Céline Roos

Lire Écrire Rêver

Petite bibliographie de nouvelles

Il est clair, une fois de plus, que ma veine fictionnelle est enfouie quelque part et que je me suis un peu égarée. J’écris beaucoup, mais ce que j’écris me semble trop proche de l’autobiographie ou, parfois, au contraire, trop déjanté et surréaliste. Alors, je vais raconter où j’en suis de mes lectures. Les mêmes ouvrages traînent parfois pendant des mois sur ma table de chevet puisque j’ai constamment plusieurs livres entamés. Je vais mentionner principalement les recueils de textes courts, nouvelles ou autres. D’ailleurs, j’hésite à le faire car je lis encore principalement en anglais, mais certaines de ces nouvelles sont traduites en français.

John Gardner

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Je suis en train de terminer ma lecture du recueil de nouvelles de John Gardner, The Art of Living and Other Stories (1974,…, 1989). Il s’y trouve quelques gemmes ! En particulier, je pense à « The Joy of the Just » : une nouvelle excellente, finalement comique, alliant la cruauté paysanne, le désir de revanche avec le discours religieux et l’hypocrisie de tous. Les textes sont variés, en thème et en taille, la plus longue (100 pages), « Vlemk The Box Painter », étant un beau conte à propos d’un peintre capable de donner la parole à ses créations, qui est une réflexion sur la création artistique, la vocation artistique, et la reconnaissance que l’artiste peut espérer ou craindre.

Malheureusement, ce livre n’est pas traduit. Je ne sais pas à qui il faudrait s’adresser pour avoir le droit de le faire. Si quelqu’un a une idée, merci de me le dire. Ce serait un défi de taille, mais je serais ravie de m’y atteler !

Richard Ford

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Je n’ai pas encore lu toutes les nouvelles de la magnifique anthologie compilée par Richard Ford : the Granta Book of the American Short Story (1992). Une très jolie nouvelle est celle de John Updike : « Here come the Maples » (1976). Il s’agit d’un homme, qui, à la veille de son divorce, se souvient de sa journée de mariage. Je pourrais aussi mentionner la nouvelle « Testimony of Pilot» (1978) par Barry Hannah dont les thèmes principaux sont la musique, blues, rock, jazz, classic, mais aussi l’amour, la mort et la surdité. Mais elles ne sont que celles que j’ai lues récemment. Le recueil contient quarante-trois, toutes de très grande qualité.

Pierre Michon

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Je viens de lire « La vie du père Foucault » une des Vies Minuscules (1984) de Pierre Michon. La brillance de cette écriture pourrait être décourageante pour moi. Quel travail ciselé ! Et peut-être un peu tapageur mais il est possible que cet effet soit volontairement accentué pour accompagner la relation de cette scène d’ivresse où un écrivain, accompagné de son épouse dans divers estaminets provinciaux, s’amuse à démonter les tentatives d’un jeune bonimenteur qui plus tard l’attendra dans une ruelle sombre pour lui faire rendre gorge à coups de poing qui le forceront à un séjour prolongé à l’hôpital. C’est là qu’il sera témoin de la résistance du père Foucault, un vieil homme de classe sociale pauvre, envers les médecins qui veulent le pousser à aller se faire soigner pour la raison qu’il est illettré. L’homme, dans sa simplicité, émeut l’écrivain par sa ténacité et sa honte de ne pas être lettré.

Halo Fractures

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Un autre recueil de nouvelles, moins prestigieux peut-être. Il s’agit du recueil de nouvelles Halo Fractures : extraordinary tales from the Halo canon (2016), de la science-fiction, donc. Il s’y trouve quelques très bons textes, en particulier une belle nouvelle de SF de Frank O’Connor : « Saint’s Testimony », « Into the fire » de Kelly Gay, une autre de Brian Reed : « Rossbach’s World » et « Oasis » de Tobias Buckell.

Margaret Atwood

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Je ne voulais pas oublier de mentionner Wilderness Tips (1991) de Margaret Atwood, un recueil de nouvelles que j’avais admirées lorsque je les avais lues. Un peu sombres et mystérieuses, et féminines. La traduction française du titre est Mort en lisière, Robert Laffont, (1996).

Je viens de relire la nouvelle « Isis in darkness ». Excellente. Un poète peu convaincu se trouve complètement paralysé lorsqu’il rencontre une jeune poétesse dont le talent le fascine. Lui-même s’arrête d’écrire et fait des travaux universitaires pour obtenir un poste et gagner de l’argent. Jeune, il va chercher Selena dans l’île où elle habite mais elle le raccompagne au ferry. Dix ans plus tard, c’est elle qui vient chez lui pour y trouver refuge mais devant l’incompréhension de l’épouse elle décide de repartir. Encore dix ans plus tard, il la revoit dans la rue, abîmée, clochardisée peut-être et peu de temps après il apprend sa mort. Alors, certains media commencent à s’intéresser à elle et lui-même, plongé dans ses fiches, tente de la reconstruire en l’écrivant, de lui ériger son temple. Il est devenu son moine.

Philip K. Dick

J’ai aussi récemment terminé ma lecture du recueil de nouvelles L’Homme Doré (1982) de Philip K. Dick. Là, je dois avouer avoir trouvé que ces nouvelles n’étaient pas de grande qualité (alors que j’admire les romans de cet auteur). Il est possible que ce soit la traduction qui ne rende pas honneur au texte original, mais je ne le crois pas.

Paul Auster

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J’ai trouvé une très jolie nouvelle dans mes annales d’anglais du Bac 2011. Il s’agit de « Wash Guilt » de Heather Atwood, parue dans le recueil True Tales of American Life (2001) édité par Paul Auster. Cette nouvelle joue sur un lapsus expérimenté par la jeune narratrice et personnage principal qui se sent probablement coupable de l’attitude qu’elle a avec sa mère.

Une conclusion ?

J’aurais aussi pu mentionner celles de Jorge Luis Borgès ou celles de Marguerite Yourcenar que j’ai lues il y a quelques années, ou encore Gens de Dublin de James Joyce. Si je lis ce grand nombre de nouvelles plutôt que des textes plus longs, c’est en partie parce que j’essaye aussi d’en écrire.

En France, lorsque des organisations diverses vous proposent de participer à un concours de nouvelle, ils vous donnent souvent certaines consignes assez strictes en rapport avec leur conception de ce qu’est une nouvelle. En particulier, ils veulent une chute et ils ont des exigences sur le petit nombre de personnages, etc.

Ma lecture extensive de nouvelles me confirme dans mon impression que la façon de voir à la française est bien trop rigide et restreinte. Je pourrais citer quantités de magnifiques nouvelles qui ne répondent pas à ces critères.

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  1. Godard-Livet

    Comme toi, tu le sais, j’adore les nouvelles. Dommage que ça n’ait pas la côte en France, alors que c’est parfaitement adapté au temps d’attention que les gens peuvent consacrer à la lecture.
    Pour ta crainte de faire trop autobiographique, lis Modiano : il passe son temps et ses livres à rechercher les souvenirs indistincts de son passé et il a eu le Nobel !

    • Céline Roos

      Chère Daniele, je n’oserais me comparer à Modiano! L’autobiographie devient ridicule lorsque l’écrit n’est pas de bonne qualité et j’ai une assez grande famille: les implications peuvent donc être de taille. Un jour, peut-être, si je me sens plus sûre de moi.

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