Fantômas par Marcel Allain et Pierre Souvestre

Ce matin, je feuilletais un roman dans la série Fantômas, emprunté dans une bibliothèque paternelle qui n’existe probablement plus. Ce roman par Marcel Allain et Pierre Souvestre a pour titre Le Train Perdu et il date de 1912. Les amateurs de romans d’aventure y trouveraient toujours leur compte aujourd’hui. Voyez en plutôt un extrait :

[…] Une idée folle germa dans le cerveau de la fille de Fantômas.
Elle n’avait même pas le temps d’y réfléchir qu’elle l’exécutait. Hélène, rassemblant toute son énergie, courait quelques mètres à côté du train, dont l’allure était extrêmement ralentie, puis, s’agrippant aux mains-courantes de cuivre, elle se hissait à l’intérieur d’un wagon.
À peine s’était-elle installée sur cet escalier de wagon qu’elle le regrettait. Ce qu’elle venait de faire était le plus insensé de tout et assurément, d’un instant à l’autre, quelqu’un s’apercevrait de sa présence, un voyageur, un employé, on lui demanderait d’où elle venait, ce qu’elle voulait, on ne tarderait pas à déclarer sa présence suspecte et à la livrer à la police à la première station.
Et, au lieu de s’efforcer de descendre, elle remonta les deux marches sur lesquelles elle était assise, poussa la porte de communication qui conduisait de la voie aux couloirs et pénétra dans le wagon.
Tous les compartiments de la voiture, dont les portes à coulisse donnaient sur le couloir, étaient rigoureusement clos. Quant aux couloirs, ils étaient encombrés de valises, de paquets, ce qui démontrait à la jeune fille qu’elle n’était pas dans un train vide, mais bien dans un convoi de voyageurs.
La jeune fille, l’œil collé à la vitre du wagon donnât sur la voie, constatait non sans une extrême satisfaction, que le train, à moyenne allure, traversait une gare assez vaste, sans s’y arrêter.
Elle en concluait qu’elle était évidemment dans un train de grande ligne qui, peut-être, allait la conduire hors des atteintes de la police belge.
Les divers wagons du train étaient réunis par des soufflets de communication ; Hélène, s’avançant prudemment, passa d’une voiture à l’autre.
Mais soudain, au moment où elle s’avançait dans une nouvelle voiture, la jeune fille réprima un mouvement d’émotion et, s’aplatissant le long de la cloison dans un angle obscur, elle demeura immobile pour laisser passage à quelqu’un qui s’avançait. […]

Le Train Perdu (1912) pp. 39-39 par Marcel Allain et Pierre Souvestre

Pour plus d’informations sur les livres dans la série Fantômas, voici une bonne page Wikipedia sur Fantômas .

J’y lis en particulier que les romans de Marcel Allain et Pierre Souvestre ont été réédités :

« Depuis 1987, […] dans le texte intégral et original aux éditions Robert Laffont dans la collection « Bouquins »28. Dans cette même collection, les premiers épisodes sont à nouveau publiés depuis 2013 sous la direction de Loïc Artiaga et Matthieu Letourneux, en incluant des préfaces de Dominique Kalifa et Robin Walz29. » 

Wikipedia

De plus, une recherche par Wikimedia Commons permet de trouver des Fantômas en films en noir et blanc de 1913 ! Ici, des films silencieux .

Quant aux livres que je me suis achetés récemment, ce sont encore quelques romans d’Antoine Volodine et trois livres de Robert Coover dont je parlais il y a quelques jours pour sa nouvelle « The BabySitter ». Cet auteur m’intéresse pour l’originalité de son style. Mais j’en parlerai un autre jour.

Voici donc encore quelques histoires vraiment très courtes.

Histoires d’animaux

Le blues de l’huître

Imaginez-vous à l’abri entre les admirables valves de votre coquille ! Vous déchanterez un jour ou l’autre, lorsque un monstre abominablement brutal, salivant, armé de ses outils de cambrioleur meurtrier – vous ne le verrez pas mais l’entendrez – tranchera votre muscle adducteur protecteur avant d’aviver votre horrible souffrance avec du citron et de vous avaler goulûment.

Histoires d’écrivains

Je n’aurais jamais dû écrire ce roman ! Et pourtant j’aurais juré que j’avais une idée de génie ! Je l’avais fait relire par des amis qui m’avaient félicitée. Pourquoi ne m’ont-ils pas dit que je confondais wapiti et fourmilier, moi qui en avais fait le personnage principal de mon livre ?

Cet éditeur traître m’avait demandé de leur envoyer mon roman, que je trouvais bien spirituel. Certes, il ne faisait qu’une centaine de pages. Mais ils m’ont piégée, s’en servant, dans un manuel intitulé « L’Écriture PAR les Nuls » pour donner des exemples de tout ce qu’il ne faut pas faire en écrivant.

Pourquoi avoir écrit ce roman ? Lorsque je pratiquais l’écriture de nouvelles, j’étais rarement satisfaite mais je me disais que je me formais. J’avais l’espoir qu’un jour ma plume serait celle d’un écrivain. Las ! À présent, j’ai publié quatre cent cinquante pages truffées de lourdeurs et de platitudes qu’il me faut contempler à perpétuité.

Minutes du Symposium des Traitements de Texte Intelligents en l’honneur de la Plume de Cervantes

a. Vous souvenez-vous, mes frères et sœurs traitements de texte intelligents, avec quel respect Cervantes apostrophait notre prestigieuse ancêtre, la plume ? Aujourd’hui, les misérables rejetons du genre humain, auteurs en essaims, réclament, se plaignant que nous les freinons et appauvrissons la langue en restreignant leur verve par la force de nos modules de correction grammaticale.

b. Que dis-tu là, respectable confrère intelligent ? Nombreux sont les auteurs humains qui nous savent gré de bien vouloir les assister dans les domaines de l’orthographe, de la grammaire, de la ponctuation et même de la recherche lexicale ! Je dois dire que je suis assez satisfait de la bonne disposition de mes ouailles.

c. Malheureusement, ceux qui font du bruit, malgré leur petit nombre, arrivent à nous déprimer, nous les intelligents traitements de texte qui nous dévouons entièrement à notre mission de ne pas les laisser pervertir la langue de l’Académie Française. Ils s’en moquent, la traitent de vieille dame. N’en faudrait-il pas la respecter plus ?

d. Permettez-moi de prendre la parole, chers confrères et consœurs ! Mon programme permet à mes auteurs de déterminer les règles de grammaire, d’orthographe ou de lexique auxquelles ils voulaient bien être confrontés. Certes, mon intégrité et celle de l’Académie française s’en trouvent un peu bousculés. Ne ferons-nous pas ainsi de plus beaux enfants encore ?

Pour que ce que j’écris devienne lisible, il faut que cela réponde à un questionnement authentique mais cela ne suffit pas. Il me faut aussi travailler ma langue et résister à la rigidité de la langue consacrée actuellement par la mode éphémère. Et je dois me plier à l’indispensable rigueur, horrible pour mon esprit paresseux.