Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Littérature et animalité

Je pensais au quasi-tabou de la scatologie dans la littérature. Le terme est peut-être exagéré mais ce qui me frappe est que les lecteurs et les éditeurs acceptent la représentation d’attitudes minables, serviles, cruelles avec souvent une certaine délectation alors que mentionner les besoins naturels tels que l’évacuation de ses intestins est considéré de mauvais goût et bas. Toujours la peur de se représenter comme l’animal que nous sommes au moins au niveau anatomique et biologique. En quoi cette représentation amoindrirait-elle les humains ?

Blue Babe, buffle des steppes, âgé de plus de 50 000 ans.
Capture d’écran de l’émission
« Alaska, une découverte savoureuse »

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Une mini-nouvelle et sa genèse: la sorcière et les deux frères

Voici comment a débuté la création de cette petite nouvelle dont je ne trouve pas le thème de mésentente familiale très sympathique (mais je lutte contre ma tendance psycho-rigide à éviter les images déplaisantes). Parfois, j’écris pour moi-même une série de questions, sans réfléchir, pour m’en servir plus tard de base d’inspiration pour un écrit. Ainsi, le 23 juin, j’avais posé quelques questions dont, par exemple :

Quand décideras-tu d’aller faire une longue promenade ?

Dans quelle mesure crois-tu à ton avenir ?

Mais qui es-tu donc ?

Mielleusement ou mièvrement ?

Enfin, as-tu compris quelque chose à tout ça ?

Fantaisie ou furie ?

Hors-champ, quelle est ton attitude ?

Étape suivante, quelques jours plus tard, j’ai tiré au sort la question « Fantaisie ou furie ? »


Pèse-sorcière, Oudewater, Pays-Bas
par Martinvl / CC BY-SA (Wikimedia Commons)

J’ai alors pensé : la question n’est pas logique. Ce pourrait être : fantaisie ou folie, ou encore une fantaisiste ou une furie. Mais soit : fantaisie ou furie. Cette action est-elle un signe de fantaisie ou de furie de l’accusée, de la malade, de l’individu dont on se préoccupe en ce moment ?

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Bibliographie imaginaire de Strasbourg

De Strasbourg, n’existe plus en ce vingt-troisième siècle que des textes, sons, films, mémoires de saveurs et de senteurs. Pourtant, la bibliographie « imaginaire » suivante vient d’être aperçue par une de nos voyeuses.

Bibliographie imaginaire de Strasbourg


Cathédrale de Strasbourg (2006) photo par
Rama. (Wikimedia Commons)

La Famille-Hors-Radars (1969)

Un fait divers incongru entraîne la révélation de l’existence d’une famille aux confins de la société, qui, avec la complicité d’une institutrice à la retraite, réussit à se cacher plus de quinze ans dans le Strasbourg contemporain, en suivant la stratégie de survie de la famille d’Anne Franck.

Histoires de Strasbourgeoises libres (2000)

Elles étaient atypiques, souvent anonymes, parfois méprisées. Chacune d’entre elles, à sa façon, a vécu en liberté. Lisez ce reportage sur treize femmes affranchies de Strasbourg.

Comment J’ai Refroidi mon Centre du Langage à Strasbourg (2005)

Ce livre, composé d’environ 15 textes – probablement des travaux de préparation ou d’exploration préalables à l’écriture de nouvelles ou romans – en contient des extraits dont la diégèse se situe à Strasbourg. Jamais n’apparaissent ces romans ou nouvelles dans leur totalité.

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Une nouvelle: À la recherche de l’oncle

Le voyage était plus long que dans un train de jour mais elle dormirait et serait d’attaque le lendemain. Elle voulait s’entretenir avec Roland Meyer ou un de ses enfants.

Depuis son retour en France, elle s’intéressait à l’histoire de sa famille. Son père était décédé l’année précédente et Nancy avait l’intention de rencontrer ce Roland Meyer, un oncle qu’elle n’avait jamais connu. Elle avait réussi à découvrir qu’il vivait à Montpellier et était PDG d’une compagnie de comptabilité. À dire vrai, elle était surtout curieuse. Ne serait-ce pas formidable si elle réussissait à établir un lien avec cette branche de sa famille ?

Famille Levy (années 1908-1910)

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Chronologie Littérature et Culture en France – fin XVIIème, XVIIIème et XIXème siècles

Une petite chronologie civilisationnelle, culturelle et littéraire de la fin du XVIIe et des XVIIIe et XIXe siècles en France que j’avais compilée lors de mes études. Certains évènements et textes débordent du cadre mais ils ont eu une influence primordiale sur les autres.

Portrait de Denis Diderot (1713–1784), 1766
par Jean-Baptiste Greuze (Wikimedia Commons)
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Greuze_Portrait_of_Diderot.jpg

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Je flâne à partir de mes lectures

Une simple phrase lue peut nous faire partir dans tant de directions.

Je n’ai pas encore terminé de lire
Carcajou ou le Diable des Bois
de Félix Leclerc, mais qu’il est beau!

