Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Où va-t-on chercher l’inspiration ?

Certains diront que pour écrire, il faut déjà avoir quelque chose à dire. Cela n’est pas si simple selon moi. La difficulté est aussi de décider ce qu’on accepte de publier. En cherchant l’inspiration de façon un peu aléatoire, je peux au moins éviter de me focaliser sur moi-même, ma famille ou mon passé. Voici donc quelques pistes que j’ai explorées pour alimenter mon imagination. Parfois, elles m’ont effectivement permis d’écrire un texte, mais d’autres fois, je les ai seulement gardées pour leur originalité.

Manuscrit de Kubla Khan par Samuel Taylor Coleridge (1772–1834)

Inspiration zapping chaînes de télévision: « c’est ce que dit… »

- un personnage de film d’animation : J’avais raison.
- un personnage de série romantique : Cela n’arrivera plus.
- un personnage de série romantique : Non, non, non. C’est impossible.
- un représentant de salles sportives : C’est tellement vital.
- un personnage dans une publicité : Il faut vraiment qu’on fasse installer une alarme.
- un personnage de film de super-héros : Ah, ben voilà ! T’es prête ?
- un jeune homme Danois : Au Danemark, tous les étudiants reçoivent un revenu mensuel de 800€.
- un représentant de l’ANPE : Elles sont installées dans les gares.
- un personnage de film d’animation : Dites ! Il n’y avait pas de dialogue, normalement ?
- un homme politique LR : Je trouve que vous êtes un peu injuste.

Mini-réponse :

Une alarme ? Pourquoi ? C’est les gens dans la pub qui le disent : il faut installer une alarme. Nous, on a le chien. Il est sourd, il n’entend plus rien. Puis, tu crois qu’il nous protégerait si des voleurs venaient ? Avec une alarme, s’il se passait quelque chose, un serveur serait prévenu. Tu parles ! Le temps qu’ils se bougent…

Inspiration : le roman Mystère Zéro de Yôko Ogawa (2011). Tout à fait étonnant.

Mini-réponse :

J’en ai déjà un peu parlé ici : Bribes de septembre 2020

La narratrice alimente Manuscrit Zéro de ses impressions et réflexions lors de ses visites en diverses expositions, écoles, toutes sortes d’endroit. Voici ce que j’ai constaté chez moi : je crois que mon incapacité actuelle à écrire vient du fait que ma vie n’est pas enrichie par l’extérieur. Je ne sors pas assez, je ne vois pas assez de monde, rien de nouveau.

Inspiration : Je vais recenser tous les bruits que j’entends.

Ma réponse :

Une voiture passe au bas de mes fenêtres sur la chaussée humide. Les gémissements de mon chien qui, après s’être élancé pour faire battre en retraite un intrus imaginaire, voudrait à présent que je le porte à nouveau pour le poser sur mon lit. En fin de compte, il y arrive de lui-même. Des bruits d’objets que les ouvriers, sur les échafaudages le long de la façade dans la cour, déplacent et reposent. Le sang dans mes oreilles. Une autre voiture qui s’est arrêtée près d’ici, le moteur tournant encore. D’autres voitures qui passent. Elles ne sont pas encore nombreuses. Dans une heure, il y en aura plus à cause de la fin des cours dans les écoles et des gens qui rentrent tôt du travail. Une porte d’entrée d’un appartement de la maison : elle semble difficile à ouvrir.

Le petit son musical qui signale que j’ai reçu un message sur Facebook. Le téléphone fixe a sonné : un vendeur voulait savoir si « j’ai isolé la maison ». J’ai doucement posé le combiné sur la petite table. Il a dû se rendre compte, au bout d’un moment, qu’il n’y avait plus personne au bout du fil. J’ai laissé le combiné décroché. Il va sûrement essayer de me rappeler une ou deux fois. Il se fatiguera avant moi. Le vendeur précédent, une ou deux heures avant : je lui avais demandé s’il était au courant de la loi de l’été qui déclare illégales ces sollicitations téléphoniques sur l’économie d’énergie. Il était resté coi, puis un petit oui.

