Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Une nouvelle : Le Périple aux dix Étapes (épisodes un et deux)

Je me suis encore une fois laissée tenter par un défi d’écriture en cinq semaines avec une consigne par semaine. J’avoue que je le regrette un peu, mais je suis joueuse et résiste peu aux défis.

Voici les consignes de ces deux premières semaines :

Première semaine :
— un mode ou un moyen de locomotion
— une direction
— un paragraphe (au moins une phrase) avec des assonances (à vous de choisir le son que vous souhaitez répéter)
— les nuances d’une couleur

Seconde semaine :
— une tradition, une coutume, réelle ou inventée
— un élément climatique
— un dialogue
— acronyme ou sigle, inventé ou réel, éventuellement détourné

https://www.atramenta.net/forum/sujet6088-page1.html

Visiblement, la nouvelle que je vais tenter d’achever de la sorte sera de type littérature de jeunesse. Elle me pose déjà de nombreux problèmes. On verra bien comment je m’en sortirai. Mais voici donc mes deux premiers épisodes de

Le Périple aux dix Étapes

Haut-Koenigsbourg, France
photographe : Tobias Helfrich (Wikimedia Commons)

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Un conte: Le Vieil Homme Effrayant

John Gardner l’a dit : écrivez le début d’un conte en trois pages.

Rappel de mes quelques pages à propos de John Gardner :

Les Arts de la Fiction et le Suspense

Qu’est-ce qui fait avancer une histoire ?

Petite bibliographie de nouvelles

J’ai alors pensé à nos frayeurs citadines et voici donc le

Conte du vieil homme effrayant

Il était une fois un homme, grand et fort mais déjà presque vieux et sûrement étrange, qui se promenait dans les rues de sa ville en parlant sans arrêt aux autres et à lui-même si personne ne se trouvait par là. Ceux qui connaissaient la raison de sa volubilité, pour peu qu’ils existent, ne se sont jamais fait connaître et n’ont pas transmis ce qu’ils savaient. En conséquence, nul ne sait pourquoi le grand homme bavard parlait tout le temps. Aussi, il éclatait souvent de rire, sa voix très sonore montant dans les aigus en ces occasions.

Alphonse Legros / La Solitude
Photo de l’œuvre par PRA (Wikimedia Commons)

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Petit témoignage sur la vie avant internet

Je tente de me souvenir d’une de mes journées de 1990, lorsque nous vivions sans internet et que j’étais encore une joueuse d’échecs. Je vivais dans un studio très éclairé, trop éclairé car il avait de grandes fenêtres orientées à l’est mais elles n’avaient pas de volets. Je me réveillais donc tôt en général et je paressais au lit avec un bouquin. C’est durant un de ces moments de loisirs que j’ai lu Un Cantique pour Leibowitz de Walter M. Miller, un très chouette roman de science-fiction.

À l’échiquier mural en face d’écoliers (1992)

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Une mini-nouvelle en gare Modiano

L’autre soir, j’ai eu grand plaisir à regarder l’émission de la Grande Librairie consacrée à Patrick Modiano, à l’occasion de la sortie de son nouveau livre Encre Sympathique.

Il est possible de revoir cette émission pendant environ un an (il s’y trouve un moment délicieux où Patrick Modiano et Jean-Jacques Sempé, plaisantant ensemble , racontent leurs souvenirs et font des projets fictifs). Voici le lien vers le « replay ».

J’ai ensuite trouvé dans ma bibliothèque un exemplaire de Rue des Boutiques Obscures (1978) que j’avais dû acheter d’occasion puisqu’il est recouvert d’un film transparent et que des tampons sur quelques pages indiquent qu’il avait fait partie du stock d’un CDI de collège.

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Je suis bien avancée dans ma lecture (je sais, c’est un peu tard, j’aurais dû le lire avant mais au cours des quinze dernières années j’ai plutôt été investie dans les cultures et littératures de langue anglaise) et puis, j’ai continué à m’amuser et ai écrit la petite nouvelle qui suit.

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Deux mini-nouvelles de type littérature de jeunesse

Très occupée cette semaine, je n’ai pas eu l’esprit assez libre pour écrire des articles pour ce blog. Je vais quand même le remettre en route en copiant ici deux courtes nouvelles que j’ai écrites il y a quelques jours pour le concours Au Féminin.

La Sorcière au Chat Noir (1893) par Paul-Élie Ranson,
huile sur canevas –
Collection du Musée d’Orsay
(photo par Pyb sur Wikimedia Commons)

Elles sont publiées sur ces deux pages du concours :

Prudente, la Sorcière !

La Révolte des Rotatives

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Les voix multiples expliquées par David Lodge et une mini-nouvelle

Ce matin, en prenant mon thé, j’ai commencé à traduire très librement des extraits de l’article « Telling in different voices » (Raconter à plusieurs voix) de David Lodge dans son The Art of Fiction (1992). Voici la version française de ce livre.

