Céline Roos

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Une nouvelle : La Voiture du Gérant de Vente (première partie)

Une de mes sources d’inspiration pour la nouvelle que je vais présenter ici en trois épisodes a été un texte de François Bon : Ne coupe pas ton moteur, Joe ! J’y ai répondu assez littéralement comme vous allez le lire.

La Voiture du Gérant de Vente (première partie)

Ce jour-là, elle reçut le coup de fil à 6h30 du matin.

— Et alors ? On ne se réveille pas ? C’est l’heure ! 

— Si, si ! Je suis prête. Je vous retrouve où ? 

— On est déjà là. Tu verras la voiture en bas de chez toi. 

— D’accord, j’arrive ! 

Quelques moments d’animation affolée, faire son sac, ne pas oublier le pad de vente qui lui avait déjà une fois été bien utile pour bloquer l’assaut d’un chien. Puis chercher la clef pour fermer la porte de sa chambre et dévaler les escaliers en faisant gaffe à ne pas se casser la figure, surtout sur les premières marches, celles du haut qui menaient à sa chambre au niveau grenier.

L’arrivée au rez-de-chaussée, l’ouverture à l’air libre. Elle regarda autour d’elle et vit à l’entrée de la cour de l’immeuble une voiture, pas la même que d’habitude. Était-ce bien eux ?


Peugeot 401 – Musée Peugeot Sochaux (Photo par Arnaud 25 – Wikimédia Commons)

Eux, c’était l’équipe de vente : Jean Brady, le gérant de l’équipe – il était daltonien, José, un gars qui affichait avec verdeur sa gay-té et Sophie, la body-buildeuse, et puis elle-même, bien sûr, la Française. Elle s’approcha de la voiture. Il n’y avait pas à dire, ce n’était pas la même. Et noire, une voiture de l’ancien temps, on aurait dit. Comme dans les films noirs. C’était la bonne voiture ? Le moteur tournait, une porte était ouverte au niveau passager à l’avant.

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Lire et rêver des Épaules de Darwin à la Partie d’Échecs

Comment nous lisons et rêvons le monde : Jean Claude Ameisen

Ce matin, j’ai repris ma lecture du livre de Jean Claude Ameisen, Sur Les Épaules de Darwin – Les Battements du Temps (2014 chez Actes Sud) et j’en suis à l’article « Détisser les mailles de l’univers » du chapitre sur la mémoire et le sommeil. J’y ai trouvé un fait que je ne connaissais pas : les baleines et les dauphins ne dorment pas totalement. Une partie d’eux reste éveillée en permanence. Celle-ci leur permet d’éviter les obstacles, en particulier. Cela se passe en deux phases qui alternent puisque c’est d’abord une moitié du cerveau qui fait le travail pendant que l’autre moitié dort, puis c’est l’inverse qui se passe.

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Échecs au Collège Marshall (une nouvelle: suite et fin)

Le mercredi après-midi, Lise avait deux heures de cours au lycée avec une classe mixte de BTS pour le Magna. Il s’agissait de BTS comptables, de managers d’unités commerciales et d’assistants de gestion de petite et moyenne entreprise. Cela lui donnait l’occasion d’apercevoir au passage des collègues du lycée où elle avait travaillé pendant quatre ans puisque les cours du Magna (formation continue pour les adultes) se déroulaient dans son établissement de rattachement administratif.  Ce jour-là, arrivée près d’une heure en avance, elle avait fait ses photocopies puis s’était assise en salle des profs. Lionel vint la saluer. Professeur de lettres, il était aussi le représentant de son syndicat. Elle lui dit qu’elle était contente d’avoir obtenu une appréciation favorable du proviseur du lycée à son dossier d’avancement par liste d’aptitudes.

Il lui répondit avec un petit sourire et un haussement d’épaules simultané qu’un avis favorable n’aurait pas de poids. Cela ne suffirait pas à obtenir un avancement en grade.
— Je sais bien mais cela me sera utile. Si je suis forcée d’entamer une procédure pour discrimination, il sera plus difficile de m’objecter des arguments d’incompétence ou autres.

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Échecs au Collège Marshall (une nouvelle: 1er épisode)

— Allez, on termine cette partie. N’oubliez pas de vérifier que toutes les pièces sont là en les rangeant dans les boîtes !
— Oh, pourquoi on termine si tôt, aujourd’hui ?
— J’ai une petite réunion avec les autres profs. Allez, dépêchez-vous ! On se revoit la semaine prochaine !

Les membres du club d’échecs du Collège Marshall étaient des élèves de la 6ème à la 3ème. L’âge n’augurait pas de leurs succès échiquéens. Dès l’ouverture du club, ils s’étaient montrés enthousiastes. Ceux qui étaient tout à fait débutants à leur arrivée avaient rapidement maîtrisé la règle du jeu et un grand tournoi interne avait pu débuter. Les joueurs d’échecs y participaient après les premières vingt minutes de la séance consacrée à une démonstration au tableau parfois suivie d’exercices sur des diagrammes ou sur les échiquiers. Pour l’instructrice d’échecs, Lise Dubost, tout ceci était réjouissant.

