Céline Roos

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Les Arts de la Fiction et le Suspense

The Art of Fiction (1983) par John Gardner (1933 – 1982)

Les derniers temps, il m’est arrivé de parler du livre portant le titre The Art of Fiction (1983), écrit par John Gardner (1933 – 1982) qui n’est pas l’auteur de quelques romans de James Bond mais son homonyme américain, écrivain et professeur d’écriture créative (il a été le professeur de plusieurs écrivains renommés dont Raymond Carver). Malheureusement, cet ouvrage n’a pas été traduit en français. Il s’adresse principalement à ceux qui veulent apprendre les techniques d’écriture comme l’indique son sous-titre : Notes sur le métier à l’intention des jeunes écrivains.

Voici quelques pages qui vous permettront d’en avoir quelques aperçus :

  • d’abord, la page dédiée à John Gardner par François Bon, l’auteur du site et de la maison d’édition du Tiers-Livre. Vous y trouverez en particulier une traduction des 30 exercices d’écriture proposés à la fin du livre;
  • ensuite, une critique du livre de John Gardner en deux articles ici sur le site du Salon Littéraire :
    http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/john-gardner/review/1936792-l-art-de-la-fiction-john-gardner
    http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/john-gardner/review/1936797-l-art-de-la-fiction-suite-et-fin-john-gardner

The Art of Fiction (1992) de David Lodge

Hier, j’ai voulu revenir un peu à un des auteurs que j’ai beaucoup aimés et ai relu quelques articles de The Art of Fiction (1992) de David Lodge, traduit et publié en français en 2009 sous le titre L’Art de la Fiction par Michel Fuchs et Nadia Fuchs. Même titre donc, mais l’approche de ce livre est très différente de celle du premier.
Les lecteurs français connaissent surtout David Lodge pour ses campus novels: des romans se situant dans l’univers des universités anglaises et américaines. David Lodge était lui-même professeur de littérature à l’Université de Birmingham avant de se consacrer entièrement à l’écriture.
Les articles qui composent ce recueil ont préalablement été publiés dans divers journaux, tels que The Independent on Sunday et the Washington Post. Chacun d’entre eux est axé autour d’un thème littéraire et d’un auteur. La table des matières se trouve au bas de cette page d’Amazon .

Le Suspense

Hier je lisais son article à propos du suspense. Cet article était illustré par un passage du roman A Pair of Blue Eyes (1873) de Thomas Hardy (1840-1928), roman qui a été traduit deux fois sous deux titres différents en français. La première traduction par Ève Paul-Marguerite date de 1913 et s’appelait Deux Yeux Bleus et il a été retraduit en 1997 par Georges Goldfayn avec le titre Les Yeux Bleus. Les premiers romans d’aventure qui contenaient du suspense paraissaient à l’époque où Thomas Hardy écrivait.

Ce n’est pas le meilleur roman de Thomas Hardy mais il est connu surtout pour une scène qui se situe au milieu de l’intrigue car, selon la rumeur, ce serait de cette scène que proviendrait le terme anglais de « cliffhanger ». En français, une traduction mot-à-mot de « cliffhanger » pourrait être « celui qui se retient, suspendu à une falaise ».

Cliffhanger par Em Fernandez [Commons Wikimedia]

Dans la scène en question, Henry Knight qui accompagnait une jeune femme au bord d’une falaise, se retrouve subitement accroché en position périlleuse et il risque de mourir. Les efforts d’Elfride, la jeune femme, ne font que rendre la situation pire encore. Au bout d’un moment, Knight est littéralement suspendu par ses bras et tout lecteur se demande combien de temps il pourra tenir avant de s’écraser.

Pour maintenir le suspense il est indispensable de retarder le moment des réponses. Pour ce faire, divers subterfuges se présentent à l’écrivain qui peut décider de :

  • consacrer un certain nombre de lignes ou passages à décrire les impressions, les sensations et les pensées du personnage ou encore,
  • comme au cinéma, intercaler des scènes où d’autres personnages se meuvent en d’autres lieux. Dans le cas présent par exemple, le lecteur pourrait s’attendre à ce qu’Elfride aille chercher de l’aide, qu’elle supplie pour que l’on se dépêche, que des chevaux soient apprêtés, que l’on soit équipé de cordes, etc.

La façon dont Thomas Hardy met en scène cette attente est représentative de son époque :

  • Knight, le personnage qui est dans cette délicate position, a les yeux braqués sur la falaise, une façade en arc-de-cercle tout autour de lui, surplombant le vide. Et il se trouve qu’il fait face à un trilobite fossilisé dont il voit les yeux semblant le fixer au-delà des siècles. Les études paléontologiques étaient à la mode chez les personnes cultivées de l’ère Victorienne. Son personnage se montre la victime d’une ironie du ciel qui le rend conscient de sa mortalité.
  • Knight sera bien sauvé, mais cela n’arrivera qu’au bout de plusieurs pages et de nombreuses questions, par celle dont il se voulait le chevalier servant. Elle ira même jusqu’à se déshabiller pour pouvoir le sauver !

Bien sûr de nos jours, un auteur devra trouver un thème pour lequel nos contemporains se passionnent, s’il veut faire patienter un peu ses lecteurs en leur offrant un point de vue décalé qui leur permettra de « philosopher ». Je cherchais d’ailleurs quels thèmes intéressent nos têtes cultivées aujourd’hui et j’ai fait la petite liste suivante, dont je ne suis pas vraiment satisfaite : intérêt dans les autres cultures, l’écologie et les énergies renouvelables, l’alimentation biologique et saine, les économies responsables, le respect des espèces animales, l’espace et les trous noirs, les smartphones et leurs implications, l’internet et ses implications, la géopolitique, les mouvements sociaux tels que MeToo, les scandales de l’Église. N’hésitez pas à me suggérer d’autres idées !

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Au début de l’histoire …

  1. le coming out, l’homosexualité. J’imagine bien le cliffhanger faire son coming out. J’avais déjà lu les propositions d’écriture de John Gardner chez François Bon; elles sont excellentes. Il faudrait s’astreindre à les mettre en oeuvre ! Le fais-tu ?

    • Céline Roos

      Merci pour ces deux suggestions du coming out et de l’homosexualité: c’est vrai que je n’y avais pas pensé.
      Concernant les exercices de Gardner, oui, j’en ai fait plusieurs, certains d’entre eux plusieurs fois. Certaines de mes nouvelles sont parties de là.

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