Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Une nouvelle : Hannah et Chloé vont au cirque

Mais que devient donc Hannah ? Je l’avais presque oubliée !
Voici le premier épisode de ses aventures : Hannah et après

Et le deuxième : Salon avec poupée et Hannah

Un petit tableau plutôt qu’une nouvelle, peut-être, mais c’est toujours agréable de savoir ce que deviennent les amis.

The Marx Brothers. Du haut en bas : Chico, Harpo, Groucho et Zeppo.
1931 (auteur : Ralph F. Stitt. Wikimedia Commons)

Hannah et Chloé vont au cirque

La dernière fois, les rôles étaient inversés. C’était elle, Hannah, la pauvre invalide et Chloé était venue la distraire de ses ennuis. À présent, elle tentait à son tour de dérider sa copine qui, comprenait-elle, venait de se faire plaquer par son copain. Jamais facile, ce genre de mission, d’autant plus qu’elles ne se ressemblaient pas du tout de caractère, ni physiquement d’ailleurs. Chloé, une jeune femme fine, nerveuse, châtain clair, s’habillait avec style. Sa mère, une « comtesse » la faisait parfois servir en tenue de serveuse lorsqu’elle recevait des invités. Le comte héréditaire, son paternel, se préoccupait bien moins de son titre. N’ayant pas encore beaucoup d’occasions de travailler dans son domaine, le journalisme, Chloé occupait une quantité de petits postes, dont du baby-sitting. Elle-même avait fait des études moins prestigieuses mais elle pensait avoir plus de chances d’entrer rapidement dans une voie professionnelle qui l’intéresserait. Elle se disait qu’une fois lancée, il lui suffirait de travailler sérieusement pour, petit à petit, obtenir des responsabilités. Physiquement, à dire vrai, ni l’une ni l’autre n’étaient des bombes, mais elles étaient normales, normalement jolies pour des filles de leur âge. Hannah, un peu plus ronde mais aussi un peu plus grande, retenait ses cheveux bruns bouclés dans une natte souple qu’elle laissait retomber sur son épaule. Les gens disaient souvent qu’elle réagissait vite, mais dans le fond, elle se sentait moins sensible et vulnérable que son amie.

Lire la suite

Des fenêtres au temps intérieur

Dans la nouvelle Hot Ice (1990) de Stuart Dybek, un personnage collectionne des fenêtres qu’il admire au fil de ses pérégrinations. Il n’est pas un collectionneur habituel : il n’emporte pas ces fenêtres qui restent là où il les a trouvées. L’idée d’être heureux de la beauté sans vouloir la posséder me plaît.

L’inspiration du texte qui suit vient d’une suggestion de François Bon dans son atelier d’écriture du Tiers-Livre:

Il s’agit plus de traiter de la fenêtre comme surface réflexive et méditative, mémorielle, qu’isolant un fragment de réel extérieur projeté en 2D.

François Bon

Fenêtres hypothétiques

Aurait-elle été jeune aujourd’hui, en 2019, les grumeaux dans son potage l’auraient embarrassée. Une impression désagréable de quelque chose de pas clair. Elle se serait trouvée assise dans une cantine d’entreprise vide. L’autre raison de son malaise aurait été le manque de fenêtres, elle avait toujours été un peu claustro. La vitre qui devait donner sur la cuisine n’aurait pas été pas transparente. Elle n’aurait même vu personne de l’autre côté des comptoirs de plats. À côté du potage, une tranche de viande géométrique, de la purée et une sauce « gravy ». Et dans un coin du plateau, un petit flan et un verre d’eau. Dans cette salle vide, elle se serait sentie démunie, presque nue. Un maigre début pour son stage en entreprise. Elle aurait eu envie de repartir mais un repas gratuit ne se refuse pas.

Lire la suite

Deux Mini-Nouvelles : Errances

Voici deux petits textes à propos d’errances, inspirés, l’un par la phrase de Jean Tardieu « Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ? », l’autre par le thème de la rencontre inattendue.

À propos de Jean Tardieu: – les « problèmes » d’où est tirée la citation; – connaissez-vous le professeur Froeppel?

Mais voici mes deux mini-nouvelles.

Muret, rue Goethe (Google Maps)

Lire la suite

Une nouvelle: Rue de la Nuée Bleue

Sous le grand porche des Dernières Nouvelles, chaque page du journal est mise en vitrine chaque jour. Le sol en mosaïque de la rue de la Nuée Bleue est la partie surélevée de la place toute en rondeur, protégée par de grands arbres, où se trouve aussi l’église protestante Saint Pierre le Jeune. La mosaïque est enchanteresse : de minuscules petites dalles d’un gris bleuté avec d’autres plus claires formant des étoiles blanches à six pointes et au cœur plus sombre.

