Le 3 juin 1954, la douzième Convention Mondiale de science-fiction présidée par Lester Cole et Gary Nelson était organisée à l’hôtel Sir Francis Drake de San Francisco (Californie, USA). L’invité d’honneur était John W. Campbell Jr., l’éditeur du magazine Astounding. La convention était présidée par Lester Cole, scénariste « blacklisté » après 1947 pour avoir refusé de témoigner lors de la chasse aux sorcières communistes devant la Commission des Activités Anti-Américaines de la Chambre des Représentants et par Gary Nelson, cinéaste.

Une du Magazine de science-fiction If de mai 1955. Couverture par Kenneth Fagg intitulée « Technocratie versus Humanités » (Domaine Public) Wikimedia Commons

Une nouvelle de Philip K. Dick: Projet Argyronète (Waterspider)

J’en ai beaucoup plus appris, grâce à la petite nouvelle de Philip K. Dick Waterspider (1963) traduite en français sous le titre Projet Argyronète (1965) par Michel Demuth. J’avoue que je n’ai pas vraiment compris le titre de la nouvelle malgré l’explication qui y est donnée concernant le projet de certains des protagonistes de l’histoire  : « […] Projet du Bureau … appelé Projet Argyronète parce qu’il faut faire un seul et unique grand bond. »

L’argyronète est une espèce d’araignées vivant sous l’eau. Elle tisse une toile de soie fixée à des plantes aquatiques, et cherche à la surface des petites bulles d’air qu’elle bloque sous la toile jusqu’à ce qu’elles forment une grosse bulle dans laquelle elle pourra vivre et se nourrir. Parfois elle remonte à la surface chercher à nouveau des petites bulles d’air pour réapprovisionner la grande poche. Bref, je ne vois pas vraiment le rapport entre cette araignée et le thème de la nouvelle, à moins qu’il ne faille pas croire tout ce que les personnages disent.

L’auteur et sa nouvelle

Une nouvelle de science-fiction est un cadre idéal pour faire des hypothèses à propos de la réception future des œuvres de son époque et de leur influence sur la société. Au-delà de cette problématique qui intéresse la plupart des auteurs, Philip K. Dick a dû bien s’amuser en écrivant cette nouvelle en choisissant pour personnages un grand nombre de ses collègues écrivains de science-fiction et lui-même.

Le voyage dans le passé et la science-fiction

L’histoire se déroule d’abord dans le futur « du milieu du XXIe siècle ». Des agents de l’émigration tentent de résoudre un problème de voyage spatial crucial grâce aux connaissances des « prescients » du XXe siècle, pensant qu’ils avaient réellement prédit le futur. Comme leur civilisation s’est débarrassée de tous ces « prescients », ils tentent de trouver ces connaissances dans les articles du XXe siècle mais se trouvent contraints d’effectuer un saut dans le passé pour faire venir à leur époque celui qui avait prévu leur problème actuel : Poul Anderson (qui obtint sept Prix Hugo et dont la nouvelle Call me Joe a inspiré James Cameron pour son film Avatar) . Grimés ainsi qu’il le convient, selon eux – ils auront des surprises – pour ne pas se faire remarquer, ces agents se retrouvent à la Convention de Science-Fiction de 1954. Nous y rencontrons Poul Anderson, mais aussi Ray Bradbury, Howard Browne, Van Vogt, Jack Vance, Jack Williamson, Margaret St-Clair, Robert Bloch, Anthony Boucher, Kris Neville et d’autres dont Philip K. Dick. Dans la suite de la nouvelle, les personnages du XXIe siècle se rendent compte que les écrivains de SF ne sont pas conscients de prédire effectivement l’avenir qui, bien sûr, sera bouleversé par cette transgression des frontières du temps.

Une réponse au problème de l’araignée?

Si je reviens à mon problème de l’araignée, il se pourrait que celle-ci soit en fait une métaphore concernant la société du futur où les contraintes, les limitations et la répression sont dures. Je suppose alors que les petites incursions dans le passé seraient comparable aux expéditions vers la surface que l’araignée fait pour se réapprovisionner en air.

Le recueil L’Homme Doré

Quoi qu’il en soit, je lis beaucoup de nouvelles en ce moment puisque je désire acquérir plus d’aisance dans la pratique de ce genre littéraire. Celle-ci est incluse dans le recueil L’Homme Doré composé uniquement de nouvelles de Philip K. Dick. J’admire cet auteur dont j’ai lu plusieurs romans et nouvelles, habituellement, en anglais. Ce recueil, incidemment, m’a prouvé que même les tous grands ne sont pas parfaits. J’ai trouvé que les idées premières et le début de la plupart des nouvelles du recueil étaient excellentes et l’intérêt de chaque nouvelle allait en augmentant, et puis arrivait un moment qui me décevait. La deuxième partie de la nouvelle était moins efficace (ce n’est pas le cas dans celle dont je viens de parler). Dans un cas au moins, cela venait du fait que l’auteur tentait de se fier à certains préceptes, peut-être un peu anciens et qui convenaient plus à l’architecture d’un roman qu’à celle d’une nouvelle. Cela m’a un peu rassurée – c’est mon côté mesquin – même les grands auteurs ne sont pas toujours au mieux de leur forme.