Céline Roos

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Mes images de l’Esplanade à Strasbourg

Lorsque j’avais une dizaine d’années, le quartier de l’Esplanade à Strasbourg était en construction sur le site des anciennes casernes militaires datant de l’occupation allemande, qui elles-mêmes avaient été bâties là où se situait autrefois l’ancienne citadelle de Vauban. Je me souviens particulièrement des fragiles peupliers qui s’élevaient sur l’avenue du Général de Gaulle. La plupart d’entre eux n’ont pas survécu à la tempête de 1999 et à l’orage de 2001. (Vidéo de l’INA)

Les bâtiments de l’université étaient également neufs ainsi que les grands blocs résidentiels qui encadraient l’avenue. Ces jours-ci, l’université abrite plusieurs chantiers et j’ai lu récemment qu’il existe un projet de remodelage du quartier.



Le quartier de l’Esplanade, 2007 par Jonathan M (Wikimedia Commons)

Lorsque je suis rentrée en Alsace, après une quinzaine d’années de tribulations dans d’autres villes de France et d’autres pays, c’est à l’Esplanade que j’ai d’abord résidé pendant quelques années. J’habitais dans un studio situé à six étages au-dessus d’une école privée de BTS et tout près d’une école primaire et de plusieurs écoles pour tout-petits. Le matin, j’avais l’habitude de prendre mon petit-déjeuner dans un des cafés ou des restaurants proches. En dépit de mon goût pour la solitude, j’avais besoin de cet intervalle de temps où je pouvais assister à des interactions humaines. Il n’était pas rare que les clients de ces cafés consomment, à 7h du matin, un verre de blanc ou une petite fine. Les gens boivent un peu moins aujourd’hui, peut-être, ou différemment.

Il m’arrive encore de m’asseoir dans un de ces cafés où je prenais mon petit-déjeuner autrefois. Celui-ci a beaucoup de succès parmi les gens du quartier et les travailleurs. Les repas du midi sont corrects, à des prix raisonnables et les patrons sont cordiaux et généreux avec les personnes pauvres du quartier.

Café en terrasse

La terrasse est entourée d’une vieille grille faite de barreaux de métal, certains avec une pointe biseautée, d’autres avec un petit tortillon en une alternance régulière, certains surmontés d’un motif de fleur de lys. Une barre horizontale sur toute la largeur de la grille soutient des pots de géraniums. Parallèlement au boulevard, et à l’intérieur de la grille, cinq grands arbres ont été plantés et quelques grands pots de terre contiennent des plantes vertes. Plus de vingt tables peuvent accueillir une quarantaine de clients. Cette grande superficie est dupliquée à l’intérieur du restaurant. Déjà lors de mon retour dans les années 90, il m’arrivait d’y prendre un petit déjeuner ou parfois un repas. L’ambiance était sympathique. Le seul hic, à l’intérieur, était les grands écrans qui diffusaient en permanence des émissions populaires et de la publicité. Je crois d’ailleurs, que plein de tact, le patron changeait parfois de programme à mon arrivée.

Déplacements

Durant les années 90, le nouveau tram n’existait pas encore, mais plusieurs lignes de bus vous permettaient de vous déplacer facilement et de toutes les façons, l’Esplanade ne se situait qu’à un ou deux kilomètres du centre-ville, que je parcourais avec plaisir, prenant des chemins variés pour me rendre au lieu de ma destination. J’ai connu plus tard quelqu’un qui ne changeait jamais de route pour aller à destination. Cela me semblait complètement fou. La population étudiante désertait le quartier pendant l’été. Mais il y avait aussi une population plus ancienne et également un îlot humain plus délaissé, un quart-monde urbain.

Aujourd’hui, alors que je n’y habite plus, j’ai toujours de nombreuses raisons de m’y rendre. C’est à l’Esplanade que je fais office d’écrivain public dans une association de type loi 101. J’y fréquente aussi le cabinet de mon médecin généraliste, des pharmacies et laboratoires médicaux et des commerces d’alimentation ou encore un magasin qui vous offre d’y faire des photocopies. Il faut quelques marches pour y accéder.

Le local de photocopies

La patronne, sympathique, discrète tente de ne pas trop se déplacer mais est souvent appelée pour débourrer une machine du papier pris dans les engrenages ou pour aider, à l’étage, ceux qui sont sur internet. Le local se compose de trois parties principales, quatre si l’on compte les étagères sur le mur où sont empilées des feuilles de diverses couleurs et épaisseurs et des fournitures diverses. D’abord, du côté des grandes vitrines, six photocopieuses entourant une grande table, puis au centre et légèrement à gauche de l’entrée le comptoir de la patronne avec sa caisse et sa chaise et enfin à l’étage (au demi-étage) quatre ordinateurs et d’autres machines mystérieuses. Un appareil sert à relier les pages de mémoires ou de thèses. La lumière vient en partie de l’extérieur mais des néons illuminent aussi la pièce. Lorsque plusieurs photocopieuses fonctionnent, elles produisent beaucoup de chaleur et de bruit tandis que les personnes présentes ne parlent qu’en cas de nécessité. La patronne vérifie sur des petits compteurs le nombre de copies, donne parfois une explication. Petit échange courtois et le client ou la cliente s’échappe à l’air libre.

Le Jardin de l’Université

Les sages allées du Jardin de l’Université surplombent de presque un mètre le petit croisillon qui relie la rue Goethe à la rue de l’Université. L’hiver, avant d’y pénétrer, le passant les trouve sombres et intimidantes mais une fois arrivé, il s’y sent plus proche du soleil levant. Elles sont sereines quand les promeneurs de chien et les étudiants ou travailleurs sont rares. Des déchets épars autour des petites poubelles témoignent du travail zélé des corneilles encore plus matinales. Du haut des branchages, elles paraissent souvent vides lorsque le soleil ne les éclaire pas mais l’été elles sont joyeuses et peuplées d’enfants, d’étudiants et de flâneurs de tous âges.

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Au fil des années en vérité pour la fiction

  1. sympa ton histoire même si on ne connaît pas du tout strasbourg. Dommage que tu ne suives pas l’atelier d’été.
    A bientôt;
    Danièle

    • Céline Roos

      J’ai peur d’être prise par le temps et ne plus arriver à écrire ici si je participe à l’atelier. Mais, si cela ne le dérange pas, je continuerai à regarder les vidéos et peut-être à m’en inspirer. Merci pour ton petit mot, Danièle!

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