Céline Roos

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Que fait l’écrivain public ?

Hier, c’était mon après-midi d’écrivain public. La différence pour moi, c’est alors de ne pas m’écouter, de ne pas écouter les voix en moi, mais celles de la personne qui vient me demander d’écrire.

La première heure, à 13h, j’aurais dû faire de la lecture à une dame qui a besoin que l’on lise son courrier. Mais elle n’est pas venue. Il est vrai qu’il arrive souvent que des personnes qui avaient pris un rendez-vous ne se présentent pas, mais cela ne me dérange pas vraiment, puisque cela me donne du temps pour continuer mes propres écrits.

Écrire, image placée par Yugiz dans Wikipedia Commons

À 14h, une dame a voulu que j’écrive une lettre adressée à son organisme des HLM pour faire rectifier son adresse car ils oubliaient une petite lettre après le numéro de son immeuble, ce qui entrainait des problèmes : des courriers de la banque qui revenaient avec la mention « destinataire inconnu », la préfecture qui n’acceptait pas la différence entre les deux adresses, etc. Elle avait déjà signalé le problème mais cela avait été sans effet. J’espère pour elle qu’un courrier tapé et rédigé dans un style plus administratif aura plus de succès.

Puis à 15h est venu un usager régulier qui m’a demandé de lui remplir son dossier de renouvellement de dossier MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées), puisque c’était indispensable au bout de 10 ans. Ils avaient bien essayé de lui dire qu’il avait l’âge pour demander sa retraite, mais il désire attendre encore un peu, car il lui manque des trimestres pour en bénéficier pleinement.

Je trouve un peu dommage que ce Monsieur et la dame précédente n’aient pas pu, un jour, bénéficier d’une formation qui leur aurait permis de traiter ce genre de courriers et formulaires. Ce n’est certainement pas par manque d’intelligence qu’ils ne peuvent le faire car, à l’oral, ils font preuves de bonnes facultés de raisonnement. Par ailleurs, au moins pour l’un deux, cela permet peut-être d’avoir un certain contact social, de pouvoir parler avec quelqu’un de sa situation.

La quatrième personne était dans une situation très difficile. D’une part, il s’exprimait très difficilement en français, mais surtout il se retrouvait avec une dette de plus de 10 000 euros pour des amendes SNCF lorsqu’il avait été pris alors qu’il faisait le trajet vers Paris sans titre de transport. N’ayant pas payé les premières amendes, ni répondu aux convocations du tribunal, ses premières amendes avaient été alourdies de frais de dossier et que sais-je ? Il m’a donné comme seul justificatif à joindre à sa lettre une fiche de salaire du mois d’octobre : un salaire inférieur à 400 euros net. Il m’a demandé de leur écrire que sa dette est trop lourde. Je lui ai rédigé sa lettre, mais je lui ai dit qu’elle ne servait à rien, qu’il devait absolument contacter quelqu’un qui puisse l’aider, peut-être consulter une aide juridique gratuite par le biais de certains organismes d’aide, voir s’il peut s’adresser à la commission de surendettement. De mon côté, je ne pouvais pas vraiment l’aider.

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  1. C’est très agréable à lire, tout en retenue et en délicatesse. Tu trouves vriament un ton très personnel, d’une grande simplicité mais qui me touche énormément.

    • Céline Roos

      Merci Danièle! Je suis peut-être inspirée par ceux que je rencontre, qui sont souvent d’une grande dignité dans des situations très compliquées.

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