Les rues de la ville ronflent à nouveau du passage des voitures et bicyclettes et les machines et les ouvriers ont repris leurs travaux. Au passage alors que je me dirigeais vers le marché, j’ai entendu une conversation à propos de la rentrée avancée d’un enfant dans son école. Les gens se sont revêtus à nouveau de leurs tenues de ville. Pour la première fois, je n’ai pas à me remettre dans l’esprit adéquat mais je pense à mes anciens collègues qui feront vendredi leur pré-rentrée. J’ai pensé à chercher dans mes vieux cahiers ce que je disais à l’époque où cela m’avait inspiré quelque écrit.

Life is Hell par Matt Groening

Le 25 août 2008, j’écrivais ce qui suit :

Le lendemain peut inspirer de l’angoisse. Est-ce un signe de l’âge ? Adolescente, je rêvais au lendemain avec excitation. Aller ailleurs, voir des lieux et des paysages nouveaux, rencontrer et observer des personnes inconnues, tout était source d’enthousiasme.

En 2017, je n’ai pas écrit entre le 23 août et le 27 septembre, trop occupée probablement par la construction de mes classes mais le 23 août, j’avais inventé un dialogue fictif en salle des professeurs que je retranscris ici.

Un matinée en salle des profs

Trois enseignants sont assis dans la salle des professeurs du lycée technologique. Il s’agit d’une petite salle très haute de plafond avec plusieurs tables accolées au centre, laissant peu d’espace de passage autour. Ses murs sont encombrés de plusieurs meubles à casiers, d’une photocopieuse, une machine à café et sur le côté droit deux ordinateurs. Heureusement, elle est éclairée par trois grandes fenêtres dont l’une donne sur un parc.

Mme Dorset entre dans la pièce et s’adresse à chacun pour lui dire bonjour.

– Bonjour, en forme ? 

Florence la trouve un peu fatiguée, mais ils le sont tous en cette période de conseils de classe et d’examens blancs. Certains élèves sont particulièrement énervés, ce qui n’aide pas. Elle-même gère soigneusement sa fatigue pour ne pas craquer.

Alice, sa collègue angliciste est en train de corriger des copies, ce qu’elle-même ne fait que rarement en salle de professeurs, préférant pour cette activité pénible le calme de son appartement. Dans le couloir, l’on entend subitement des éclats de voix, des rires aigus d’adolescentes, puis des exclamations gouailleuses suivies d’échanges dont l’intensité s’amplifie jusqu’à ce qu’un garçon crie réellement. Il est question d’un portable qu’un jeune aurait pris à un autre. Sans se concerter, les quatre professeurs présents décident de ne pas intervenir.

Florence s’adresse avec un sourire à Mr Dreyer.

– Ils sont en forme, eux aussi, ce matin ! 

– Oh ! Il faut bien qu’ils se défoulent un peu !

Sa mine ironique dément ses propos.

Mme Dorset prend la parole :

– Vous connaissez Bakri, de 2de C ? Il faut que je vous raconte ce qu’il a fait hier ! Vraiment, je n’en peux plus ! Certains… on se demande vraiment pourquoi ils viennent !

– Oui, je le connais. C’est mon élève aussi. Qu’est-ce qu’il a encore fait ? répond Alice.

– Pendant l’examen blanc, il n’a pas cessé de râler, disant que le sujet donné n’était pas dans le programme, qu’ils n’avaient jamais étudié ça en classe ! Il a d’abord refusé de travailler et il refusait de se taire. Il a même essayé de pousser les autres élèves à refuser de faire l’exercice ! 

– Alors, qu’est-ce que tu as fait ? 

– Je lui ai dit d’écrire et que s’il ne se taisait pas, je lui demandais de sortir. Mais il a refusé de sortir. Qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là ?

Florence dit :

– Dans ce cas, je lui donne trois secondes pour commencer à travailler ou sortir, sinon j’appelle un agent de la vie scolaire pour qu’il vienne le chercher. 

– Oui, tu as raison, il faut être ferme. Finalement, il est retourné s’asseoir… 

– Parce qu’il s’est levé, en plus ?

– Oui, il s’est avancé vers moi. Un moment, je me suis demandé si je devrais avoir peur. Je ne pourrai pas faire ce métier encore vingt ans !