Parfois, le présent est si intense qu’il est difficile de parler ou d’écrire. Je continue donc ma série inspiratrice.

(Voir sa première instance : Où va-t-on chercher l’inspiration?)



Book of Hours, Ysengrin the wolf as bishop,
Walters Manuscript W.102, fol. 78r detail
https://www.flickr.com/photos/medmss/7699555250/

Inspiration : Idée de conte à l’envers

Ma réponse :

Le chevalier vient sauver la belle aux longs cheveux enfermée au sommet d’une haute tour. Il grimpe et se trouve bien dans cette tour, à l’abri des regards. Il lui propose un marché en lui exposant que, sans ses cheveux, elle serait libre d’épouser qui elle voudrait, de vivre sa vie. Elle coupe ses cheveux à la garçonne, les lui donne. Elle peut ainsi s’en servir pour descendre le long de cette échelle improvisée. Lui, un prince que son roi de père voulait absolument marier, reste dans la tour et, lorsqu’on vient lui apporter à manger, se cache derrière les cheveux de la belle pour garder l’incognito le plus longtemps possible.

Plus je pense à mon conte, plus je trouve l’idée pauvre. Dans mes rêves d’enfant, je l’enrichissais puisque les cheveux permettaient de grimper au ciel. De plus, l’idée n’était pas celle d’une fuite mais celle de permettre à d’autres d’y monter.

Inspiration : Quelques syntagmes en G et I

Ma réponse :

un insupportable gredin, un goitre indécent, une gourde innocente, le gardien imberbe, le gambit illogique, l’Ill gelée, l’ion grotesque, la guêtre ibérique, le gérant impie, la girouette indigo, introniser le gobelet.

Assez absurde tout ça ! Mais peut-être cela pourra-t-il allumer une étincelle dans mon cerveau un peu asséché ? Allons, essayons avec un de ces syntagmes !

Certains considéraient le gérant comme un impie qui profanait les règles sacrées de l’économie de marché. Il avait osé, à plusieurs reprises en fin de journée, donner des invendus à des pauvres qui se présentaient plein d’espoir à la porte arrière du magasin. Un employé de la supérette ne supportait pas l’idée que des personnes qui ne travaillent pas puissent recevoir et profiter des produits que lui et ses collègues se cassaient le derrière à placer, à la journée longue, sur les étagères du magasin. Il ne s’était d’ailleurs pas demandé si ces personnes étaient réellement sans travail. Mais il avait une dent contre le gérant qui, visiblement, ne respectait pas son dur labeur. Alors, recevant cette plainte, les dirigeants de la maison-mère furent bien embêtés. Le gérant contrevenait aux règles de la maison, certes, mais en ces temps où les moindres faits se trouvaient exposés sur les réseaux sociaux, était-il bien sage de le punir et surtout d’empêcher la distribution solidaire ? Il était possible qu’une sanction et l’arrêt des dons finisse par coûter plus cher à la compagnie, directement, si l’on venait à manifester devant la porte des magasins, et à plus long terme, si l’image de la compagnie se trouvait ternie.

Inspiration : en cinq mots

Mais il y a une solution que n’importe quel manuel d’écriture vous propose sur les blocages d’écriture : cinq mots. N’importe quels cinq mots. Suivez ce conseil, M. Ashbery, et jamais plus vous n’aurez de blocage d’écriture. 

Kenneth Goldsmith, Uncreative writing, 2011
https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4017

Ma réponse :

À la recherche de tuyaux
Avant les violons, la douleur
Bêtement elle parle sans respirer
Brillance, charisme, poudre aux yeux
Comment vivre sans les autres ?
Doliprane prophylactique à 22h45 pétantes
Drôle de coups de dés
Exquise, mon indépendance chèrement acquise
Faire de son mieux toujours
Faire faiblement pour ardemment vivre
Garder le moral pour avancer
Glamour en guise de grâce
Harry Potter, hélicoptère, héron poivré
Heureusement le moral est bon.
Imiter les maîtres pour créer
J’invoque instamment l’inspiration.
Jalousement elle garde son secret.
Je joue jeudi, joli jaguar.
J.-L. inquiet pour nous deux
Kilos qui pèsent trop lourd
Luminaire luminescent lueur si limpide
Moindre mal supposément mais inique
Neverland sans pays ni payeurs
Ordinairement confinée mais si occupée
Peuplement de pyromanes sans paroles
Pléthore de biens est pauvreté.
Qui ne voudrait bien aimer ?
Ravie de rencontrer ces riens
Regarder la beauté du monde
Savamment, elle salit son visage.
Tardif tatillon, tais-toi, teste !
Travailler comme l’on joue
Un homme écarté et anxieux
Versement de peines sans déductions
Vilain, écarte-toi de moi.
Vise le vol du vent !
Wagons, souvenirs de terreur institutionnalisée
Xavier si exotique bien prononcé
Ysengrin, le loup injustement moqué
Zorro, quand viendras-tu donc ?