Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Du Livre comme Produit Commercial

En guise d’inspiration, j’ai trouvé un exercice d’écriture trouvé dans un livre d’anglais de BTS tertiaires. Je le traduis ici :

Travaillez en groupes de 6 plus un modérateur.
La tâche : analysez votre manuel d’anglais en utilisant les critères suivants.
1) aspect : couleur, taille, poids, couverture
2) utilité : – table des matières ; – chapitres, divers types de pages ; – trouver une information précise est plutôt/ très / extrêmement … facile / difficile
3) contenu : – niveau (assez / très / trop … facile / difficile) ; – pages de vocabulaire ; – pas assez de … / trop de … (articles, matériel audio, liens internet, propositions d’activités, etc.)
4) éléments manquants
Faites ensuite une synthèse que vous communiquerez à la classe.

Du livre considéré comme un produit commercial, les étudiants étant les consommateurs sollicités pour l’évaluer de façon quantitative et qualitative ! Évidemment, en toile de fond, le but principal de l’exercice est de mettre les étudiants en situation de pratiquer la langue qu’ils apprennent.

Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Alors, qu’est-ce qui me fait réagir dans cet exercice ? Car dans le fond, il est vrai que les étudiants ont beaucoup de livres à acheter et cela représente un budget conséquent pour eux. Mais une petite part de moi est choquée quand même à l’idée d’assimiler le livre à tout autre produit commercial dont on pourrait jauger les caractéristiques physiques et utilitaires.

De plus, je me rappelle avoir eu récemment une discussion avec une amie sur Facebook, une discussion qui traitait en quelque sorte de l’art pour l’art ou pour quelque but. Elle mentionnait la préoccupation du véritable artiste qui ne se préoccupe pas de ce que le lecteur ou le public va penser de son œuvre, car il a une idée maîtresse. Il va dans une direction, il poursuit son chemin et tente de renouveler l’art. Mon vocabulaire est preuve que je ne suis pas de la même trempe. Je suis un petit artisan, à la limite.

Mais surtout, j’ai à peu près toujours tenté d’être utile dans la vie, dans les fonctions que j’ai assumées et je ne pensais pas que je pourrais aujourd’hui accepter de ne plus l’être. Cela me fait d’ailleurs penser à Diderot qui se réclamait aussi de cette utilité (pour lui dans le sens moral, pour moi aussi peut-être).

Rendre la vertu aimable, le vice odieux, le ridicule saillant, voilà le projet de tout honnête homme qui prend la plume, le ciseau ou le pinceau. »

Diderot, Essais sur la Peinture (1766), p. 501

Et, pour être honnête, je veux probablement que mes écrits me servent aussi. En guise d’amusement, je vais m’imaginer présenter mon prochain livre de cette façon qualitative et quantitative. Qu’est-ce que cela donnerait ?

Analyse du recueil de nouvelles En Passant, par Céline Roos. Ce recueil de nouvelles comporte un sous-titre : Tribulations au Canada et en Europe dans les mondes des échecs, de la vente et de l’enseignement.

L’aspect 

Taille : 20 cm x 13 cm x 1,5 cm. Poids : 180 g.

Couverture avant: couleur de fond jaune ocre délavé, image dans la partie supérieure de teinte générale rouge orangée. Couverture arrière : couleur de fond jaune ocre délavé, petite photo de l’auteur, texte présentant le contenu.

L’utilité

Table des matières : oui, une vingtaine de titres de textes et de nouvelles sont listés sous quatre sections : Grenoble, Montréal, France Échecs, France Éducation

Chaque nouveau texte et chaque nouvelle débute sur une nouvelle page.

Textes de fiction, peut-être légèrement autobiographiques si l’on en juge par la présentation de l’auteur en dernière de couverture

Il n’y a pas de liste de vocabulaire, mais certains mots dans certains textes renvoient à des notes de bas de page. Il n’y a pas d’images ni de photos dans les pages. Il n’y a pas de propositions d’activités, ni de liens internet. Il n’y a pas de CD audio.

Les manques

L’auteur n’a pas clairement établi la finalité de ce livre.

L’auteur ne s’exprime pas de la même façon d’une nouvelle ou d’un texte à l’autre. Le lecteur ne retrouve pas dans ce livre ce qu’il attendrait d’un manuel scolaire, ni d’un livre de référence, ni d’un ouvrage pratique. Il ne comprend pas si ce livre lui servira à passer des examens, à mieux vivre ou à opérer une nouvelle reconversion. S’il ne s’agit que de fiction, le lecteur devra s’accommoder de l’expression hésitante d’un écrivain débutant.

Le recueil de nouvelles En Passant, par Céline Roos, n’existe pas encore.

Précédent

Le Café des Joueurs d’Échecs

Suivant

Histoires de mots en cinquante-cinq mots et moins

  1. Daniele

    Très drôle. J ai qd même appris deux mots (que je ne maîtrise pas vraiment) blitz et en passant. En revanche kibbitz c est quoi ds le monde des echecs ? Pour moi ce sint des vanneaux huppés .

    • Céline Roos

      Blitz: ce sont des parties à cadence très rapide, chaque joueur n’a que 5 minutes à la pendule
      « en passant »: c’est une particularité de la marche du pion, en fait de la prise: si le pion est deja avancé sur la rangée 5 pour les blancs, sur al 4 pour les noirs, il peut prendre un pion adversaire sur une colonne adjacente, si celui-ci se permet d’avancer avec le coup de 2 cases
      kibbitz: c’est un observateur bavard d’une partie d’échecs (terme provenant du yiddish)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

  Politique de confidentialité | Déclaration de confidentialité

%d blogueurs aiment cette page :