Céline Roos

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Pour les autres: agir ou réfléchir?

Aujourd’hui, je vais publier un vrai article de blog, rien de bien littéraire: ni une nouvelle, ni à propos de livres. Je vais parler d’une de mes préoccupations de vivante parmi les vivants. Est-il urgent d’agir ou de réfléchir?

Ces jours-ci, je suis soucieuse pour une dame que je rencontre souvent au cours de mes promenades ou de mes courses dans le quartier. Elle et son époux tiennent un petit commerce depuis plusieurs années. Elle semble très malheureuse et me fait des confidences. Il y a quelques mois, elle se plaignait surtout de devoir tant travailler, tenir le commerce seule et de ne pas avoir d’aide de son mari. Elle a un peu repris des forces aujourd’hui mais a dû être hospitalisée le mois dernier puisqu’elle avait cessé de s’alimenter. Elle m’a déjà montré des bleus sur son bras et m’a dit qu’elle était parfois brutalisée à la maison. Elle dit s’être présentée à la police pour demander de l’aide mais, selon elle, ils lui ont dit que si elle n’avait pas d’adresse où se réfugier, ils ne pouvaient pas l’aider. Selon elle, son mari voudrait la faire interner.

Je ne prends pas tout ce qu’elle me dit pour argent comptant puisqu’il y a certaines incohérences au niveau de certains domaines que je connais un peu mieux (l’année dernière, elle s’était préparée pour et aurait réussi à obtenir le Capes). D’autre part, elle n’est pas recluse et a la possibilité de parler à une grande quantité de personnes. La situation n’est peut-être pas si dramatique, en conséquence, même si je suis certaine qu’elle est en détresse. Néanmoins, je ne sais pas comment l’aider.

Je ne suis pas la seule à me faire du souci pour elle : l’autre jour avant de passer devant son commerce, j’avais acheté à la boulangerie des viennoiseries avec l’idée de les partager avec elle et lorsque j’étais arrivée, une autre dame du quartier avait visiblement eu la même idée. Nous voulions toutes deux nous assurer qu’elle avait mangé quelque chose. Il est essentiel qu’elle commence d’abord à reprendre des forces et retrouver une bonne santé.

« Penser à elle-même » a été le conseil que j’ai donné à la fleuriste pour la détourner de ses idées obsessives sur les manigances de son mari. En temps normal, je ne pense pas qu’il soit tellement bon de se focaliser sur soi-même. Au contraire, un certain altruisme, le regard vers les autres, l’acceptation des autres, les échanges humains sont aussi enrichissants socialement et affectivement. Le cas de cette dame est relativement poignant et urgent. Malheureusement, dans ma position de voisine de quartier, relativement éloignée car je ne sais d’elle que ce qu’elle raconte et parce que je ne l’ai jamais rencontrée dans un autre cadre qu’à son poste de travail, je ne sais pas jusqu’à quel point les conseils, les pistes que je peux lui donner peuvent lui être utiles ou, au contraire, être nocifs. Nous avons tous une responsabilité envers les autres mais nous pouvons aussi leur faire du mal, parfois sans le vouloir.

Dans le passé, j’avais ainsi été témoin d’une situation gênante dans un collège où je travaillais. Une jeune collègue, professeur stagiaire d’allemand était enceinte et, ayant quelques soucis de santé, avait dû prendre quelques congés-maladie. J’avais entendu les collègues germanistes parler de son manque d’entrain pour l’enseignement et du fait qu’elle n’était pas faite pour cela. J’avais tenté de l’excuser rappelant qu’il pouvait arriver à tout le monde de tomber malade. Ensuite, elle était partie en congé maternité et il est vrai qu’au retour, ses séances d’enseignement avaient été difficiles et sa tutrice de stage peu satisfaite. Lorsqu’une formatrice de l’IUFM l’avait visitée en classe, elle n’avait pas pu prouver qu’elle avait acquis les compétences et les savoirs-faire attendus en cette période de l’année mais il n’y avait rien d’étonnant puisqu’elle n’avait pas vraiment effectué son stage qui allait probablement être renouvelé l’année suivante.

Il nous est arrivé de bavarder à l’occasion mais je ne lui ai jamais dit ce que j’avais entendu. Avais-je tort ? J’ai raisonné ainsi : la période du stage est très difficile pour les professeurs stagiaires, qui après avoir réussi leur concours, se trouvent pendant dix mois en situation d’être jugés et évalués de tous côtés, par les formateurs IUFM, par les tuteurs des divers stages qu’ils doivent réaliser et par les chefs des divers établissements (leur collège ou leur lycée, les établissements classés « violence », les établissements classés ZEP – les détails ont pu changer depuis mon époque). J’ai préféré ne pas ajouter au stress qu’elle ressentait probablement.

Quelques semaines plus tard, alors que nous prenions un car ensemble, elle me raconta qu’elle avait rempli ses vœux pour l’établissement où elle travaillerait l’année prochaine. Elle savait qu’elle ne pourrait pas être titularisée cette année et craignait même de se faire licencier. Je la rassurai sur ce point en lui disant que l’IUFM ou le corps des inspecteurs ne courraient pas un tel risque. Il serait trop facile de contester cette décision mais elle devrait demander l’aide d’un syndicat. Elle me surprit par contre en me disant que son premier vœu était de faire sa deuxième année de stage dans le même établissement scolaire. Je trouvais qu’elle ne bénéficiait pas d’un bon soutien de la part de ses collègues mais mes doutes ne servaient pas à grand-chose puisqu’elle avait déjà rendu ses vœux. D’ailleurs, elle était d’un naturel assez heureux et ne percevait pas ce que ses collègues disaient d’elle. Je n’ai jamais su comment l’avenir avait tourné pour elle.

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  1. Godard-Livet

    Troublant ton texte ! Que faire, comment faire devant ces détresses ? Etre à l’écoute est déjà qqch…mais je ne sais pas plus que toit.

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