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Ce livre regroupe des articles que David Lodge avait précédemment publiés dans les journaux l’ Independent on Sunday et le Washington Post et qu’il avait retravaillés et complétés pour composer ce livre absolument passionnant pour qui s’intéresse à la littérature et à l’écriture.

J’ai déjà présenté ce livre dans mon article Les Arts de la Fiction et le Suspense.

Raconter à plusieurs voix

David Lodge donne l’exemple d’un court extrait du roman Female Friends (1975) de Fay Weldon qui raconte les heurs et malheurs de trois femmes dans leurs expériences sexuelles et maritales lors des années 40, 50 et 60, au cours desquelles la société a rapidement évolué concernant ces questions.

S’il a choisi l’auteure Fay Weldon, c’est qu’elle a la particularité d’utiliser des sommaires dans ses romans, c’est-à-dire des longues durées d’histoire résumées en quelques phrases ou quelques paragraphes. Alors que les sommaires peuvent parfois sembler lassants à des lecteurs, elle parvient à conserver leur intérêt grâce à un rythme surprenant et un style très vivant.

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Une nouvelle: Professeur Lumière, IA

Hermione, professeur d’anglais au lycée technologique, ne se sentait pas toujours aussi solide que les gens la percevaient. Mais ce jour-là, elle se sentit complètement en phase avec la vie et celle de ses élèves.

Tout avait commencé avec une petite phrase prononcée sur un ton presque espiègle par la cheffe avec qui elle s’entendait bien, il est vrai.

– Est-ce que vous accepteriez un stagiaire très spécial ?

– Vous me connaissez ! Je n’ai pas l’habitude de discriminer.

– Eh bien, c’est entendu ! Il devrait vous contacter au cours de la semaine prochaine.

Hermione n’en sut pas plus à ce moment. Elle en était d’ailleurs légèrement soucieuse, car enfin, un travail avec un stagiaire nécessite une certaine préparation. Elle ne savait même pas où il en était : en master des Sciences de l’Éducation ou bien avait-il déjà réussi son concours ? Serait-il présent pendant plusieurs mois ou seulement quelques jours ? C’était étrange. D’habitude, on donnait plus d’informations aux tuteurs.

Un incident accentua son malaise, quelques jours plus tard. À dix heures du matin, elle était sortie de sa salle de classe pour rejoindre la salle des professeurs. Debout devant la machine à café, elle se retourna et se rendit compte que trois enseignants, plus anciens qu’elle dans la boîte, la regardaient d’un air qu’elle avait du mal à identifier. Elle l’aurait dit presque sévère. Lorsque son gobelet fut plein, elle se dirigea vers eux en souriant et les salua.

– Ça va, vos élèves ne vous font pas de misères ?

– Toi, tu ne risques rien. Fais attention : à force d’accepter tout de la direction, on n’aura plus besoin de nous ici !

Hermione fut interloquée. De quoi parlaient-ils ? Thomas, celui qui avait parlé, était syndicaliste et les deux autres faisaient aussi partie du conseil d’administration. Que savaient-ils qu’elle ignorait ?

Image Wikipedia et Wikimedia Commons de Chris 73
libre d’utilisation à
//commons.wikimedia.org/wiki/File:Toyota_Robot_at_Toyota_Kaikan.jpg

« On n’aura plus besoin de nous ici » faisait sûrement référence au fait que, malgré la foi qu’ils avaient eu en leurs compétences, les professeurs se voyaient proposer bien moins de postes qu’autrefois. Comme bien d’autres, leur profession était devenue moins demandée et nombre d’entre eux se trouvaient aujourd’hui sans emploi. Rien que dans son lycée – lui avait-on dit –, dix ans plus tôt, ils étaient cent cinquante enseignants. À présent, ils n’étaient plus qu’une quarantaine.

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Exercice d’écriture et deux mini-nouvelles

Dès que j’ai pu écrire ce matin, je suis allée à la pêche de l’inspiration dans mes vieux cahiers et j’ai trouvé une idée relevée dans mon journal le 29 avril 2018 et prise dans Tous les Mots sont adultes de François Bon, p. 98.

Le réel comme bascule : inspiré du Journal (de Kafka).
Contrainte : prendre les 7 derniers jours écoulés, isoler de chacun de ces jours un de ces instants, une de ces aspérités qui font mémoire par l’image et ressentie comme objet singulier.
Ainsi Kafka qui a écrit pendant 6 heures remarque que sa main gauche embrasse sa main droite, par pitié. 

François Bon

Je ne vous infligerai pas ici mon exécution de cet exercice mais je l’ai fait et cela fait du bien d’écrire un texte sans l’idée qu’il soit lu, rien que pour soi. Je me suis sentie apaisée après ce petit temps d’écriture. Peut-être était-ce l’exercice lui-même de tenter de me rappeler des instants de ces derniers jours qui était apaisant. Je me souviens d’ailleurs que c’est une variante d’un exercice de la pratique bouddhique. Je vous le conseille, il fait du bien.

