Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Une nouvelle: Salon avec poupée et Hannah

Hannah était installée dans le salon, plus proche de la cuisine et des toilettes que sa chambre habituelle. Cela faisait une semaine qu’elle était alitée, souffrant de petites fractures au niveau du bassin, et de deux côtes cassées. Sa mère, sous sa direction, avait disposé quelques chaises qui lui servaient de relais entre la cuisine et sa couche de fortune pour poser un plateau ou un verre d’eau et arriver à les amener jusqu’au petit meuble qui lui servait de table de chevet. Elles avaient ressorti les béquilles qui lui avaient déjà servi lors d’une opération à la cheville. Hannah ne se sentait donc pas tout à fait impuissante, dépendante de sa mère. Celle-ci, de toutes les façons, devait aller travailler en journée et c’était aussi bien, se disait Hannah.

Mais maintenant on en revenait au même problème: comment allait-elle trouver du travail? Dans son état actuel, il n’y avait aucune possibilité de se rendre à un entretien d’embauche. Elle allait être invalide pendant plusieurs semaines.

Elle regarda autour d’elle et vit dans un coin de la pièce, une étrange figure, mi-souriante mi-effrayante, assez kitsch. Posée sur une vieille enceinte de chaîne hi-fi qui n’avait plus servi depuis des années, une poupée empoussiérée avec en arrière-plan, le haut d’une tige de chatons toute aussi empoussiérée. C’était une poupée figurant une mariée en robe blanche qui paraissait plutôt grise en l’occurrence. Ignacio, un ami de ses parents, décédé depuis, la lui avait offerte lorsqu’il vivait encore à Strasbourg, il y avait au moins quinze ans. Elle en avait été ravie à l’époque. Elle lui rappelait certains personnages féminins de mangas et de dessins animés.

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Lire les regards entre personnages

En feuilletant le manuel d’anglais Your Way de 1ère, j’ai trouvé trois extraits de romans qui contenaient chacun une description de visage ou plus précisément de regard, et plus précisément encore de la lecture qu’en fait le personnage qui fait face à ce regard. J’en ai extrait les trois citations suivantes et les ai traduites, espérant qu’on me le pardonnera puisque ce sont des extraits très courts.

Revue Moda Noua n° 23, juin 1904
Bibliothèque digitale de Bucarest

Des regards qui informent sur celui qui regarde

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Lire et rêver des Épaules de Darwin à la Partie d’Échecs

Comment nous lisons et rêvons le monde : Jean Claude Ameisen

Ce matin, j’ai repris ma lecture du livre de Jean Claude Ameisen, Sur Les Épaules de Darwin – Les Battements du Temps (2014 chez Actes Sud) et j’en suis à l’article « Détisser les mailles de l’univers » du chapitre sur la mémoire et le sommeil. J’y ai trouvé un fait que je ne connaissais pas : les baleines et les dauphins ne dorment pas totalement. Une partie d’eux reste éveillée en permanence. Celle-ci leur permet d’éviter les obstacles, en particulier. Cela se passe en deux phases qui alternent puisque c’est d’abord une moitié du cerveau qui fait le travail pendant que l’autre moitié dort, puis c’est l’inverse qui se passe.

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Une nouvelle: le Tableau du Temps

Double inspiration aujourd’hui pour l’écriture de ce petit texte de fiction: d’une part la suggestion « de l’inconnu de soi-même vu par un.e autre » dans l’atelier d’hiver du Tiers-Livre, d’autre part la suggestion « écrire une nouvelle à partir d’un tableau » du forum Zodiac.

Le Tableau du Temps

Da Ponte. Les Fileuses. Atelier de Jacopo Bassano [Public domain]

Assise dans le salon, elle leva son regard vers le tableau du grand-père, l’arrière-grand-père à vrai dire. Mais on disait toujours le tableau du grand-père. Ce devait être un souvenir de ce qui se disait du temps où son père vivait. D’ailleurs, il ne l’avait pas connu, son grand-père. Il était né bien après la mort du premier. Ce tableau datait de 1900 à peu près. Il était l’œuvre d’un maître local dont elle ne se souvenait plus du nom.

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Nathaniel Hawthorne, un écrivain solidaire des femmes

Je ne sais si c’est l’actualité ou mon histoire, ou celle de la plupart des femmes, mais je pense à Nathaniel Hawthorne (1804 – 1864) et à l’un de ses romans The Scarlet Letter  (1850): La Lettre Écarlate en français.


Photographie de Nathaniel Hawthorne
par Mathew Brady – Library of Congress, Public Domain

Cet auteur m’a toujours paru extraordinairement sympathique, peut-être car je lui suis reconnaissante d’avoir manifesté une certaine solidarité pour les femmes, cette solidarité qui a cruellement manqué au fil des siècles sur toute la planète. Si les Français connaissent relativement peu cet auteur contemporain de Melville, il est considéré aux États-Unis comme un des plus grands romanciers américains. Nathaniel Hawthorne était le descendant d’un des juges qui avaient officié lors du célèbre procès des sorcières de Salem et le seul parmi eux qui n’avait jamais manifesté de regrets.

Ressentant de la culpabilité à la place de son ancêtre, Hawthorne a tenté d’une certaine façon de payer sa dette héritée en écrivant ce roman et d’autres romans et nouvelles où il a peint le puritanisme dont il a dénoncé l’hypocrisie et l’intransigeance.