« Mais peut-être que pour eux c’était autre chose. » Nathalie Sarraute, Tropismes (1939) (chapitre II)

Je reprends cette phrase tirée d’un roman dont je n’ai lu que des extraits, mais elle est universelle, dans le fond. Chacun a dû se la dire à un moment ou un autre. Une situation, un évènement perçus de façon différente par les divers acteurs ou témoins.

C’était autre chose qui les avait motivés.

C’était autre chose qu’ils ressentaient ou avaient ressenti.

C’était autre chose dont ils rêvaient.

C’était autre chose qui les faisait frémir ou les terrifiait.

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Mini-histoire loufoque débutant par l’épilogue

Notre héros se trouva en fin de compte renvoyé dans sa réalité, dans son environnement habituel. Il resta quelque temps apathique (enfin, telle aurait été l’impression d’un hypothétique observateur). Il lui fallait se recomposer, laisser à ses sens le temps de se réhabituer aux odeurs, aux couleurs, aux sons de ce monde. Il ne voulait pas se laisser envahir par des émotions empreintes de jugement, surtout pas par le découragement, la tristesse, le désespoir, l’impression d’échec ou la nostalgie. Il dormit beaucoup, mangea un peu, resta longtemps les yeux dirigés vers le ciel, observant le passage des nuages, de quelques oiseaux, repensant à l’anecdote que son père lui avait raconté de ces volatiles qui avaient décidé de son destin. Il n’essaya pas d’appeler. Une petite douleur le pinçait.

Mais qui est-il donc ? Et s’agit-il bien d’une histoire ?

Les chèvres noires, scène de rue à Paris, illustration,
supplément illustré des Annales, 1895.
Œuvre originale reproduite en similigravure.
Morburre (Wikipedia Commons)

Vu une image : une jeune fille, un garçon d’une dizaine d’années et un ruminant : une chèvre, je crois, noire (ou une brebis?) Ils sont dans un pré. Derrière eux, une maison à une cinquantaine de mètres. Deux objets en plastique de couleur : un seau ? Un ballon ? Le garçon est agenouillé et la chèvre s’approche de lui. Elle doit espérer une friandise. J’en ai déjà rencontré dans un parc zoologique. Elles sont très quémandeuses, insistantes, pas timides pour un sou !

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Une mini-nouvelle: la Promotion du Balai

Du balai ! Une exclamation qui exprime la brutalité de l’usage de cet outil domestique. Aujourd’hui, le verbe dérivé du balai est utilisé avec plus de douceur dans le discours des esthéticiens(nes) ou des coiffeurs(ses).

Image par Daniel Kirsch de Pixabay

Le balai : un ustensile ancien, universel, familier dont on ne peut finalement pas se passer mais que l’on remplace sans état d’âme par un semblable. Il se présente souvent un peu piteusement à moins que son propriétaire ne soit un obsédé de la propreté car, après chaque utilisation, son extrémité barbue reste en général couverte de poussière et de mini-moutons. Mais il lui arrive, comme à chaque pion d’un jeu d’échecs, de se trouver à l’occasion promu à une fonction plus noble.

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Souvenir: le 1er mai de l’année avant le coronavirus

Une participante active du forum Atramenta a posé la question suivante: « Avez-vous un souvenir de 1er mai? »

Image par ARLOUK de Pixabay

Voici mes notes prises dans un café, le matin du 1er mai 2019

J’avais oublié hier qu’aujourd’hui serait férié. Il est un peu plus de huit heures et en sortant le chien tout à l’heure j’ai aperçu de loin les lumières du Café Brandt où je suis à présent assise.

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Élucubrations sur le non-savoir

J’ai eu une quantité de dadas, que je n’ai pas poursuivis de manière bien fidèle. Je pourrais citer ma période d’engouement pour le jeu Civilisation sur ordinateur, la comptabilité, les livres (et je pense à la collection encyclopédique des Que-sais-je ? que je trouvais formidable pour m’auto-former au moins succinctement dans certains domaines), le go, (je ne mettrais pas le jeu d’échecs dans cette case puisque j’y ai quand même consacré une trentaine d’années), le yoga, le bouddhisme (qui a fortement teinté ma façon de penser et ressentir), les contacts avec les gens et les animaux (mais ce n’est pas un engouement, c’est partie intégrante de ma vie, même si je suis un peu recluse), la psychologie (en lecture seulement et je n’y ai touché que lorsque je me suis sentie assez mûre car j’en avais peur), la critique littéraire, la théorie de l’énonciation au lieu de la grammaire classique, la didactique et l’enseignement des langues, la littérature bien sûr et aujourd’hui l’écriture, la vie associative (en ce moment, je ne suis inscrite que dans une association qui s’intéresse aux logiciels libres) et le bénévolat (que j’ai un peu pratiqué), l’informatique et j’en trouverai d’autres probablement au fil de mes souvenirs. Mais je ne sais pas.

Tout ce qu’on ne sait pas. Je ne sais pas…

Je ne sais pas ce que pensent les oiseaux, perchés si haut, dans le temps rigoureux.

Albrecht Dürer, hand study,
16th century drawing
(Wikimedia commons)

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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