

Une de mes sources d’inspiration pour la nouvelle que je vais présenter ici en trois épisodes a été un texte de François Bon : Ne coupe pas ton moteur, Joe ! J’y ai répondu assez littéralement comme vous allez le lire.

La Voiture du Gérant de Vente (première partie)

Ce jour-là, elle reçut le coup de fil à 6h30 du matin.

— Et alors ? On ne se réveille pas ? C’est l’heure ! 

— Si, si ! Je suis prête. Je vous retrouve où ? 

— On est déjà là. Tu verras la voiture en bas de chez toi. 

— D’accord, j’arrive ! 

Quelques moments d’animation affolée, faire son sac, ne pas oublier le pad de vente qui lui avait déjà une fois été bien utile pour bloquer l’assaut d’un chien. Puis chercher la clef pour fermer la porte de sa chambre et dévaler les escaliers en faisant gaffe à ne pas se casser la figure, surtout sur les premières marches, celles du haut qui menaient à sa chambre au niveau grenier.

L’arrivée au rez-de-chaussée, l’ouverture à l’air libre. Elle regarda autour d’elle et vit à l’entrée de la cour de l’immeuble une voiture, pas la même que d’habitude. Était-ce bien eux ?


Peugeot 401 – Musée Peugeot Sochaux (Photo par Arnaud 25 – Wikimédia Commons)

Eux, c’était l’équipe de vente : Jean Brady, le gérant de l’équipe – il était daltonien, José, un gars qui affichait avec verdeur sa gay-té et Sophie, la body-buildeuse, et puis elle-même, bien sûr, la Française. Elle s’approcha de la voiture. Il n’y avait pas à dire, ce n’était pas la même. Et noire, une voiture de l’ancien temps, on aurait dit. Comme dans les films noirs. C’était la bonne voiture ? Le moteur tournait, une porte était ouverte au niveau passager à l’avant.

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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