En ce présent intense, le téléphone a regagné en vitalité. Grâce à la crise actuelle, lorsque le téléphone sonne, vous savez que ce ne sera pas un vendeur. Je ne pouvais leur reprocher de faire leur travail mais ils étaient vraiment intrusifs et je ne les laissais pas me parler.

Pourtant, je dois m’avouer que je ne suis pas tout à fait claire en la matière puisque j’ai aussi été vendeuse dans ma jeunesse : d’annonces dans un journal et de divers autres produits par téléphone.

Souvenirs d’avant le Covid-19

Image téléphone par
Gerhard Gellinger sur Pixabay

Une conversation plutôt enjouée se termine assez brusquement par un « Bon, allez, salut ! » et on répond vite « Salut ! » en espérant qu’il l’aura entendu avant de raccrocher. Il paraît que cela m’arrive aussi de couper brusquement mes échanges au téléphone. Je n’en étais pas entièrement consciente. Une certaine maladresse, peut-être.

Et puis, il y eut un autre appel. La conversation ne fut pourtant pas plus longue. C’était un faux numéro.

Comme j’allais rentrer chez moi, j’ai entendu Chip hurler. Est-ce qu’il fait toujours cela lorsque je suis absente ou bien était-ce parce qu’il était en détresse parce que je n’étais pas là pour répondre au téléphone?

Aujourd’hui, je suis complètement arriérée en ce qui concerne le téléphone. En partie volontairement, car je ne désire pas me promener avec un outil qui révèle à chacun où je suis et ce que je fais, connectée en permanence à divers réseaux sociaux.

J’ai un fixe et un portable, mais celui-ci n’est pas du type smartphone. Je n’y connecte pas l’internet et je peux seulement appeler, recevoir des appels et des textos, même pas des messages avec des images, encore moins des vidéos. Je réserve cela à mes serveurs de courrier électronique sur mon ordinateur.

Pourtant, jeune, j’avais appris à user du téléphone de façon très efficace pour régler mes affaires sans me déplacer ou pour faire la promotion d’une manifestation échiquéenne en appelant, avec l’aide d’autres bénévoles, les joueurs d’échecs de la région pour leur signifier à quel point nous serions heureux de les voir y participer.

Puis, l’arrivée de l’ordinateur personnel m’avait emballée et j’ai alors un peu négligé les autres outils. Internet a été la cerise sur le gâteau. Je me rappelle en particulier cette période fabuleuse où, clouée chez moi six semaines avec une jambe dans le plâtre, je correspondais avec des Brésiliens et des Argentins, passionnés comme moi par les nouvelles de Jorge Luis Borges !

Au temps du Corona

J’arrive bien sûr à l’autre avantage créé par notre situation de confinement et mon état de santé (le premier pour moi étant la présence de ma fille). Les coups de téléphone de mes frères, cousins et amis se multiplient. D’être cloîtrés nous incite à tendre ou réutiliser d’autres liens et le téléphone nous permet au moins d’entendre nos voix et d’imaginer nos sourires.

J’ai même des appels d’infirmières et de médecins. Il n’est qu’une personne de mes connaissances qui préfère les contacts par mail, probablement car, locuteur d’une langue étrangère, il préfère penser ses réponses avant de les exprimer.

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Coïncidence amusante, un grand nombre de pages composées d’échanges téléphoniques apparaissent dans ma lecture du moment, le roman policier : Das Netz der grossen Fiche (2011) par Andrea Camilleri ; traduit de l’italien La Rizzagliata (2009) en allemand par Moshe Kahn. Je vois qu’en français il a été traduit par Le Coup de Filet.