Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Élucubrations auto-réflexives à propos du blog

Il m’arrive de me poser des questions pour ensuite y répondre quelques jours ou quelques mois plus tard. Ainsi, il y a six mois, je répondais à une question que j’avais posée un an plus tôt : « Quelle est la façon la plus directe de progresser en écriture ? »

Je me donnai alors les conseils suivants : pratiquer sans cesse et ne pas hésiter à corriger ses fautes. Pour cela, il faut tenter d’être objectif et peut-être d’accepter les critiques des autres. Il me faut enrichir mon vocabulaire, m’enrichir des formules heureuses trouvées chez d’autres écrivains. Penser plus profondément à la composition de mes textes, aux voix narratives. M’attacher à tenter de créer des personnages qui ne me ressemblent pas.

Et puis, je me demandai si j’étais vraiment bien placée pour répondre à cette question. Avais-je progressé depuis que j’avais commencé à écrire régulièrement ? Quels pourraient être les critères qui permettraient de jauger cette progression ?

Aujourd’hui, le 19 septembre 2019, je vais rebondir sur ma tentative de réponse du 21 février.

Un point à propos duquel je ne crois pas avoir vraiment écrit est celui de la sonorité, du rythme sonore de mes phrases. Dans les traités de langue anglaise à propos de fiction ou même d’autres types de textes tels que des discours politiques (me vient immédiatement à l’esprit le talent d’orateur de Martin Luther King), un des critères est justement lié aux assonances, aux alternances ou répétitions de voyelles longues et brèves car, en anglais, certaines syllabes sont plus accentuées que d’autres, cet effet étant en relation avec le type de voyelles que les syllabes comportent. En français, mais je m’y connais moins, il me semble que les syllabes sont toutes de même longueur et de même intensité. Je ne parle pas ici de poésie ou le rythme et les assonances sont cruciales; ma culture est trop pauvre dans ce domaine.

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Rencontres de passants et de lecteurs à Strasbourg

Rencontres de passants

Cet été : Un monsieur en veste rouge bordeaux que j’avais dépassé tout à l’heure en chemin vient de s’arrêter devant moi et m’a dit : « Dix-sept bonjours et dix poignées de main. » C’était le résultat de sa sortie entre sa maison de retraite et le bureau de tabac. Dix-sept personnes l’avaient salué et il avait pu serrer dix pinces ! Il m’a dit qu’il était né en 47, ce qui veut dire qu’il n’a que quelques années de plus que moi mais il boitait fortement et marchait avec une canne, avec hésitation. Il a mis quelques secondes pour négocier une descente de trottoir. Il semblait aussi avoir un problème de dentition et sa parole, bien que dynamique, avait quelque chose de pâteux. Ses traits aussi, légèrement bouffis, étaient ceux de quelqu’un qui boit trop ou a trop bu. Il était charmant et parlait avec un accent alsacien très prononcé. Il le parle probablement mieux que le français. Typique aussi de l’alsacien, son humour, à base de jeux de mots que je n’ai pas tous compris mais il y avait quelque chose avec « dimanche, on mange (manche) » et un autre dont je ne me souviens plus.

À moi, à moi, m’sieur ! En chemin j’ai eu une conversation avec une dame très sportive accompagnée d’un Golden Retriever de six ans qui haletait beaucoup mais elle m’a assuré lui avoir permis de se baigner avant de courir. Elle m’a raconté que ces chiens étaient des nageurs : autrefois ils accompagnaient les chasseurs et leur mission consistait à récupérer les canards que les chasseurs avaient abattus. Et puis encore une rencontre entre deux chiens presque en face de moi.