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Le Café des Joueurs d’Échecs

Une pendule au mur scande doucement le temps au-dessus des petits pas précipités des blattes ou de souris. Les fenêtres sont aveuglées par de lourds rideaux de fer. La machine à café éteinte a été nettoyée mais l’odeur du café subsiste, parmi celles de la poussière et de la promiscuité. C’est au matin seulement que Maia ou Bruno viendront passer une serpillère, aérer et tenter de rendre l’endroit assez propre pour accueillir la clientèle. Les derniers clients partis, la serveuse a rapidement fait la vaisselle, nettoyé les tables, fermé sa caisse avant de baisser les rideaux avec l’aide d’un habitué, puis a fermé la place avant de marcher vers son meublé, rue du Prince Arthur.

The Game of Chess par Lucas van Leyden (Domaine Public)

Dans la matinée, la porte de la grande salle s’ouvre et une jeune femme, la trentaine, apparaît. Son pas est énergique mais l’on y sent le poids des responsabilités et son propre poids aussi car elle est un peu massive. Elle traverse la pièce, pose son sac et sa petite veste, retraverse la pièce pour remonter les rideaux de métal et la lumière envahit l’espace laissant apparaître des rayons de particules de poussière flottant en diagonale. Maia ne s’occupe pas encore du ménage mais aère en ouvrant toutes les fenêtres et les portes avant et arrière. Elle commence par s’occuper de la caisse, compte l’avoir et retire de l’argent, prenant soin d’en replacer suffisamment pour que le prochain employé au comptoir puisse fonctionner, s’affaire avec un cahier de comptes, vérifie le stock de boissons, prend note de ce qu’il va falloir commander ou acheter. Lorsqu’elle a terminé cette partie de son travail, elle range un ensemble de papiers et l’argent dans son cabas et remplit un seau d’eau chaude, puis remonte toutes les chaises sur les tables. Elle nettoie ensuite le sol après avoir balayé la salle. Maia s’assure que tout est parfait pour l’arrivée des clients dans l’après-midi, qu’elle a bien pris ses comptes et la liste de commandes. Elle range les accessoires de nettoyage, referme les fenêtres puis sort après avoir fermé les deux portes et laissé un local accueillant pour la prochaine après-midi de jeu et de rafraîchissements au café des joueurs d’échecs. Les clients qui l’aperçoivent à l’occasion derrière le comptoir la connaissent peu, ils la trouvent assez peu communicative, ils se posent parfois des questions à propos de son lien avec le patron mais ne lui parlent pas trop non plus. Elle n’est pas une joueuse d’échecs et ne peut pas comprendre ce qui se passe là.

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Nouvelle vidéo : troisième épisode

Et oui, je suis dans une période de procrastination et je n’arrive pas à écrire cette nouvelle à tiroirs, qui s’écrit pourtant petit à petit, au fur et à mesure de ces notes et vidéos.

J’ai donc finalement décidé de mettre en ligne une vidéo créée il y a quelques jours, qui donnera un certain éclairage à la nouvelle finale.

Voici donc une nouvelle en vidéo : Last Call ! « Last Call » en anglais, c’est la dernière chance de pouvoir faire quelque chose. À l’heure de la fermeture d’un bar, c’est la dernière boisson que vous allez pouvoir commander avant la fermeture.

Au café des joueurs d’échecs, à la fermeture…

Petit rappel des premiers pas dans cette aventure de nouvelle à tiroirs, genre hybride

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Nouvelle à tiroirs et vidéos : deuxième épisode

Voici une nouvelle improvisation vidéo semi-guidée grâce à quelques notes. Très imparfaite, mais un joueur d’échecs respecte en général la règle « pièce touchée – pièce jouée » et ne reprend pas ses coups. Mais celle qui parle ici est-elle une joueuse d’échecs ou une narratrice ? Si elle est une narratrice, reste-t-elle une personne ? N’est-elle pas une création ? Comment pourrait-elle alors encore obéir ? C’est l’auteur qui nous induit en erreur : volontairement ou bien lui-même perdu dans les arcanes du récit.

Cette fois-ci la vidéo a été chargée sur Youtube :

Petit rappel des premiers pas dans cette aventure de nouvelle à tiroirs, genre hybride:

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Nouvelle à tiroirs

L’auteur avait commencé à rédiger le début d’une nouvelle dont les thèmes principaux seraient le monde du jeu d’échecs et l’inspiration au voyage en posant son narrateur et son personnage, ce dernier en face d’une boutique d’échecs dans la partie francophone de la ville de Montréal. Son personnage Célia avait pénétré dans la boutique, rencontré le préposé à l’accueil et appris qu’elle pourrait y jouer le lendemain soir. Elle avait fait quelques pas dans les rues puis s’était assise dans un café pour réfléchir, le narrateur ne se préoccupant pas de ce que les autres figurants pouvaient bien penser de son personnage nouveau sur cette scène. Le narrateur avait simplement expliqué que Célia était une joueuse d’échecs française, aux finances réduites.

Le centre, s’il vous plait? Céline Roos

À ce moment de la progression de l’œuvre, l’auteur avait commencé à réfléchir à la progression de son histoire et avait demandé à son narrateur d’installer Célia en un lieu calme où elle pourrait se remémorer ce qui l’avait menée en la terre d’accueil qu’est Montréal. Elle se rappelle donc son état d’esprit plusieurs mois plus tôt alors qu’elle ne savait pas encore qu’elle allait faire ce voyage, indique relativement brièvement des évènements qui eurent lieu dans sa ville d’origine et le narrateur s’était arrêté avec la phrase : « Londres et New York avaient fait partie de la galère. »

Voici cette première mouture :

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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