Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Une nouvelle: Salon avec poupée et Hannah

Hannah était installée dans le salon, plus proche de la cuisine et des toilettes que sa chambre habituelle. Cela faisait une semaine qu’elle était alitée, souffrant de petites fractures au niveau du bassin, et de deux côtes cassées. Sa mère, sous sa direction, avait disposé quelques chaises qui lui servaient de relais entre la cuisine et sa couche de fortune pour poser un plateau ou un verre d’eau et arriver à les amener jusqu’au petit meuble qui lui servait de table de chevet. Elles avaient ressorti les béquilles qui lui avaient déjà servi lors d’une opération à la cheville. Hannah ne se sentait donc pas tout à fait impuissante, dépendante de sa mère. Celle-ci, de toutes les façons, devait aller travailler en journée et c’était aussi bien, se disait Hannah.

Mais maintenant on en revenait au même problème: comment allait-elle trouver du travail? Dans son état actuel, il n’y avait aucune possibilité de se rendre à un entretien d’embauche. Elle allait être invalide pendant plusieurs semaines.

Elle regarda autour d’elle et vit dans un coin de la pièce, une étrange figure, mi-souriante mi-effrayante, assez kitsch. Posée sur une vieille enceinte de chaîne hi-fi qui n’avait plus servi depuis des années, une poupée empoussiérée avec en arrière-plan, le haut d’une tige de chatons toute aussi empoussiérée. C’était une poupée figurant une mariée en robe blanche qui paraissait plutôt grise en l’occurrence. Ignacio, un ami de ses parents, décédé depuis, la lui avait offerte lorsqu’il vivait encore à Strasbourg, il y avait au moins quinze ans. Elle en avait été ravie à l’époque. Elle lui rappelait certains personnages féminins de mangas et de dessins animés.

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Lire les regards entre personnages

En feuilletant le manuel d’anglais Your Way de 1ère, j’ai trouvé trois extraits de romans qui contenaient chacun une description de visage ou plus précisément de regard, et plus précisément encore de la lecture qu’en fait le personnage qui fait face à ce regard. J’en ai extrait les trois citations suivantes et les ai traduites, espérant qu’on me le pardonnera puisque ce sont des extraits très courts.

Revue Moda Noua n° 23, juin 1904
Bibliothèque digitale de Bucarest

Des regards qui informent sur celui qui regarde

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Écrire le manque

Ces jours-ci, je me sens dans une ambiance de deuil et il y a probablement deux causes à cela. D’abord, nous sommes le 5 avril, donc à deux jours de l’anniversaire du décès de ma mère. Elle me pardonnerait de lier à cette triste échéance un autre fait, matériel, celui de ma séparation avec mon ordinateur, mon outil de travail acheté il y a quelques années. Je pensais qu’il allait me servir fidèlement pendant de longues années après la date de ma retraite. Ma mère était, elle aussi, très attachée à ses ordinateurs  (car elle en avait plusieurs aux fonctions diverses). Elle s’était toujours intéressée à l’informatique et elle avait su transmettre cet engouement à ses collègues et à sa famille. J’ai beaucoup appris par elle au début des années 90 lorsque j’ai eu mon premier ordinateur personnel.

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À lire en passant

Mon article d’aujourd’hui va être assez court et décousu. Dans les prochains jours, j’ai peur d’être coupée d’internet puisqu’on m’installe la fibre demain et j’ai déjà des difficultés puisque mon ordinateur principal est en panne. J’écris sur un petit ordinateur de 10′ qui a peu de mémoire.

Préhistoire au Sahara (Wikimedia Commons)

Bientôt un premier ebook !

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Une nouvelle: La vie secrète de M. Sourire

Les dernières heures de cours de la journée étaient terminées dans les salles de classe de l’établissement quand un petit homme dans la soixantaine se présenta à la loge du gardien après avoir sonné pour se faire ouvrir le lourd portail. Il était vêtu d’un imperméable assez épais, son cou était protégé par un foulard croisé et il tenait à la main le chapeau de feutre qu’il avait enlevé pour se présenter.