J’entends les bruits de bouche que fait le chat. Je crois qu’il me fait signe pour que je m’occupe de lui mais je résiste. Les voitures commencent à être plus nombreuses. Elles viennent dans les deux sens. C’est qu’il est 16h15 à présent. Et le chien qui me signale en toussant qu’il voudrait que je le remonte sur le lit, car il était bien sûr aussi venu répondre au téléphone. J’entends en arrière-plan le son du réfrigérateur. Tiens, un coup de klaxon. Une mauvaise humeur passagère ? Le bruit du chewing-gum que je mastique. Pas de voix. Une dispute serait intéressante pour voir dans quelle mesure je peux distinguer des paroles. Il me semble que j’entends dans le hall les cris d’un petit enfant. Une porte de voiture claquée. Les ouvriers sont encore sur les échafaudages. Les voitures continuent à se croiser, certaines arrivent, d’autres s’éloignent. Un plus gros véhicule et des coups métalliques plus rapprochés assénés par un des ouvriers.

Je m’arrêterai lorsque j’entendrai une ou des voix humaines, après avoir transcrit ce que j’aurai entendu. Mon doigt a frotté la tranche de mon carnet (dont la fonction originale aurait dû être celle d’un répertoire) et j’ai entendu un froufrou. Le son amorti de ma manche frottant mon flanc et de ma tête sur l’oreiller. Une voiture fait une pointe de vitesse. Sœur Anne, n’entends-tu personne venir ? Je n’entends que les ronrons et les vrombissements des véhicules sur l’avenue. Et l’envolée de la page que je viens de tourner. Tiens, une clé tourne dans la serrure de la porte d’entrée. Ma fille arrive. Elle me demande si j’ai pensé à préparer le médicament du chat. J’avais oublié. Je m’en occupe tout de suite.

Inspiration : un rêve amusant lors d’un tournoi d’échecs, je suppose.

Ma réponse :

Je vois S. assis en face de J.-L., en train de manger. Je leur dis que j’arrive. Je vais me chercher quelque chose à la cantine. La carte que je montre ne plaît pas à l’employée. Finalement, elle se satisfait de ma carte de la CAF. Plus loin, au bout de la file, je demande un steak et un fruit. On me donne un immense morceau de barbaque et deux bananes. Quelqu’un dit : ces gens du G. !

En sortant et rejoignant le hall, je vois le Dalaï-Lama qui sort aussi de la cantine. Il essaie de bien placer sur sa tête un manteau plié à plat. C’est pour vous protéger de la pluie ? Je demande. Il se rend compte que quelqu’un lui a parlé mais il ne sait pas qui. Il s’approche d’autres personnes célèbres, un Péruvien, je crois… Je suis un moustique.

Inspiration auto-questionnement en 2019 : pour qui est-ce que j’aimerais travailler ?

Ma réponse :

Question tout à fait hors-de-propos aujourd’hui puisque je suis affectée par une maladie bien sérieuse. Mais pourquoi ne pas tenter d’y répondre ?

Il faudrait que cet employeur ne m’impose pas des heures de présence fixe en un lieu éloigné de mes animaux et de mon lit, puisque j’ai parfois besoin de m’allonger. Cet employeur devrait avoir une vision éthique proche de la mienne. Ce qu’il me demanderait de faire correspondrait à mes goûts actuels, possiblement de l’écriture. Peut-être du journalisme naïf, des chroniques sur la vie à Strasbourg, sur celle d’une malade, sur l’expérience de la fréquentation des milieux hospitaliers, sur les reconversions professionnelles, sur la vie d’une mère de plus de quarante ans, sur la vie d’une joueuse d’échecs, un bilan sur quinze ans dans l’enseignement, etc. Je suppose que je ne pourrais pas exiger un salaire fixe dans ces conditions mais qu’il me paierait assez généreusement pour des articles sur des sujets imposés ou acceptés.

Inspiration : Le début du poème de Coleridge

In Xanadu did Kubla Khan
A stately pleasure-dome decree:
Where Alph, the sacred river, ran
Through caverns measureless to man
     Down to a sunless sea.
So twice five miles of fertile ground
With walls and towers were girdled round:
And there were gardens bright with sinuous rills,
Where blossomed many an incense-bearing tree;
And here were forests ancient as the hills,
Enfolding sunny spots of greenery.

Kubla Khan
By Samuel Taylor Coleridge

Et je m’arrête ici pour aujourd’hui.

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  1. Daniele godard-livet

    Céline, j adore ta fraîcheur de ton et d inspiration, c est si rare.

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