J’ai débuté ces jours-ci ma lecture de Le Terrier ou la Construction (Der Bau, 1931) de Franz Kafka  dans sa nouvelle traduction (2018) de Laurent Margantin.

Ce récit (nouvelle, novella, conte ? je ne sais pas comment on l’appelle), non terminé, n’a pas été publié du temps du vivant de son auteur. Franz Kafka était déjà très malade lorsqu’il avait commencé sa rédaction.

Dans les passages suivants, le narrateur, au caractère paranoïde, exprime l’étendue de ses peurs et des précautions qu’il prend. Je crois que ce qui nous fait percevoir ce climat avec tant d’intensité est l’accumulation d’éléments ou d’arguments qui se contredisent sans cesse. Le personnage représenté par le narrateur est contraint de fuir diverses créatures. Vieilli ou malade, il a renoncé à se fier entièrement à la raison, car l’irrationnel seul lui accorde du répit.

Page 6 : « Cette sortie ne me sauvera pas des créatures, comme elle ne me sauvera sans doute en aucune situation, elle me conduit plutôt à ma perte, mais elle représente un espoir et je ne peux pas vivre sans elle. »

Page 7 : « L’air de la forêt souffle à l’intérieur, il fait en même temps chaud et froid, parfois je m’étire et de plaisir je me retourne sur moi-même dans la galerie. L’âge venant il est beau d’avoir un pareil terrier, d’être à l’abri d’un toit quand commence l’automne. »

Page 15 : « Dois-je donc refaire cette partie ? Je repousse sans cesse la décision et cela va rester comme cela. Sans parler du gros travail que cela me demanderait, ce serait aussi la tâche la plus dangereuse qu’on puisse imaginer, jadis, quand je commençais le terrier, je pouvais travailler de façon relativement tranquille, le risque n’était pas beaucoup plus grand que partout ailleurs, mais aujourd’hui cela reviendrait à attirer sur le territoire tout entier, de propos délibéré, l’attention de tout le monde, aujourd’hui ce n’est plus possible. »