Céline Roos

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Une nouvelle: le Tableau du Temps

Double inspiration aujourd’hui pour l’écriture de ce petit texte de fiction: d’une part la suggestion « de l’inconnu de soi-même vu par un.e autre » dans l’atelier d’hiver du Tiers-Livre, d’autre part la suggestion « écrire une nouvelle à partir d’un tableau » du forum Zodiac.

Le Tableau du Temps

Da Ponte. Les Fileuses. Atelier de Jacopo Bassano [Public domain]

Assise dans le salon, elle leva son regard vers le tableau du grand-père, l’arrière-grand-père à vrai dire. Mais on disait toujours le tableau du grand-père. Ce devait être un souvenir de ce qui se disait du temps où son père vivait. D’ailleurs, il ne l’avait pas connu, son grand-père. Il était né bien après la mort du premier. Ce tableau datait de 1900 à peu près. Il était l’œuvre d’un maître local dont elle ne se souvenait plus du nom.

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Nathaniel Hawthorne, un écrivain solidaire des femmes

Je ne sais si c’est l’actualité ou mon histoire, ou celle de la plupart des femmes, mais je pense à Nathaniel Hawthorne (1804 – 1864) et à l’un de ses romans The Scarlet Letter  (1850): La Lettre Écarlate en français.


Photographie de Nathaniel Hawthorne
par Mathew Brady – Library of Congress, Public Domain

Cet auteur m’a toujours paru extraordinairement sympathique, peut-être car je lui suis reconnaissante d’avoir manifesté une certaine solidarité pour les femmes, cette solidarité qui a cruellement manqué au fil des siècles sur toute la planète. Si les Français connaissent relativement peu cet auteur contemporain de Melville, il est considéré aux États-Unis comme un des plus grands romanciers américains. Nathaniel Hawthorne était le descendant d’un des juges qui avaient officié lors du célèbre procès des sorcières de Salem et le seul parmi eux qui n’avait jamais manifesté de regrets.

Ressentant de la culpabilité à la place de son ancêtre, Hawthorne a tenté d’une certaine façon de payer sa dette héritée en écrivant ce roman et d’autres romans et nouvelles où il a peint le puritanisme dont il a dénoncé l’hypocrisie et l’intransigeance.

La Lettre Écarlate

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Échecs au Collège Marshall (une nouvelle: suite et fin)

Le mercredi après-midi, Lise avait deux heures de cours au lycée avec une classe mixte de BTS pour le Magna. Il s’agissait de BTS comptables, de managers d’unités commerciales et d’assistants de gestion de petite et moyenne entreprise. Cela lui donnait l’occasion d’apercevoir au passage des collègues du lycée où elle avait travaillé pendant quatre ans puisque les cours du Magna (formation continue pour les adultes) se déroulaient dans son établissement de rattachement administratif.  Ce jour-là, arrivée près d’une heure en avance, elle avait fait ses photocopies puis s’était assise en salle des profs. Lionel vint la saluer. Professeur de lettres, il était aussi le représentant de son syndicat. Elle lui dit qu’elle était contente d’avoir obtenu une appréciation favorable du proviseur du lycée à son dossier d’avancement par liste d’aptitudes.

Il lui répondit avec un petit sourire et un haussement d’épaules simultané qu’un avis favorable n’aurait pas de poids. Cela ne suffirait pas à obtenir un avancement en grade.
— Je sais bien mais cela me sera utile. Si je suis forcée d’entamer une procédure pour discrimination, il sera plus difficile de m’objecter des arguments d’incompétence ou autres.

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Échecs au Collège Marshall (une nouvelle: 1er épisode)

— Allez, on termine cette partie. N’oubliez pas de vérifier que toutes les pièces sont là en les rangeant dans les boîtes !
— Oh, pourquoi on termine si tôt, aujourd’hui ?
— J’ai une petite réunion avec les autres profs. Allez, dépêchez-vous ! On se revoit la semaine prochaine !

Les membres du club d’échecs du Collège Marshall étaient des élèves de la 6ème à la 3ème. L’âge n’augurait pas de leurs succès échiquéens. Dès l’ouverture du club, ils s’étaient montrés enthousiastes. Ceux qui étaient tout à fait débutants à leur arrivée avaient rapidement maîtrisé la règle du jeu et un grand tournoi interne avait pu débuter. Les joueurs d’échecs y participaient après les premières vingt minutes de la séance consacrée à une démonstration au tableau parfois suivie d’exercices sur des diagrammes ou sur les échiquiers. Pour l’instructrice d’échecs, Lise Dubost, tout ceci était réjouissant.

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Un sourire à frémir

Double inspiration aujourd’hui pour la petite nouvelle qui suit. D’abord une suggestion donnée dans un forum dédié aux nouvelles : un étrange sourire. Et pour l’esprit, celui d’Edgar Allen Poe avec l’épigraphe de Double Assassinat dans la Rue Morgue d’Edgar Allen Poe (dans la traduction de Baudelaire).

