Si je n’ai pas écrit ces derniers jours, c’est que je suis bien occupée et en particulier par l’arrivée de mon nouvel ordinateur sous Linux Mint. Pour ce qui est des bases, je me débrouille, ce n’est pas bien différent de Windows. Mais j’ai quand même beaucoup de choses à apprendre lorsqu’il s’agit de fonctionner plus activement en installant de nouveaux programmes par exemple. Il y a ce qu’ils appellent un Terminal, une plage de texte qui permet de taper des commandes qu’il me faut apprendre, ce que je fais petit à petit.

Là, cela fait quelques heures que je rame sur un problème pratique : faire que mon imprimante s’acquitte de ses tâches diligemment et gracieusement. Elle aime l’art visiblement puisqu’elle imprime les images sans problème, mais elle semble en désaccord avec les textes et se permet de placer des points noirs sous toutes les lettres à jambages inférieurs (tels les g ou les p).

Pour résoudre ce problème, j’ai fait plusieurs tentatives: trouver le bon pilote, dézipper les paquets proposés par le site du fabriquant de l’imprimante, installer le fichier obtenu, etc. J’ai donc dû apprendre à utiliser un peu le Terminal. Pour l’instant, je suis en échec: l’opération échoue sur un point que je n’ai pas résolu. L’informaticien qui m’a montré le b.a. ba de mon ordinateur vient de m’envoyer un message contenant des instructions que je tenterai de suivre demain pour ré-essayer d’inculquer une certaine discipline à mon imprimante.

Alors, un peu de fiction pour changer de sujet? Je vais ajouter un petit texte qui est une réponse à un défi lancé sur Atramenta. Le texte qui suit est supposé être le début d’une nouvelle, puisque le défi en question se déroule en cinq semaines avec des consignes différentes chaque semaine. Voici donc ma participation de la première semaine.

Le Chevalier Servant. Premier épisode: La Divine Marâtre

« Vous savez que je joue le rôle de la marâtre. »

Une divine marâtre avait fait de lui son chevalier servant ! Ses parents n’aimaient pas cette jeune femme. Tant pis, il la courtiserait. Cela ne lui faisait pas plaisir de les décevoir, mais certaines choses ne se commandent pas. Il était amoureux comme il ne l’avait jamais été ! Depuis cinq jours, il lui semblait vivre un rêve, en suspension à des kilomètres au-dessus de la morne vie des communs mortels. Quand il y repensait, ce n’était pas tout à fait vrai qu’il n’avait jamais été amoureux. Il se souvenait de sa sublime prof de français en 1ère, l’année dernière, à qui il avait envoyé des poèmes languissants et torturés accompagnés de gifs romantiques sous prétexte de s’entraîner en écriture d’invention. La cruelle avait fait comme si elle ne comprenait pas et l’avait félicité pour sa verve et son enthousiasme tout en lui suggérant de se consacrer à l’étude des œuvres de l’oral du bac. Il avait bien compris : elle risquait sa situation. Une jeune et si jolie enseignante n’aurait pas longtemps gardé sa place si elle était tombée dans les bras d’un de ses étudiants. Il avait souffert mille tourments mais avait pris sur lui. Il avait décidé de sécher le reste de ses cours de français mais avait quand même passé l’épreuve anticipée du bac. On verrait bien quelle serait sa note en juin ou juillet ; il ne se faisait pas de souci pour ça. Il réussirait brillamment, il le savait, et de toutes les façons, qu’en avait-il à faire ? Il ne le passait que pour ses parents. Dès qu’il aurait son bac en poche, il prendrait un emploi pour être capable de soutenir financièrement Aurélie et sa petite peste de fille. La petite teigne ! Mais c’était bien grâce à elle qu’il avait pu pénétrer dans l’univers enchanté d’Aurélie. Si mademoiselle vous-êtes-tous-des-nuls avait été plus sympa avec sa mère, celle-ci ne se serait peut-être pas adressée à lui samedi. Il se souvenait de cette conversation vieille de plusieurs jours comme si elle était en train de se dérouler devant lui.

Ils revenaient de leurs courses au supermarché, chargés des provisions de la semaine, son père, sa mère et lui-même quand ils l’avaient rencontrée, leur charmante voisine, qui sortait justement de l’ascenseur. Elle s’était adressée à ses parents d’abord. La suprématie des adultes ! Il allait écrire un texte un jour à ce propos et au sujet du respect que l’on devrait accorder aux jeunes.

– Oh, bonjour Madame et Monsieur Lamey ! Je suis contente de vous voir, je me demandais si… En fait, cela concerne votre fils… Je me demandais si je pourrais lui demander de me rendre quelques services.

Ses parents avaient d’abord juste répondu un bonjour et étaient restés dans l’attente de ce qui allait venir.

– Oh, je le dédommagerai ! Vous ne le voyez-pas, cela ne paraît pas, mais je me suis blessée. J’ai une périarthrite qui touche mes épaules et mon bras gauche est en partie invalide . Je ne sais pas combien de temps cela va durer.

Petits murmures de compassion de ses parents qui attendaient toujours.

– Alors, je voulais demander à votre fils, mais avec votre permission bien sûr… Je voulais lui demander s’il ne pourrait pas m’aider pendant quelques jours pour quelques petites choses, de menus travaux, m’aider à sortir le chien à l’occasion.

Ses parents n’avaient pas pu refuser son aide à une voisine en détresse évidemment, mais à la maison, leur conversation n’avait pas été aussi amène.

– Et sa fille, elle a quand même une fille, non ? Elle ne pourrait pas aider ? Et tu lui as vu un mari, toi ? Encore une mère célibataire…

– Que veux-tu, on ne sait plus éduquer les jeunes de nos jours.

– Et toi, Karl, n’oublie pas que tu as aussi un bac à passer !

Il les avait laissés parler. Ce n’était que du vent.

Le jour suivant avait été la première de ces cinq merveilleuses journées, il avait toqué à sa porte et c’était la petite peste qui lui avait ouvert. Petite, c’est une façon de parler. Elle était presque aussi grande que lui. Un bref regard ennuyé puis un hurlement :

Manman, il y a quelqu’un pour toi !

Aurélie arriva, apparition éthérée, Aurélie au doux regard, Aurélie tellement plus classe que les filles de sa classe, justement, et qui semblait à peine plus âgée qu’elles.

– Tu sais que je n’aime pas que tu ouvres… Oh, bonjour ! Entrez ! Mais on peut se tutoyer ? Venez, nous allons prendre un thé pour en parler.

Et ce fut le premier de ces moments idylliques. Il se sentit dirigé par une main invisible vers le salon pendant que la péronnelle allait vers sa chambre dont elle claqua la porte quand Aurélie lui rappela de vérifier si elle avait tout mis dans sa valise. Aurélie lui dit en riant :

– Vous savez que je joue le rôle de la marâtre. C’est une période à passer.

Karl apprit rapidement que Francine allait passer la moitié de ces petites vacances en Irlande avec son père qui aurait déjà dû venir la chercher mais il allait arriver, sans doute. Il se réjouit à la pensée qu’ils allaient être seuls pendant cinq jours d’éternité.