— Je suis attendu par le chef d’établissement. Pourriez-vous me dire où se trouve son bureau?

Sa voix, pensait-il, dénotait sa provenance britannique. La dame à la réception se leva, lui montra qu’il devait prendre l’escalier en face de l’entrée et lui indiqua que le bureau du secrétariat se trouvait juste au-dessus de l’endroit où eux-mêmes étaient en ce moment. Il la remercia courtoisement et s’avança vers l’escalier, monta les marches et s’approcha de la porte désignée en regardant autour de lui avec une curiosité gourmande. Il répéta à la secrétaire qu’il était attendu chez le chef d’établissement et il fut rapidement introduit dans le saint des saints. La proviseure Madame Plante l’invita à s’asseoir et lui dit:

— Bonjour Monsieur Sourire! Vous m’avez été hautement recommandé par ma collègue, Madame Smith, du Lycée Entente Cordiale. Dès l’arrivée de Mme Liant, l’inspectrice d’anglais, nous allons nous rendre en salle du conseil où les professeurs de votre discipline nous rejoindront.

Loupe – photo par Kenpei (Wikimedia Commons)

D’une voix déférente et douce, le buste légèrement courbé, Smiley prit la parole, le visage souriant.

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Qu’est-ce qui fait avancer une histoire ?

Dans un entretien avec Richard Ford par Manuel Carcassonne dans La Revue des Deux Mondes de mai 2014, un passage m’a intéressé, p. 23 :

« […] il y a une phrase d’Emerson […] dans laquelle il dit essentiellement que le pouvoir s’arrête au point d’inactivité et que le pouvoir réside là où vous passez d’un stade antérieur au stade suivant. Le pouvoir réside là où vous sautez une brèche, en quelque sorte. Donc je pense toujours que quand je fais en sorte qu’un de mes personnages traverse une frontière, non seulement j’accélère quelque chose, je sens le pouvoir dans ce mouvement, mais cela devient encore une fois le sujet du livre en soi. Ce que j’ai compris, c’est que quand on traverse une frontière, par exemple pour arriver au Canada, il se produit quelque chose de fort. »

Je me suis amusée en lisant cet entretien car je sentais qu’en répondant aux questions un peu intellectualisantes Richard Ford essayait régulièrement de montrer que dans son roman il se passait aussi des choses, que ce n’était pas un livre ennuyeux. J’ai aussi souri à cette idée de l’accélération au moment de la traversée de la frontière. J’en ai eu une vision de jeu vidéo : vous passez là et vous obtenez subitement des points de force de motricité, un pouvoir presque tangible et dans un jeu vidéo, il serait probablement symbolisé par un icône tel un sceptre ou des éclairs de Zeus, quelque chose de la sorte.

J’ai connu ce sentiment intense dans ma jeunesse lorsque je fermais une porte derrière moi et que je m’en allais vers une destination qui pouvait même être encore vague. Je ne la traduisais pas par le terme de pouvoir mais de bonheur, de liberté, de renouveau de ma vie.

Générateur d’énergie au Brésil – Photo par Ronaldo Morgado Segundo (Wikimedia Commons)

Et en fait, j’arrive là au sujet qui m’intéresse : qu’est-ce qui fait avancer les récits de fiction que l’on écrit ? La question serait d’ailleurs valable aussi pour des autobiographies si l’on veut que le lecteur garde de l’intérêt pour ce qu’il lit et poursuive sa lecture jusqu’à la fin.