Strasbourg – Place de la République,
vue sur la bibliothèque universitaire
Photo par TxllxT (Wikimedia Commons)

Rencontres biblio-idéales

J’ai assisté à une rencontre entre beaux parleurs, intellectuels, philosophes dans le cadre de l’évènement des Bibliothèques Idéales de Strasbourg. À 10h, le 14 septembre, le thème déclencheur de leurs prises de parole était la phrase de Françoise Sagan : « La littérature m’a toujours donné cette impression qu’il y avait un incendie quelque part, et qu’il me fallait l’éteindre. »

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Le temps de l’imagination et du jeu avec une nouvelle

Alors que je flânais dans ma bibliothèque, au rayon science-fiction, j’ai pris deux livres dont les titres comportaient le mot « temps ». Il se trouve que j’écoutais hier la vidéo où François Bon présente brièvement H. P. Lovecraft et où il traduit ses Notes sur l’art d’écrire des récits étranges. Deux phrases de Lovecraft en particulier m’ont frappée. En voici ma traduction :

La raison pour laquelle le temps joue un si grand rôle dans tant de mes contes est que cet élément se dresse dans mon esprit comme le plus profondément dramatique et sinistre de l’univers. Le conflit avec le temps me semble être le thème le plus puissant et fécond de l’expression humaine entière.

H. P. Lovecraft Notes sur l’art d’écrire des récits étranges

Terry Pratchett

Procrastination sur le site Amazon

J’ai d’abord connu Terry Pratchett en jouant à son jeu vidéo Discworld (1995) (Le Disque-Monde). J’étais ravie de ce défi dans un univers loufoque où je jouais avec le personnage d’un jeune apprenti sorcier maladroit aidé par un coffre mille-pattes magique et de temps en temps contrecarré par un personnage représentant la grande faucheuse, bien souvent dépitée, heureusement. Plus tard, j’ai apprécié en particulier Good Omens (1995) qu’il avait écrit avec Neil Gaiman et qui a été traduit en français sous le titre De Bons Présages par Patrick Marcel. Ici un extrait sur le site Amazon.

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Velléités et une mini-nouvelle : le Pari en Dordogne

Les derniers jours, je n’arrivais pas à écrire, mais j’ai lu. Et c’est bien là le hic. Je terminais de lire Onze Rêves de Suie de Manuela Draeger (un des nombreux pseudonymes dans la communauté post-exotique). J’ai aussi entamé Le Post-Exotisme en Dix Leçons, Leçon Onze ainsi que Frères Sorcières, tous deux écrits par Antoine Volodine. Lorsque l’univers d’un auteur me plait autant, je le lis de façon presque compulsive. Je me souviens ainsi de ma lecture de Terminus Radieux et d’une scène extraordinaire de colère furieuse et vengeresse d’une femme sorcière, morte ressuscitée dans le rêve de son père sorcier incestueux. Ou encore de Songes de Mevlido, le premier que j’ai lu. Et, bien sûr, je rêverais d’écrire un article à propos de Volodine, mais je ne m’y risquerai pas. Il en existe déjà plusieurs dans une langue bien plus châtiée que la mienne. Au hasard, voici quelques articles et une vidéo.

À propos de « la communauté post-exotique », voir le dossier de Remue.net

Une vidéo de François Bon à propos d’Écrivains d’Antoine Volodine : ATELIER D’ECRITURE | FANTÔME DE SOI ÉCRIVAIN

La présentation (avec un extrait) de Frères Sorcières ; entrevoûtes

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Brèves histoires de parentes

Écrits à propos de femmes dans les familles

Remue-méninges : dans un atelier de François Bon, les nocturnes de la BU Angers | 06, Tarkos : le dictionnaire intérieur. Exercice d’accumulation à partir d’ »Anachronisme » de Tarkos

L’artifice de l’exercice proposé aujourd’hui, c’est de prendre en compte – arbitrairement, artificiellement – ce processus en tant que tel. On est dans l’espace musculation : on choisit un thème, et sur ce thème on part collecter la totalité des mots accessibles. […] Il ne s’agit pas d’établir en tant que tel un défi poétique à la langue, il s’agit de comprendre ce fonctionnement, et d’être conscient de sa présence automatique, souterraine, usante, fonctionnant en permanence dans l’avancée linéaire de l’écriture narrative. […] le défi de l’accumulation, c’est d’établir une poétique, là où les mots désignant les choses en ont été dépossédés.

