Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Littérature et animalité

Je pensais au quasi-tabou de la scatologie dans la littérature. Le terme est peut-être exagéré mais ce qui me frappe est que les lecteurs et les éditeurs acceptent la représentation d’attitudes minables, serviles, cruelles avec souvent une certaine délectation alors que mentionner les besoins naturels tels que l’évacuation de ses intestins est considéré de mauvais goût et bas. Toujours la peur de se représenter comme l’animal que nous sommes au moins au niveau anatomique et biologique. En quoi cette représentation amoindrirait-elle les humains ?

Blue Babe, buffle des steppes, âgé de plus de 50 000 ans.
Capture d’écran de l’émission
« Alaska, une découverte savoureuse »

Dans la vie de tous les jours, c’est pareil : les gens n’en parlent pas alors que je suis persuadée que la plupart des personnes formulent en esprit des pensées concernant la dernière fois qu’ils étaient aux toilettes. Les besoins naturels ont une influence sur les thèmes et la longueur de nos rêves. De jeunes parents, à la limite, vont parler des sécrétions de leur bambin, de l’incontinence d’un autre. Ou encore on communique à un médecin, une infirmière des détails sur son propre cas.

Je me souviens quand même, très vaguement, d’un film (dont j’ai oublié le titre, l’intrigue, jusqu’au directeur et aux acteurs) où un personnage disait que, devenu vieux, son plaisir principal provenait d’avoir pu évacuer. Mais, au bureau, entendra-t-on jamais un employé déclarer à un autre être heureux que sa constipation a cessé et qu’il a réussi à déféquer ?

Dans le fond, la littérature ne fait que reproduire la même restreinte. La littérature actuelle est constipée. Lorsque dans la littérature, dans un roman ou une nouvelle, le narrateur s’attache dans un épisode à mentionner une scène présentant un personnage aux toilettes, le critique ou le commentateur de l’œuvre soulignera la volonté subversive ou provocatrice de l’auteur. Ce que je dis là n’est probablement pas entièrement vrai puisque je n’ai qu’une connaissance minimale de la littérature érotique. Dans ce domaine, il est possible que la scatologie apparaisse. Je dois donc modérer mon assertion première.

J’ai noté les sites suivants :

https://www.qwant.com/?q=litt%C3%A9rature+scatologie&client=opensearch

https://classiques-garnier.com/la-matiere-et-l-esprit-la-litterature-scatologique-au-xviiie-siecle.html

Le genre humain et l’animal

Plus tôt, je regardais un documentaire (« Alaska, une découverte savoureuse » troisième partie de Invitation au Voyage diffusé le 3 juillet à 8h45 sur Arte ) à propos d’un musée en Alaska qui héberge une collection de fossiles dont un buffle de l’ère glaciaire, entièrement conservé.

Il avait été découvert lorsque des prospecteurs avaient réchauffé la paroi d’une carrière en y projetant un puissant jet d’eau au niveau des couches de sédiments datant de périodes bien lointaines. Ils faisaient ainsi fondre la glace et leur étaient alors apparues des parties du corps de l’animal. Les spécialistes l’avaient excavé. On avait même retrouvé dans son cuir une dent de lion et des marques de morsure à l’arrière-train. C’était ainsi qu’il était mort, lors d’une attaque de lions.

Voyant son corps exposé dans le musée (il s’agit de sa peau montée sur un mannequin de plâtre car son intérieur avait été donné aux scientifiques pour leurs recherches), j’ai éprouvé un grand sentiment de respect pour ce représentant des mammifères âgé de plus de cinquante mille ans qui me paraissait si digne alors que je le voyais, les pattes repliées sous lui, effondré.

Pourtant la personne qui parlait de cette découverte, racontait comme leur équipe avait fêté l’évènement de son installation au musée, en organisant une fête où un repas avait été servi avec un brouet concocté avec divers légumes et épices destinés à accompagner une partie de la viande provenant du cou de l’animal. L’homme donnait des détails sur le goût de cette viande. J’ai immédiatement zappé vers une autre chaîne, dégoûtée, non par la viande ancienne, mais par le manque de sensibilité et de respect des animaux envers ce mammifère vénérable. Je nous ai imaginés plaçant dans un musée une Lucie ou un Gandhi après en avoir prélevé des morceaux pour les savourer.

L’attitude des humains envers les animaux me paraît tellement plus horrible que leur intérêt pour leurs fonctions naturelles.

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  1. Jean-Pierre Rhéaume

    Dans le diaporama (si c’est le bon mot) suivant, il faut voir celui du vieux gorille… et ma remarque. Je pense que tu aurais un point de vue semblable au mien. https://www.messenger.com/t/lorraine.dery

    • Céline Roos

      Cher Jean-Pierre, en fait je ne peux pas voir le diaporama dont tu parles puisqu’il se trouve sur le page d’une personne avec qui je ne suis pas en relation sur F…K. Je ne peux donc pas non plus lire ta remarque.

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