Quelques soucis de santé plus (mon chat) ou moins (moi) importants m’ont envahi l’esprit cette semaine. N’étant pas capable d’écrire, je vais utiliser des extraits d’autres auteurs pour créer cet article.

La langue crée le personnage

19/11/2019. Je feuillette Reading Shakespeare’s Dramatic Language ; A Guide de la série Arden Shakespeare (2001) et particulièrement l’article « Style, rhetoric and decorum » par Lynne Magnusson.

p. 28, à propos de Shylock :

« […] the cautious sizing up of a man’s words and assets suggested by Shylock’s repeating of what Bassanio says – the langage ‘fits’ or, indeed, creates the speaker. »

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« […] Here, without questions, schemes of repetition are not primarly ornemental but have a clear dramatic function in bringing out the plurality of the play’s voices. »

Ma traduction :

« […] lorsque Shylock répète ce que dit Bassanio, il semble évaluer les mots de l’homme et ses atouts : la langue convient au locuteur ou, en fait, le crée. »

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« […] Sans conteste, ici, les schémas de répétition ne sont pas avant tout ornementaux mais ont clairement la fonction dramatique de faire ressortir la pluralité des voix de la pièce. »

Magnusson fait remarquer l’opposition entre les paroles typiques d’un noble de Bassanio et celles plus prosaïques, prudentes et calculatrices de Shylock. Quant aux répétitions de segments de phrases de l’un à l’autre personnage, elles permettent encore une fois de poser le personnage de Shylock. Le style, la couleur de ses phrases et mots ne font pas qu’aller au personnage. Elles le créent aussi, elles le construisent.

Amour, Colère et Folie de Marie Vieux-Chauvet

22/11/2019. Voyons pour une idée d’écriture à la page 56 de Amour, Colère et Folie (1968, 2005) de Marie Vieux-Chauvet :

« Sa ruine, il l’avait due plutôt à l’idée fixe de devenir un jour chef d’État. »

Une idée fixe, relativement déraisonnable, qui a entraîné des dépenses inconsidérées pour son foyer et qui l’a ruiné. Combien d’entre nous s’embarquent-ils ainsi dans des lubies ? Ce ne sont pas toujours des lubies qui les mènent jusqu’à la pauvreté. J’ai aussi eu, dans certaines périodes de ma vie, des habitudes qui me ruinaient à l’époque, mais je ne pouvais pas perdre grand-chose puisque j’étais déjà pauvre.

Le Réalisme Magique

27/11/2019. Hier soir, j’ai lu un article intéressant de David Lodge à propos du réalisme magique. Il s’appuyait sur un texte de Milan Kundera tiré de son roman Le Livre du rire et de l’oubli (1979) : extrait de l’envol de Paul Éluard. Ce qu’il disait est que les écrivains de réalisme magique ont vécu dans des pays qui ont connu des tourmentes ou bien ont eux-mêmes connu des bouleversements douloureux dans leur propre vie. Ne pouvant les représenter dans un discours de réalisme sain (undisturbed), ils choisissent le réalisme magique.

Cela recoupe l’idée que j’avais recopiée  :

« Un des attributs des écrits postmodernes (traduit d’une page dont je n’ai pas l’auteur et que j’ai sur mon disque dur): un refus du sérieux ou un amoindrissement du sérieux ou une problématisation du sérieux — à l’aide de procédés tels que la notion de carnaval ou le renversement de toute chose, et par l’usage de la parodie, du jeu, de l’humour noir et de la satire. Ce refus et ces façons de minimiser le sérieux sont associés aussi bien avec la fragmentation démantelée puisque les notions traditionnelles de cohérence narrative sont remises en question. Le problème du sérieux est qu’il n’accepte pas le désordre nécessaire à l’exposition de l’oppression et de la répression des narrations maitresses. En fait, le sérieux tend de façon presque inévitable à les renforcer avec les idéologies qu’elles véhiculent. Attaquer le sérieux ne signifie pas dans ce contexte abandonner toute conviction ou bonnes intentions. »

Poème à la nuit

2/12/2019. J’ai trouvé cette belle citation sur le net :

Tourné attentivement vers ce qui apaise,
je me suis résolu à la nuit intacte,
mes sens se sont écoulés de moi
et le cœur indiciblement en est multiplié. 

Rainer Maria Rilke, Poèmes à la nuit,
Verdier, Lagrasse, 1994, p. 61.
Traduction de Gabrielle Althen et Jean-Yves Masson.

La punition des dieux

5/12/2019. « Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. » Oscar Wilde

La perte

4/01/2020. Trouvé une citation au début de Stanze (1992) de Giorgo Agamben :

 Or la perte, pour cruelle qu’elle soit, ne peut rien contre la possession : elle la complète, si l’on veut, elle l’affirme : elle n’est, au fond, qu’une seconde acquisition – tout intérieure cette fois – et tout aussi intense. 

Rainer Maria Rilke (1920)

Et cette seconde acquisition n’est-elle pas violation d’une certaine manière ? Avons-nous le droit de nous approprier, dans le cas du deuil d’une personne, cette personne plus ou moins aimée que nous avons perdue ? Je me suis déjà posé cette question.

Le roman – le moi

11/01/2020. Je vais noter une phrase qui m’a frappée dans l’article « Motivation » de The Art of Fiction (1991- 2) de David Lodge. En passant, l’extrait de Middlemarch (1871 – 2) de George Eliot cité en introduction de cet article est délicieux. Voici la phrase en question :

« The novel, […], can offer us more or less convincing models of how and why people acts as they do. Postmodernism and poststructuralism have deconstructed but not demolished the Christian or liberal humanist ideas of the self on which this project is based – the unique, autonomous individual responsible for his or her own acts. We continue to value novels, especially novels in the classic realist tradition, for the light they throw on human motivation. »

Ma traduction :

« Le roman, […], peut mettre à notre disposition des modèles plus ou moins convaincants de la façon et des raisons pour lesquelles les gens agissent comme ils le font. Le postmodernisme et le post-structuralisme ont déconstruit mais n’ont pas démoli les idées chrétiennes ou humanistes et libérales à propos du moi sur lequel ce projet est fondé : un individu unique et autonome responsable de ses actes. Nous continuer à apprécier la valeur des romans, et particulièrement des romans réalistes pour l’éclairage qu’ils apportent aux motivations humaines. »