Il m’arrive de me poser des questions pour ensuite y répondre quelques jours ou quelques mois plus tard. Ainsi, il y a six mois, je répondais à une question que j’avais posée un an plus tôt : « Quelle est la façon la plus directe de progresser en écriture ? »

Je me donnai alors les conseils suivants : pratiquer sans cesse et ne pas hésiter à corriger ses fautes. Pour cela, il faut tenter d’être objectif et peut-être d’accepter les critiques des autres. Il me faut enrichir mon vocabulaire, m’enrichir des formules heureuses trouvées chez d’autres écrivains. Penser plus profondément à la composition de mes textes, aux voix narratives. M’attacher à tenter de créer des personnages qui ne me ressemblent pas.

Et puis, je me demandai si j’étais vraiment bien placée pour répondre à cette question. Avais-je progressé depuis que j’avais commencé à écrire régulièrement ? Quels pourraient être les critères qui permettraient de jauger cette progression ?

Aujourd’hui, le 19 septembre 2019, je vais rebondir sur ma tentative de réponse du 21 février.

Un point à propos duquel je ne crois pas avoir vraiment écrit est celui de la sonorité, du rythme sonore de mes phrases. Dans les traités de langue anglaise à propos de fiction ou même d’autres types de textes tels que des discours politiques (me vient immédiatement à l’esprit le talent d’orateur de Martin Luther King), un des critères est justement lié aux assonances, aux alternances ou répétitions de voyelles longues et brèves car, en anglais, certaines syllabes sont plus accentuées que d’autres, cet effet étant en relation avec le type de voyelles que les syllabes comportent. En français, mais je m’y connais moins, il me semble que les syllabes sont toutes de même longueur et de même intensité. Je ne parle pas ici de poésie ou le rythme et les assonances sont cruciales; ma culture est trop pauvre dans ce domaine.

Je me dis que je dois reprendre mon habitude de m’enregistrer et m’écouter lisant mes textes. J’ai une assez bonne oreille et cela me permettrait de repérer des maladresses pour les corriger.

Je suis persévérante dans mon intention de poursuivre de façon assez régulière la publication de nouveaux articles pour enrichir mon blog. Pourtant, une petite voix malicieuse me suggère que cette persévérance ressemble plus à de la persistance dans l’erreur de vouloir publier à tout prix avant que mes écrits aient été validés par une autorité experte.

Car c’est bien ce qui se passe lorsqu’un texte est envoyé à un éditeur. Le fait qu’il accepte de vous éditer est déjà une certaine consécration. Ceux qui publient eux-mêmes leur blog n’attendent donc pas cette consécration, par manque de patience et/ou de persévérance dans l’effort ou encore par dépit leurs manuscrits ayant été rejetés plus fois ou encore par manque de foi en les autres et en eux-mêmes.

Foi en soi-même : croire que l’on atteindra réellement un jour la qualité d’écriture nécessaire, que l’on saura imprimer un style original, faire entendre une voix nouvelle. Compte-tenu du gigantesque nombre d’aspirants écrivains, croire que l’on saura s’élever au-dessus de la masse relève d’une certaine mégalomanie.

Foi en les autres : apparaît alors la facette cynique de celle qui écrit, qui ne possède aucun des attributs qui pourraient la rendre vendable ou rentable. Quand bien même elle réussissait à se faire publier, comment faire pour que ses livres restent sur les rayons des librairies plus de quelques semaines ?

Il reste la foi que ce blog puisse constituer en lui-même une certaine œuvre ayant vocation à mûrir, s’enrichir, s’améliorer, prospérer.

Mais un petit pincement, un tic vient troubler le visage serein du lecteur bienveillant. Prospérer ne relèverait-il pas du registre commercial, bien éloigné de la littérature ? Qui donc prospère, si ce ne sont les commerçants, les entrepreneurs, les financiers, à la rigueur les pays, les familles ? Pourtant la création d’un blog est bien une entreprise ce qui ne veut pas dire que celle-ci ait une vocation commerciale. Ce qui ne l’interdit pas non plus, soit.

Donc prospérer : s’il lui arrive de prospérer, il y en aura des signes. Quels seraient-ils ? Des commentaires de lecteurs, une augmentation du nombre de lecteurs ? D’abord plus d’articles qui apporteraient un contenu neuf.

Les deux thèmes principaux de ce blog étant la lecture et l’écriture, ce sont donc des articles nouveaux traitant de textes littéraires et également des textes de fictions créés par l’auteur qui devront augmenter en nombre et en qualité. Et puis, il y a la dimension de la rêverie car le logo du blog est bien « Lire Écrire Rêver ». Parle-t-on ici des rêves de l’auteur ? Les rêveries pourraient aussi être celles d’autres. Voici donc une piste encore peu explorée.