Bien haut au-dessus de la mosaïque aux étoiles, au 21, il y avait un appartement, propriété des Dernières Nouvelles et récupéré par eux plus tard. Il était seul, au dernier étage et tout l’immeuble appartenait au journal.

Lire la suite

Des histoires vraiment très courtes !

Depuis quelques années, chaque été, une membre du forum Atramenta propose des défis de textes très courts. Il s’agit d’écrire en cinquante-cinq mots au plus de petits textes inspirés d’une citation provenant d’un roman. Ces défis sont accessibles dans la rubrique « Auteur cherche auteur » du forum.

Je vais recopier ici quelques-unes de mes histoires très courtes, écrites au fil des derniers mois.

Le Vieux-Port de Montréal (photo de Christophe95 sur Wikimedia Commons)

Histoires d’animaux

Je fixe ces pages jaunâtres vers lesquelles je ne peux laisser filer mes mots. Découragée, je m’apprête à fermer mon cahier quand je vois un petit éphémère s’y dresser. Il a surgi, les lignes brillantes, sur deux pattes, et semble m’apostropher en un cri muet d’horreur pour que je ne l’écrase pas.

Lire la suite

Petite bibliographie de nouvelles

Il est clair, une fois de plus, que ma veine fictionnelle est enfouie quelque part et que je me suis un peu égarée. J’écris beaucoup, mais ce que j’écris me semble trop proche de l’autobiographie ou, parfois, au contraire, trop déjanté et surréaliste. Alors, je vais raconter où j’en suis de mes lectures. Les mêmes ouvrages traînent parfois pendant des mois sur ma table de chevet puisque j’ai constamment plusieurs livres entamés. Je vais mentionner principalement les recueils de textes courts, nouvelles ou autres. D’ailleurs, j’hésite à le faire car je lis encore principalement en anglais, mais certaines de ces nouvelles sont traduites en français.

John Gardner

https://www.rarebookcellar.com

Je suis en train de terminer ma lecture du recueil de nouvelles de John Gardner, The Art of Living and Other Stories (1974,…, 1989). Il s’y trouve quelques gemmes ! En particulier, je pense à « The Joy of the Just » : une nouvelle excellente, finalement comique, alliant la cruauté paysanne, le désir de revanche avec le discours religieux et l’hypocrisie de tous. Les textes sont variés, en thème et en taille, la plus longue (100 pages), « Vlemk The Box Painter », étant un beau conte à propos d’un peintre capable de donner la parole à ses créations, qui est une réflexion sur la création artistique, la vocation artistique, et la reconnaissance que l’artiste peut espérer ou craindre.

Lire la suite

Une nouvelle (ou un tableau): la Tour Hors-Jeu

C’est en l’honneur du 10e Festival d’Échecs d’Été de Strasbourg qui se déroule actuellement que j’ai décidé de composer la petite nouvelle qui suit.

La Tour Hors-Jeu

Ses doigts, dans la poche de sa veste, ne cessaient de tourner en tous sens la pièce d’échecs qui n’aurait pas dû s’y trouver. Cela faisait des années que, chaque fois qu’il jouait un tournoi dans la région, Sébastien emportait la tour noire avec l’espoir de la rendre à son propriétaire. Il n’avait jamais réussi à le faire.

Lire la suite

Un Rêve : Filmer la vie d’une maison de ville

Je suis inspirée par la proposition de François Bon : 10 | mise en quatre (in nocturnes de la BU d’Angers), une proposition d’écriture à partir du « Chasseur de crépuscules » de Julio Cortàzar.

Maison d’appartements à Strasbourg (Google maps)

Un Rêve : Filmer la vie d’une maison de ville

Si j’étais cinéaste, je me consacrerais à la chronique de vie d’une maison d’appartements petits-bourgeois. Ce serait difficile, car il faudrait évoquer les ruptures, les naissances, les morts, les déménagements, les nouvelles arrivées, les nouveautés technologiques (même si elles ne consistent qu’à remettre le système électrique au niveau des normes de sécurité acceptées, ou l’installation d’un ascenseur, l’arrivée de la fibre). Je filmerais aussi les images prises au vol de bébés, devenus enfants ensuite, jouant dans la cour ou enfermés par mégarde dans l’ascenseur, plus tard leurs premières bêtises d’adolescents, et leurs rencontres sentimentales avant qu’ils ne s’en aillent et laissent leurs parents seuls, à se disputer ou s’ennuyer. Il me faudrait consacrer une trentaine d’années à ce film pour qu’il soit vraiment fidèle à la réalité du temps qui passe.

Lire la suite

Au fil des années en vérité pour la fiction

Voici quelques élucubrations notées au fil des années sur la vérité, la fiction, le réalisme littéraire et le point de vue postmoderne.