François Bon
Pierre Bocion Les femmes touchées
Farbstift auf Papier, 2002
(Wikimedia Commons)

Mon essai en cinq minutes:

généalogie, ancêtres, parents disparus, vieillards, ou jeunes morts, leurs voix restent, elles imprègnent les jeunes esprits, les lignées, les croisements, les arbres, les feuilles, les herbes folles, les champignons, les truffes, le chien les reniflent, ils s’écartent des morts et des mourants, ils ne peuvent vous entendre, mais vous le voudriez bien, les paroles dans l’air subsistent-elles au fil des années ? les mères et les tantes, les grand-mères et les aïeules, aimées ou redoutées, menaçantes et protégées, à l’abri du besoin un jour, dans la douleur longtemps, toujours présentes d’une certaine façon, ces mères, puissantes, comme les vagues de la mer, elles peuvent devenir des tornades, des tsunamis, et le danger est qu’elles vous assèchent mais peut-être n’en est-ce pas un, car la bataille vous durcit.

Une tante Canadienne

Un ami, un jour, fit un héritage d’une tante fortunée. Il ne l’avait pas vraiment connue, cette femme dont tous les neveux profitèrent. Très heureux, il dépensa la manne en moins de deux ans. Plus tard, je le poussai à passer des concours et il devint jardinier pour la ville de Montréal.

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Fantômas et des histoires vraiment très courtes

Fantômas par Marcel Allain et Pierre Souvestre

Ce matin, je feuilletais un roman dans la série Fantômas, emprunté dans une bibliothèque paternelle qui n’existe probablement plus. Ce roman par Marcel Allain et Pierre Souvestre a pour titre Le Train Perdu et il date de 1912. Les amateurs de romans d’aventure y trouveraient toujours leur compte aujourd’hui. Voyez en plutôt un extrait :

[…] Une idée folle germa dans le cerveau de la fille de Fantômas.
Elle n’avait même pas le temps d’y réfléchir qu’elle l’exécutait. Hélène, rassemblant toute son énergie, courait quelques mètres à côté du train, dont l’allure était extrêmement ralentie, puis, s’agrippant aux mains-courantes de cuivre, elle se hissait à l’intérieur d’un wagon.
À peine s’était-elle installée sur cet escalier de wagon qu’elle le regrettait. Ce qu’elle venait de faire était le plus insensé de tout et assurément, d’un instant à l’autre, quelqu’un s’apercevrait de sa présence, un voyageur, un employé, on lui demanderait d’où elle venait, ce qu’elle voulait, on ne tarderait pas à déclarer sa présence suspecte et à la livrer à la police à la première station.
Et, au lieu de s’efforcer de descendre, elle remonta les deux marches sur lesquelles elle était assise, poussa la porte de communication qui conduisait de la voie aux couloirs et pénétra dans le wagon.
Tous les compartiments de la voiture, dont les portes à coulisse donnaient sur le couloir, étaient rigoureusement clos. Quant aux couloirs, ils étaient encombrés de valises, de paquets, ce qui démontrait à la jeune fille qu’elle n’était pas dans un train vide, mais bien dans un convoi de voyageurs.
La jeune fille, l’œil collé à la vitre du wagon donnât sur la voie, constatait non sans une extrême satisfaction, que le train, à moyenne allure, traversait une gare assez vaste, sans s’y arrêter.
Elle en concluait qu’elle était évidemment dans un train de grande ligne qui, peut-être, allait la conduire hors des atteintes de la police belge.
Les divers wagons du train étaient réunis par des soufflets de communication ; Hélène, s’avançant prudemment, passa d’une voiture à l’autre.
Mais soudain, au moment où elle s’avançait dans une nouvelle voiture, la jeune fille réprima un mouvement d’émotion et, s’aplatissant le long de la cloison dans un angle obscur, elle demeura immobile pour laisser passage à quelqu’un qui s’avançait. […]

Le Train Perdu (1912) pp. 39-39 par Marcel Allain et Pierre Souvestre

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Une mini-nouvelle : Le Désuniformeur

Je l’ai écrite très vite ce matin, inspirée par un défi sur Atramenta dont la suggestion est la suivante :

Défi métier, art… – Inventez !
L’objectif consiste à inventer un métier. Pratique, réaliste, utopiste, poétique, fantastique (du moment qu’il n’existe pas).
Le titre du texte sera celui du métier. Décrivez-le.
Par exemple, vous pouvez : conter une histoire qui explique cette profession, ou décrire précisément le métier, ou le mettre en valeur (le défendre), etc.