Quelle chanson chantaient les sirènes ? Quel nom Achille avait-il pris quand il se cachait parmi les femmes ? — Questions embarrassantes, il est vrai, mais qui ne sont pas au-delà de toute conjecture.

Sir Thomas Browne

Ces questions embarrassantes reviennent à se demander quelle était la ruse utilisée pour commettre l’acte qui allait permettre de tromper l’ennemi (Ulysse pour les sirènes, Troie pour Achille). Le narrateur établit ainsi un contrat de lecture avec le narrataire, lui révélant qu’il devra résoudre une énigme qui sera de déceler la ruse du brigand.

Imaginons maintenant que le brigand soit l’écrivain lui-même ou plutôt le narrateur. Que veut-il gagner ? Que veut-il obtenir de son lecteur ou narrataire?

Il veut obtenir que celui-ci soit attentif à tout ce qu’il dit et poursuive sa lecture jusqu’au bout, croyant tout ce qu’il dit. Et qu’il soit peut-être surpris à la fin.

Pour le rendre attentif, il va le flatter, le rendre complice, faire qu’il se sente intelligent, peut-être même plus que lui, l’auteur. Il va lui offrir des sensations, des sentiments d’attente, de suspense, des évènements qui le feront frémir. Il l’emmènera dans un monde passionnant, prenant, qui le comblera autant du point de vue de l’intellect que des sens. Il lui permettra de rêver et d’imaginer. De réfléchir et s’aventurer dans des hypothèses. Il y aura au moins un point culminant qui coupera le souffle du lecteur. La résolution du problème ne se déroulera pas sans anicroches. Enfin, la fin comblera les attentes du lecteur ou encore, le laissera se tourmenter quelques temps à se demander si la résolution était bien telle qu’il l’avait comprise et si ce n’était pas plus compliqué que cela.

Je n’ai pas encore tant d’ambition mais voici ma nouvelle de ce jour.

Un sourire à frémir

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Et personne pour rêver d’écriture

Je vais partir d’une phrase de Onze Rêves de Suie (2010) de Manuela Draeger qui fait partie de la même communauté d’auteurs qu’Antoine Volodine :

« Et personne. »

Onze Rêves de Suie (2010) par Manuela Draeger

Elle est dans le texte « Les Adultes » que je n’ai pas encore lu. Je vais commencer à écrire à partir d’elle. Je ne pense pas que ce que j’écrirai aura des résonnances avec le texte de Manuela Draeger, mais qui sait ? J’ai déjà lu une trentaine de pages de ce livre, donc il aura forcément une certaine influence sur ce que je vais écrire.

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Lire Montaigne est facile

Je lis ici, en vidéo, une page des Essais de Montaigne (1580-1588) Livre 2 Chapitre XVI – De la gloire pour montrer que, malgré les quatre siècles qui nous en séparent, la lecture de cet auteur nous est accessible. Voici la page en question:

Les Essais de Montaigne (1580-1588) Livre 2 Chapitre XVI – De la gloire

Ma lecture  de cette page

Lire Montaigne est facile

Liens divers

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En l’honneur de la Cantatrice Chauve d’Eugène Ionesco

En 1947, inspiré par les phrases d’exercices de L’Anglais sans peine de la méthode Assimil, Ionesco conçoit sa première pièce La Cantatrice chauve, qui est jouée en 1950 et à défaut d’attirer immédiatement le public, retient l’attention de plusieurs critiques, du Collège de ‘Pataphysique, et de plusieurs amateurs de littérature, comme ses amis, le couple Monica Lovinescu et Virgil Ierunca.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A8ne_Ionesco
La Cantatrice Chauve – image versée par Serge Lachinov dans Wikipedia

À mon tour : voici une petite parodie de pièce ou une petite pièce de parodie

Le Patient au Service de Pataphysique (par Céline Roos, le 19/02/2019)

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Entends-tu mes mots?

Je m’inspire d’une phrase tirée du livre de Thomas Pynchon, Vineland (1990), traduit de l’américain par Michel Doury :

Prairie s’engagea là-dedans comme une petite fille dans un château hanté, conduite de pièce en pièce, de feuillet en feuillet, par la blancheur périphérique, le murmure pressant, du fantôme de sa mère. Elle n’ignorait pas à quel point l’ordinateur peut être littéral – même les espaces entre les signes comptent -, elle se demandait si les fantômes le sont de la même façon.

Vineland par Thomas Pynchon, traduit par Michel Doury
Entends-tu mes mots?
Céline Roos montre le livre traduite en français, Vineland de Thomas Pynchon, traduit par Michel Doury.

Histoires de mots en cinquante-cinq mots et moins

Les mots qui fâchent

D’après Stephen King, il ne faut pas avoir peur d’écrire les mots qui fâchent, de se faire des inimitiés dans la société. Moi, j’avoue que j’en ai peur. Mais parfois mes mots fâchent et je ne sais pas vraiment pourquoi. A posteriori, je fais des suppositions mais ne suis jamais sure d’avoir trouvé la raison.

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Thème par Anders Norén | Réalisation Nicolas Bourbon

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