Comment nous lisons et rêvons le monde : Jean Claude Ameisen

Ce matin, j’ai repris ma lecture du livre de Jean Claude Ameisen, Sur Les Épaules de Darwin – Les Battements du Temps (2014 chez Actes Sud) et j’en suis à l’article « Détisser les mailles de l’univers » du chapitre sur la mémoire et le sommeil. J’y ai trouvé un fait que je ne connaissais pas : les baleines et les dauphins ne dorment pas totalement. Une partie d’eux reste éveillée en permanence. Celle-ci leur permet d’éviter les obstacles, en particulier. Cela se passe en deux phases qui alternent puisque c’est d’abord une moitié du cerveau qui fait le travail pendant que l’autre moitié dort, puis c’est l’inverse qui se passe.

On a aussi découvert que dormir après un apprentissage permet de mieux l’assimiler et le comprendre. Le bon sens et nos mères nous le disaient bien mais ce que j’apprends aussi dans cet article est que les résultats de certaines recherches suggèrent que nous ne sommes pas aussi coupés du monde, lorsque nous dormons, que ce que nous croyions.

Les citations d’auteurs de tous pays et de tous genres littéraires abondent et enrichissent les récits des recherches et des avancées scientifiques avec un certain humour de circonstance. Walt Whitman demande:

Est-ce que je me contredis ? Très bien, alors je me contredis. (Je suis vaste, je contiens des multitudes.)

p. 292 Sur Les Épaules de Darwin – Les Battements du Temps (2014 chez Actes Sud)

Ces textes d’Ameisen mais aussi les émissions Sur Les Épaules de Darwin que j’écoute souvent le samedi matin, je les apprécie pour leur mélange romantique de poésie et de faits, de réflexions ou d’hypothèses scientifiques qui me fait rêver sans que pour cela j’aie besoin de m’abandonner à la pensée magique.

Temps et espace

Le mois dernier, en mars, lorsque j’avais allumé la radio, l’émission de Jean Claude Ameisen avait déjà débuté. Elle suivait un parcours assez intéressant: après avoir parlé des tables lunaires et des deux grandes méthodes qui permettaient aux navigateurs de se repérer dans l’espace, passant du calcul de la latitude et de la longitude, avant d’arriver aux chronomètres de Harrisson. Le temps et l’espace étaient donc liés. Il a ensuite abordé la question de l’horloge circadienne des êtres vivants : le système qui fait que les êtres vivants ont une horloge indépendante de la chaleur et du refroidissement est probablement basé sur un système de régulation par compensation.

C’est un système relativement semblable que Harrisson a conçu pour créer des horloges de précision dont la fiabilité reste entière indépendamment du climat, de la pression atmosphérique, etc. grâce à une combinaison de métaux, un alliage de cuivre et de fer, ou d’acier, de telle sorte que leurs diverses caractéristiques de transformation en fonction de la chaleur s’annulent ou se compensent afin que l’horloge avance toujours à la même vitesse.

« [John Harrison] réussit, contre toute attente, à utiliser la  quatrième dimension – le temps – pour relier des points sur un globe à  trois dimensions. Il arracha aux étoiles le pouvoir de localisation sur  terre et enferma le secret dans une montre de poche.

Longitude . dava Sobel

Le monde planifié et la création dramatique

Le quadrillage du monde en méridiens pour la longitude et en latitudes m’a alors fait penser au jeu d’échecs. Cette association d’idées vient d’une phrase du prologue de la pièce de théâtre A Game of Chess (Une Partie d’Échecs, représentée sur scène la première fois en 1624) par Thomas Middleton, contemporain de Shakespeare (Shakespeare est un géant, mais d’autres très grands dramaturges anglais dans les règnes d’Elizabeth I et Jacques I ont créé des pièces magnifiques) où Ignace de Loyola demande en quel angle du monde il se trouve. Le terme d’angle utilisé témoigne des connaissances de l’époque (la distance pouvant être calculée par l’angle entre la parallèle à l’équateur et le rayon partant du centre de la terre vers le point de latitude et la longitude étant une distance établie en terme d’heures et minutes par rapport au méridien zéro).

L’échiquier avec ses quadrillages ne peut pourtant être relié au temps puisqu’il n’existe que sur une minuscule portion plane d’un microcosme mais voici un texte où je raconte l’histoire passionnante de A Game of Chess (1624) de Thomas Middleton.