La Lettre Écarlate

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Et personne pour rêver d’écriture

Je vais partir d’une phrase de Onze Rêves de Suie (2010) de Manuela Draeger qui fait partie de la même communauté d’auteurs qu’Antoine Volodine :

« Et personne. »

Onze Rêves de Suie (2010) par Manuela Draeger

Elle est dans le texte « Les Adultes » que je n’ai pas encore lu. Je vais commencer à écrire à partir d’elle. Je ne pense pas que ce que j’écrirai aura des résonnances avec le texte de Manuela Draeger, mais qui sait ? J’ai déjà lu une trentaine de pages de ce livre, donc il aura forcément une certaine influence sur ce que je vais écrire.

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Entends-tu mes mots?

Je m’inspire d’une phrase tirée du livre de Thomas Pynchon, Vineland (1990), traduit de l’américain par Michel Doury :

Prairie s’engagea là-dedans comme une petite fille dans un château hanté, conduite de pièce en pièce, de feuillet en feuillet, par la blancheur périphérique, le murmure pressant, du fantôme de sa mère. Elle n’ignorait pas à quel point l’ordinateur peut être littéral – même les espaces entre les signes comptent -, elle se demandait si les fantômes le sont de la même façon.

Vineland par Thomas Pynchon, traduit par Michel Doury
Entends-tu mes mots?
Céline Roos montre le livre traduite en français, Vineland de Thomas Pynchon, traduit par Michel Doury.

Histoires de mots en cinquante-cinq mots et moins

Les mots qui fâchent

D’après Stephen King, il ne faut pas avoir peur d’écrire les mots qui fâchent, de se faire des inimitiés dans la société. Moi, j’avoue que j’en ai peur. Mais parfois mes mots fâchent et je ne sais pas vraiment pourquoi. A posteriori, je fais des suppositions mais ne suis jamais sure d’avoir trouvé la raison.

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Le Café des Joueurs d’Échecs

Une pendule au mur scande doucement le temps au-dessus des petits pas précipités des blattes ou de souris. Les fenêtres sont aveuglées par de lourds rideaux de fer. La machine à café éteinte a été nettoyée mais l’odeur du café subsiste, parmi celles de la poussière et de la promiscuité. C’est au matin seulement que Maia ou Bruno viendront passer une serpillère, aérer et tenter de rendre l’endroit assez propre pour accueillir la clientèle. Les derniers clients partis, la serveuse a rapidement fait la vaisselle, nettoyé les tables, fermé sa caisse avant de baisser les rideaux avec l’aide d’un habitué, puis a fermé la place avant de marcher vers son meublé, rue du Prince Arthur.

The Game of Chess par Lucas van Leyden (Domaine Public)

Dans la matinée, la porte de la grande salle s’ouvre et une jeune femme, la trentaine, apparaît. Son pas est énergique mais l’on y sent le poids des responsabilités et son propre poids aussi car elle est un peu massive. Elle traverse la pièce, pose son sac et sa petite veste, retraverse la pièce pour remonter les rideaux de métal et la lumière envahit l’espace laissant apparaître des rayons de particules de poussière flottant en diagonale. Maia ne s’occupe pas encore du ménage mais aère en ouvrant toutes les fenêtres et les portes avant et arrière. Elle commence par s’occuper de la caisse, compte l’avoir et retire de l’argent, prenant soin d’en replacer suffisamment pour que le prochain employé au comptoir puisse fonctionner, s’affaire avec un cahier de comptes, vérifie le stock de boissons, prend note de ce qu’il va falloir commander ou acheter. Lorsqu’elle a terminé cette partie de son travail, elle range un ensemble de papiers et l’argent dans son cabas et remplit un seau d’eau chaude, puis remonte toutes les chaises sur les tables. Elle nettoie ensuite le sol après avoir balayé la salle. Maia s’assure que tout est parfait pour l’arrivée des clients dans l’après-midi, qu’elle a bien pris ses comptes et la liste de commandes. Elle range les accessoires de nettoyage, referme les fenêtres puis sort après avoir fermé les deux portes et laissé un local accueillant pour la prochaine après-midi de jeu et de rafraîchissements au café des joueurs d’échecs. Les clients qui l’aperçoivent à l’occasion derrière le comptoir la connaissent peu, ils la trouvent assez peu communicative, ils se posent parfois des questions à propos de son lien avec le patron mais ne lui parlent pas trop non plus. Elle n’est pas une joueuse d’échecs et ne peut pas comprendre ce qui se passe là.

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Nouvelle vidéo : troisième épisode

Et oui, je suis dans une période de procrastination et je n’arrive pas à écrire cette nouvelle à tiroirs, qui s’écrit pourtant petit à petit, au fur et à mesure de ces notes et vidéos.

J’ai donc finalement décidé de mettre en ligne une vidéo créée il y a quelques jours, qui donnera un certain éclairage à la nouvelle finale.

Voici donc une nouvelle en vidéo : Last Call ! « Last Call » en anglais, c’est la dernière chance de pouvoir faire quelque chose. À l’heure de la fermeture d’un bar, c’est la dernière boisson que vous allez pouvoir commander avant la fermeture.

Au café des joueurs d’échecs, à la fermeture…

Petit rappel des premiers pas dans cette aventure de nouvelle à tiroirs, genre hybride

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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