Céline Roos

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Deux courtes histoires commençant par la fin

Voici deux histoires très courtes commençant par la fin: l’une est liée au jeu d’échecs, l’autre a pour thème une avancée scientifique du futur et ses conséquences éventuelles. J’ai l’impression que je vais encore exploiter ce deuxième thème dans d’autres nouvelles. Il me semble bien fécond.

Gribouillis par Céline Roos

La débâcle des idiots

Épilogue : C’est ainsi que le roi se trouva attaqué en diagonale par la dame tant haïe. Sans issue de secours, ni aide de ses vassaux trop empêtrés pour pouvoir s’interposer ou éliminer l’impudente, il dut s’avouer vaincu.

Histoire : Si nous voulions expliquer ce court désastre, nous pourrions imaginer un match de boxe où l’un des combattants, voulant peut-être impressionner le public, se camperait sur le ring en tambourinant sa poitrine puis adresserait ses bras aux cieux comme pour déclarer sa propre victoire, avant de s’écrouler, abattu d’un coup sec par son adversaire.

Car c’est bien ainsi que se déroula la partie d’échecs la plus courte du monde, un record qu’il sera à tout jamais impossible de battre.

Que ce soit pour afficher son mépris du joueur aux pièces noires ou encore jouir de son propre esprit innovateur, le pion blanc situé devant le fou du roi s’avança d’une case. Ce faisant, il contrevenait à l’usage, occupant une case classiquement dévolue au cavalier du roi. Les noirs ne se laissèrent pas démonter par cette irrévérencieuse avancée, laissant au blanc le soin de régler leurs broutilles entre eux. Le pion du roi noir progressa de deux cases.

Grisés par leur audace, les Blancs ripostèrent immédiatement (encore que les observateurs ne prirent pas la peine de noter le temps de réflexion de l’audacieux subalterne) : le pion du cavalier du roi blanc s’en fut en avant de deux cases.

« Made it, Ma ! Top of the world ! », sembla-t-il s’écrier à l’instar de James Cagney avant que la mamma du camp adverse vienne justement le côtoyer, sur la bande, et dévisage le roi blanc de son regard mortel.

Une variante du mat de l’idiot

2050, l’année de la libération

Elle avait trente-trois ans. L’âge du Christ, disait-on, à sa mort. Elle avait trente-trois ans et moins d’un an à vivre si elle se fiait à l’estimation biogénétique qu’elle avait reçue immédiatement après avoir cliqué « oui » à la question « voulez-vous le savoir ? »

Choc, stupeur d’abord, gorge étranglée. Puis, deux, trois jours dont elle ne se souvenait même plus. Mais maintenant cela allait. Elle se sentait plutôt libre. Une quantité de possibilités s’offraient à elle.

Devait-elle continuer à travailler ? Ou, au contraire, faire tout ce qu’elle voulait, cette année ? Elle avait assez d’économies pour bien vivre un an. Mais si leurs calculs ne marchaient pas ?

Non, ce n’était pas possible. Ils ne feraient pas ça : divulguer à tout le monde la date de leur mort, sans en être sûrs. Ils disaient que leurs calculs étaient principalement basés sur l’ADN et qu’ils avaient vérifié depuis des années, des décennies même l’exactitude de leurs prévisions. Selon eux, elles étaient fiables à 97 %.

En 2050, le 1er juillet, ils avaient révélé le grand secret et, sous la pression d’elle ne savait pas trop quel groupe, avaient donné à chacun le choix de savoir, d’attendre ou de décliner l’offre de connaître son espérance de vie.

Confiante en son propre avenir, elle avait accepté. Voilà, elle avait été servie : maintenant, elle savait. Pourtant, si elle était dans la marge des 3 %? Il y avait toujours cette question à se poser. Ou non.

Elle décida d’expérimenter la belle vie. Elle se fit porter pâle au travail et puis, sans se soucier de se faire inspecter, elle s’adonna à tout ce qui la tentait : en journée, piscine ou salons d’art. Elle assista à des ateliers d’impro. Le soir, repas au restaurant avec tout ce qu’elle aimait : plats de fruits de mer, desserts glacés, boissons exotiques avant le théâtre ou la danse. Elle dragua un peu, ne but pas parce qu’elle n’aimait pas trop l’alcool, mais se grisa quand même.

Finalement, elle se calma et commença à écrire et à parler avec ses amis. Elle ne leur dit pas ce qu’elle avait appris. Elle aurait eu l’impression idiote de frimer comme si la nouvelle était excellente parce que, en fait, elle se sentait subitement terriblement heureuse.

Elle avait à présent le droit de vivre comme si c’était son dernier jour ! 2050 avait été l’année de sa libération.

Quelques liens internes en rapport avec les thèmes de ces mini-nouvelles

Mini-histoire loufoque débutant par l’épilogue

Une mini-nouvelle: la case échecs

Aller-retours temporels

Une nouvelle: Professeur Lumière, IA

Professeur Lumière, IA est pourtant déterminé. Voir la nouvelle : Professeur Lumière, IA invaincu

Le temps de la réflexion : Professeur Lumière, IA vers Cybintel

Comment pense-t-il donc ? Où l’on accède à des bribes authentiques de la « pensée » du Professeur Lumière, IA

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  1. Claude Duplessis

    Deux nouvelles agréables à lire.
    Merci !

    • Céline Roos

      Merci beaucoup, Claude Duplessis!
      J’ai bien aimé les écrire aussi.

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