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Une nouvelle: Hannah et après

Il va falloir que je trouve une nouvelle activité, et surtout un salaire, se dit Hannah, assise dans l’autobus, qui lui semblait douillet. Enfin pas l’autobus lui-même. Il n’avait rien de spécial mais il avait le mérite d’exister et de l’emmener où elle le voulait, une fois qu’elle était à Strasbourg. Quelque chose de matriciel, de la mère, qui lui donnait l’impression de se sentir protégée. Mais c’était une blague ! Elle était protégée tant qu’elle acceptait de passer d’un stage à l’autre, sans réel salaire, sans possibilité de faire des projets à long terme. Tu parles d’une protection. Ça ne fait rien, elle se sentait bien, mais préoccupée : son stage allait finir à la fin du mois et elle se retrouverait à nouveau au chômage, à 25 ans, et toutes ses dents, et quelques années d’études, et de stages. La plupart du temps, elle avait pu trouver des stages dans le domaine de ses études : l’économie solidaire et familiale. Mais là, l’économie solidaire et familiale, elle allait devoir commencer à l’appliquer à elle-même. Elle avait dû retourner vivre chez sa mère. La honte et la poisse. Elle n’avait rien contre sa mère qui était sympa de la laisser habiter avec elle. Puis elle en était sûrement contente, et elle préférait surement l’avoir chez elle que partie en stage dans un pays à l’autre bout du monde. C’était elle-même qui en avait marre. Puis, elle devait probablement lui coûter de l’argent à sa mère.

Jeune Femme Peignant – Pierre Bonnard (domaine public)

Elle voulait absolument devenir indépendante dans les faits, pas seulement dans sa tête. Le premier boulot que je vois, je le prends, même chez McDo. Non, pas ça quand même ! Sa mère lui avait raconté qu’elle faisait des boulots intérimaires en passant par Manpower autrefois, des boulots de bureau. Il fallait aller prospecter du côté des boîtes intérimaires. Tant pis si ce n’était pas sa branche, il fallait bouger, arriver à se payer son propre logement.

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Les Arts de la Fiction et le Suspense

The Art of Fiction (1983) par John Gardner (1933 – 1982)

Les derniers temps, il m’est arrivé de parler du livre portant le titre The Art of Fiction (1983), écrit par John Gardner (1933 – 1982) qui n’est pas l’auteur de quelques romans de James Bond mais son homonyme américain, écrivain et professeur d’écriture créative (il a été le professeur de plusieurs écrivains renommés dont Raymond Carver). Malheureusement, cet ouvrage n’a pas été traduit en français. Il s’adresse principalement à ceux qui veulent apprendre les techniques d’écriture comme l’indique son sous-titre : Notes sur le métier à l’intention des jeunes écrivains.

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Au début de l’histoire …

Les derniers jours, pour une raison que je ne m’explique pas, j’ai eu du mal à poser quoi que ce soit sur mon blog. Me voici de nouveau à mes débuts.


DIDEROT : (1765 – 1784) (domaine public)

Et, puisque je parle de débuts, et que les derniers temps j’avais une sorte d’obsession à propos des incipits, je vais en parler aujourd’hui. J’ai longtemps hésité. Pourquoi ? D’abord, parce que le mot incipit est un de ces mots savants avec lesquels on torture gentiment les élèves au collège et au lycée, alors que, dans le fond, les mots début ou commencement feraient aussi bien l’affaire.

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Une nouvelle: le Tableau du Temps

Double inspiration aujourd’hui pour l’écriture de ce petit texte de fiction: d’une part la suggestion « de l’inconnu de soi-même vu par un.e autre » dans l’atelier d’hiver du Tiers-Livre, d’autre part la suggestion « écrire une nouvelle à partir d’un tableau » du forum Zodiac.

Le Tableau du Temps

Da Ponte. Les Fileuses. Atelier de Jacopo Bassano [Public domain]

Assise dans le salon, elle leva son regard vers le tableau du grand-père, l’arrière-grand-père à vrai dire. Mais on disait toujours le tableau du grand-père. Ce devait être un souvenir de ce qui se disait du temps où son père vivait. D’ailleurs, il ne l’avait pas connu, son grand-père. Il était né bien après la mort du premier. Ce tableau datait de 1900 à peu près. Il était l’œuvre d’un maître local dont elle ne se souvenait plus du nom.

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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