J’ai eu une quantité de dadas, que je n’ai pas poursuivis de manière bien fidèle. Je pourrais citer ma période d’engouement pour le jeu Civilisation sur ordinateur, la comptabilité, les livres (et je pense à la collection encyclopédique des Que-sais-je ? que je trouvais formidable pour m’auto-former au moins succinctement dans certains domaines), le go, (je ne mettrais pas le jeu d’échecs dans cette case puisque j’y ai quand même consacré une trentaine d’années), le yoga, le bouddhisme (qui a fortement teinté ma façon de penser et ressentir), les contacts avec les gens et les animaux (mais ce n’est pas un engouement, c’est partie intégrante de ma vie, même si je suis un peu recluse), la psychologie (en lecture seulement et je n’y ai touché que lorsque je me suis sentie assez mûre car j’en avais peur), la critique littéraire, la théorie de l’énonciation au lieu de la grammaire classique, la didactique et l’enseignement des langues, la littérature bien sûr et aujourd’hui l’écriture, la vie associative (en ce moment, je ne suis inscrite que dans une association qui s’intéresse aux logiciels libres) et le bénévolat (que j’ai un peu pratiqué), l’informatique et j’en trouverai d’autres probablement au fil de mes souvenirs. Mais je ne sais pas.

Tout ce qu’on ne sait pas. Je ne sais pas…

Je ne sais pas ce que pensent les oiseaux, perchés si haut, dans le temps rigoureux.

Albrecht Dürer, hand study,
16th century drawing
(Wikimedia commons)

Je ne sais pas comment font ceux qui ne bénéficient pas de toute l’aide médicale que nous avons ici.

Je ne sais pas combien de temps je vais vivre encore.

Je ne sais pas comment je vais faire pour vivre quatre-vingt-dix-neuf ans.

Je ne sais pas si je le voudrais vraiment. Si, bien sûr !

Je ne sais pas si vous avez vu ce film.

Nous avons appris qu’il fallait être prêt à partir au besoin pour survivre. Je ne sais pas si je serais encore prête.

Je ne sais pas si mes voisines de chambre à l’hôpital vont tenter de me contacter.

Je ne sais même pas si c’est permis.

Au moins ! Je ne sais pas si ce n’est pas plus.

Je ne sais pas si ce n’est qu’une impression.

Je ne sais plus. Je vais me coucher.

Je ne sais pas s’il en est toujours de même aujourd’hui, mais à l’époque, au Canada, nous étions payés tous les quinze jours, en général le jeudi.

Je ne sais pas si ce sont des peurs, des énervements qui ont provoqué cette méchante humeur ou bien si je me suis simplement levée du mauvais pied. La question de l’œuf ou de la poule.

Que sais-je d’elle ? Rien. Je l’invente.

Je ne sais pas pourquoi je n’aime pas trop certains nombres.

Je ne sais pas combien de temps cela va durer.

Je ne sais pas ce qu’elle est devenue.

Je ne sais pas comment cela s’appelle.

Je ne sais pas pourquoi mais…

Mmm…

J’ignore fait plus intellectuel que je ne sais pas. Et c’est une phrase affirmative au lieu d’une négation. Il y a quelque chose de trompeur. De toutes les manières, le mot me semble un peu pédant. Bref, je préfère dire je ne sais pas.

Cela me rappelle un vieil ami qui avouait son ignorance d’une telle façon que nous admirions son humilité. Il nous semblait d’autant plus admirable. Mais nous n’avons pas tous la même grâce.

Le regard d’un chien aux oreilles dressées attendant que vous vous exprimiez clairement. C’est un regard franc et curieux qui vous dit : « je ne sais pas ; explique-moi ! »

Ma main dont je ne sais pas me servir (élucubration fictive)

Ma main est devenue un marteau et si je ne fais pas attention, je vais anéantir ces vies minuscules que je vois sur la page. Les lettres se sont mises à vaciller d’abord, puis à se déplacer en tous sens et maintenant, elles tracent des lignes, des sarabandes, ou repartent en tous sens (mais toujours sur le plan horizontal) en dessinant des gerbes de feux d’artifice. C’est de la folie ! Ma main ne me fait pas mal. Ce n’est pas comme si elle était prise d’arthrose, parce que je pense que cela doit faire mal et on doit sentir que sa main est fragile. Non, ma main est simplement devenue un outil malhabile à utiliser. Ou c’est que je ne sais pas m’en servir. Si j’étais menuisier ou n’importe quel artisan manuel, je saurais quoi en faire de ce marteau. Mais là, je suis bien mal pris. Ce serait amusant si les lettres décidaient de former d’autres textes, et de me lancer des messages. Si je tapais du poing sur la table, obéiraient-elles à mon désir ? Mais comment sauraient-elles ce que je veux ? Une façon de les rendre intelligentes serait de les effrayer. Mais je ne veux faire de mal à personne, moi ! Moi, qui ? Qui moi ?