26 Octobre 2011 

Lorsque j’étais jeune, je pensais par moment avoir une limitation certaine, une sorte d’autisme, à cause de mon aversion au mensonge. Pourtant, lorsque j’y repensais, je me rendais compte qu’il m’était arrivé de mentir, par exemple pour me sortir du pétrin où je m’étais mise en Algérie. Il m’arrive aussi de mentir par mégalomanie en exagérant des faits pour me faire valoir plus douée, plus brillante qu’en vérité. Lorsque cela m’arrive, je m’observe le faisant, me demandant pourquoi je suis en train de le faire et ne pouvant pourtant m’en empêcher.

Samedi 21 Octobre 2017

On me disait, quand j’étais enfant, que j’étais extraordinairement innocente. Je ne sais pas. Je n’ai pas l’impression de tant l’être. Mais il n’y a pas qu’une vérité. Cela dépend du regard. Le regard dépend de l’objet, disait-on en phonologie française.

Volpone, or the Fox par Ben Jonson, illustration par Aubrey Beardsley [Domaine Public]

Mercredi, 3 janvier 2018

Dans une BD Yoko Tsuno que l’on m’a prêtée, j’ai trouvé l’expression : « l’instant de vérité ». L’instant de vérité, le moment où la vérité est dévoilée. Je pense à des pièces de théâtre de la période Renaissance ou baroque en Angleterre. Les méchancetés du vilain de la farce sont dévoilées, son caractère d’hypocrite est révélé à la face du monde. Il me vient à l’esprit Ben Jonson, qui a écrit Volpone, or The Fox. C’est l’image du voile que l’on enlève afin que la vérité soit exposée à tous ceux qui veulent bien la regarder. Il y avait aussi ce verbe : dissemble, le substantif : the dissembler. C’est-à-dire quelqu’un qui prétend être autre que celui qu’il est réellement. : un dissimulateur, un hypocrite. Ce qu’il prétend est faux et son but n’est pas uniquement de se cacher mais aussi de léser d’autres personnes pour en tirer profit. J’aime bien dissemble, formé comme ressemble, mais le préfixe dis marque la distance.

« L’instant de vérité » a-t-il un rapport avec l’épiphanie de Joyce, ou bien simplement avec ce que certains appellent le moment d’illumination lorsqu’ils ont subitement une sorte de vision qui pour certains a été révélation ? Pour ma part, j’ai eu une sorte d’illumination, un jour, qui ne m’a rien appris mais m’a simplement donné un aperçu de la vision que j’avais alors que j’étais bébé. J’ai aussi eu des moments assez gris où j’ai compris qu’il n’y avait pas de communication possible avec telle ou telle personne.

Se pourrait-il que l’ instant de vérité ait en fait été trompeur ou le soit parfois ? C’est d’ailleurs le ressort de certaines fictions : le lecteur croit parfois avoir compris le nœud de l’affaire, et se rend compte plus tard que c’était plus compliqué que ça, et qu’il y avait encore un nœud qui compliquait l’affaire. Plusieurs ressorts qui chaque fois augmentent l’intérêt du lecteur, des accroches de plus en plus puissantes qui le feront parfois reprendre l’œuvre depuis le début, revoir le film si c’en était un.

Vendredi 16 mars 2018

Philippe Claudel déclare ne pas faire de plan. Il a toujours un couteau avec lui, une sorte d’opinel, datant de la guerre de 14-18. Il appartenait à son grand-père. Le nom de ce couteau est onomatopéique, rappelant le bruit qu’il fait en s’ouvrant, quelque chose comme crac, ou traac. Le couteau est un outil d’artisan qui peut servir à ouvrir un manteau pour le partager ou couper le pain. Quand il est écrit, le couteau est important pour lui, il veut trancher pour trouver la vérité. Qu’est-ce qui est le plus important pour moi dans mes histoires ? La vérité, d’une certaine façon.

Première édition de Flaubert’s Parrot par Julian Barnes

Lire la suite

Mes images de l’Esplanade à Strasbourg

Lorsque j’avais une dizaine d’années, le quartier de l’Esplanade à Strasbourg était en construction sur le site des anciennes casernes militaires datant de l’occupation allemande, qui elles-mêmes avaient été bâties là où se situait autrefois l’ancienne citadelle de Vauban. Je me souviens particulièrement des fragiles peupliers qui s’élevaient sur l’avenue du Général de Gaulle. La plupart d’entre eux n’ont pas survécu à la tempête de 1999 et à l’orage de 2001. (Vidéo de l’INA)

Les bâtiments de l’université étaient également neufs ainsi que les grands blocs résidentiels qui encadraient l’avenue. Ces jours-ci, l’université abrite plusieurs chantiers et j’ai lu récemment qu’il existe un projet de remodelage du quartier.



Le quartier de l’Esplanade, 2007 par Jonathan M (Wikimedia Commons)

Lire la suite

Page 1 sur 4

Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

  Politique de confidentialité | Déclaration de confidentialité