Amélie Gahete sur le forum Atramenta

J’en profite pour signaler ce forum d’Atramenta et particulier la salle Auteur cherche Auteur où l’on se pose des défis d’écriture.

https://www.atramenta.net/forum/salle20.html

Mais voici donc :

3 Shades of…Synam », analog photography,
Heidelberg, Allemagne
par Dan Pero Manescu = Q-ART)
(Wikimedia Commons)

Le désuniformeur

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Chronique de rentrée scolaire (deuxième partie)

Comme je le disais dans mon dernier article, j’ai pensé à chercher dans mes vieux cahiers ce que je disais à l’époque où la rentrée scolaire m’avait inspiré quelque écrit. C’est ici : Chronique de rentrée scolaire (première partie)

En 2018, j’ai participé à ma dernière pré-rentrée scolaire. Je viens de réduire un peu le texte que j’avais publié alors. Le voici :

La Rentrée Vue de la Porte de Sortie

Lorsque les élèves sont partis…

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Chronique de rentrée scolaire (première partie)

Les rues de la ville ronflent à nouveau du passage des voitures et bicyclettes et les machines et les ouvriers ont repris leurs travaux. Au passage alors que je me dirigeais vers le marché, j’ai entendu une conversation à propos de la rentrée avancée d’un enfant dans son école. Les gens se sont revêtus à nouveau de leurs tenues de ville. Pour la première fois, je n’ai pas à me remettre dans l’esprit adéquat mais je pense à mes anciens collègues qui feront vendredi leur pré-rentrée. J’ai pensé à chercher dans mes vieux cahiers ce que je disais à l’époque où cela m’avait inspiré quelque écrit.

Life is Hell par Matt Groening

Le 25 août 2008, j’écrivais ce qui suit :

Le lendemain peut inspirer de l’angoisse. Est-ce un signe de l’âge ? Adolescente, je rêvais au lendemain avec excitation. Aller ailleurs, voir des lieux et des paysages nouveaux, rencontrer et observer des personnes inconnues, tout était source d’enthousiasme.

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Une mini-nouvelle déjantée : Hybride Undine

J’écrivais l’autre jour qu’il m’arrivait parfois de rédiger des textes un peu trop déjantés pour oser les publier ici. Mais il n’y a que les gens intelligents qui n’osent pas. J’ose donc. Elle répond en fait à une suggestion d’écriture en nouvelle très courte du Zodiac Writing Challenge.


Le Passe-Muraille dans les catacombes œuvre de Vznoupzvr11 (Wikimedia Commons)

La suggestion était : « l’eau qui se retire ». Voici donc :

Hybride Undine

Elle vit d’abord un terrain de sable ou de gravier, plutôt de sable, et au sommet d’une montée de sable toujours, elle vit arriver les roues, la pelle ou les chenilles d’une machine. Elle savait qu’elle devait s’en aller ; elle gravit la pente à droite pour y échapper. Lorsque elle arriva en haut, elle pensait se retrouver sur une plateforme et elle se savait poursuivie, mais elle se retrouva en haut d’une falaise avec la mer en face d’elle, une étendue d’eau en tout cas. Elle n’avait pas le choix et sauta pour échapper à son poursuivant, elle se trouva dans la mer. Elle vit un homme dévaler la pente, moins raide pour la rattraper. Elle nagea mais très lentement, comme dans une eau de la Mer Noire. Elle avançait, quoi d’autre ? Elle finit par progresser, maladroitement. Plus trace de ses poursuivants. D’ailleurs elle nageait dans la profondeur d’une route. En face d’elle, des jeunes filles la traversaient. Bordée d’arbres, une route en ville. Elle continua à nager. Elle allait bientôt se trouver au niveau de personnes et d’une voiture qu’elle voyait, nageant toujours dans la route.

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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