J’écris beaucoup ces derniers temps mais j’envoie certaines de mes nouvelles à un organisme qui propose un concours. En général, ils ne veulent pas que les textes aient déjà été publiés ailleurs. J’attendrai donc quelques mois avant de les publier sur mon blog. Si vous avez envie d’essayer, vous pouvez trouver ici les informations le concernant : Prix Littéraire au Féminin.

Voici donc deux mini-nouvelles plus anciennes que je vous propose. Dans la première, j’ai tenté d’éliminer toute parole entendue : tout n’y est que raisonnement logique ou supputation.

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Élucubrations auto-réflexives à propos du blog

Il m’arrive de me poser des questions pour ensuite y répondre quelques jours ou quelques mois plus tard. Ainsi, il y a six mois, je répondais à une question que j’avais posée un an plus tôt : « Quelle est la façon la plus directe de progresser en écriture ? »

Je me donnai alors les conseils suivants : pratiquer sans cesse et ne pas hésiter à corriger ses fautes. Pour cela, il faut tenter d’être objectif et peut-être d’accepter les critiques des autres. Il me faut enrichir mon vocabulaire, m’enrichir des formules heureuses trouvées chez d’autres écrivains. Penser plus profondément à la composition de mes textes, aux voix narratives. M’attacher à tenter de créer des personnages qui ne me ressemblent pas.

Et puis, je me demandai si j’étais vraiment bien placée pour répondre à cette question. Avais-je progressé depuis que j’avais commencé à écrire régulièrement ? Quels pourraient être les critères qui permettraient de jauger cette progression ?

Aujourd’hui, le 19 septembre 2019, je vais rebondir sur ma tentative de réponse du 21 février.

Un point à propos duquel je ne crois pas avoir vraiment écrit est celui de la sonorité, du rythme sonore de mes phrases. Dans les traités de langue anglaise à propos de fiction ou même d’autres types de textes tels que des discours politiques (me vient immédiatement à l’esprit le talent d’orateur de Martin Luther King), un des critères est justement lié aux assonances, aux alternances ou répétitions de voyelles longues et brèves car, en anglais, certaines syllabes sont plus accentuées que d’autres, cet effet étant en relation avec le type de voyelles que les syllabes comportent. En français, mais je m’y connais moins, il me semble que les syllabes sont toutes de même longueur et de même intensité. Je ne parle pas ici de poésie ou le rythme et les assonances sont cruciales; ma culture est trop pauvre dans ce domaine.

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Rencontres de passants et de lecteurs à Strasbourg

Rencontres de passants

Cet été : Un monsieur en veste rouge bordeaux que j’avais dépassé tout à l’heure en chemin vient de s’arrêter devant moi et m’a dit : « Dix-sept bonjours et dix poignées de main. » C’était le résultat de sa sortie entre sa maison de retraite et le bureau de tabac. Dix-sept personnes l’avaient salué et il avait pu serrer dix pinces ! Il m’a dit qu’il était né en 47, ce qui veut dire qu’il n’a que quelques années de plus que moi mais il boitait fortement et marchait avec une canne, avec hésitation. Il a mis quelques secondes pour négocier une descente de trottoir. Il semblait aussi avoir un problème de dentition et sa parole, bien que dynamique, avait quelque chose de pâteux. Ses traits aussi, légèrement bouffis, étaient ceux de quelqu’un qui boit trop ou a trop bu. Il était charmant et parlait avec un accent alsacien très prononcé. Il le parle probablement mieux que le français. Typique aussi de l’alsacien, son humour, à base de jeux de mots que je n’ai pas tous compris mais il y avait quelque chose avec « dimanche, on mange (manche) » et un autre dont je ne me souviens plus.

À moi, à moi, m’sieur ! En chemin j’ai eu une conversation avec une dame très sportive accompagnée d’un Golden Retriever de six ans qui haletait beaucoup mais elle m’a assuré lui avoir permis de se baigner avant de courir. Elle m’a raconté que ces chiens étaient des nageurs : autrefois ils accompagnaient les chasseurs et leur mission consistait à récupérer les canards que les chasseurs avaient abattus. Et puis encore une rencontre entre deux chiens presque en face de moi.

Strasbourg – Place de la République,
vue sur la bibliothèque universitaire
Photo par TxllxT (Wikimedia Commons)

Rencontres biblio-idéales

J’ai assisté à une rencontre entre beaux parleurs, intellectuels, philosophes dans le cadre de l’évènement des Bibliothèques Idéales de Strasbourg. À 10h, le 14 septembre, le thème déclencheur de leurs prises de parole était la phrase de Françoise Sagan : « La littérature m’a toujours donné cette impression qu’il y avait un incendie quelque part, et qu’il me fallait l’éteindre. »

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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