Ma veine fictionnelle est toujours coincée, prise que je suis dans un circuit de visites médicales et de divers bobos, interventions et traitements. D’une certaine façon, je me considère chanceuse : je vis dans un pays et une région où je peux bénéficier de soins, la clinique et les cabinets médicaux sont à moins d’un km de ma résidence, ma famille proche est présente et je suis avertie du danger ce qui me donne la possibilité de me préparer à toute éventualité !
Je ne voudrais néanmoins pas laisser se tarir mon blog et je vais donc publier un petit patchwork de mini-textes (en fait, j’ai une nouvelle en préparation mais elle ne me satisfait pas du tout pour l’instant).

Quelques textes très courts à propos d’hôpitaux et de confinement

Histoires hospitalières

1) Alors que je prétendais qu’il ne s’agissait que d’une nouvelle étape dans ma vie, son regard me disait : « tu ne sais pas ce qui t’attend, ma pauvre ». Puis ma voisine de chambre, amaigrie par des années de maladie, s’en alla pour sa prochaine séance de chimio.

2) Images terribles de cet hôpital syrien souterrain où les bombardements de cauchemar s’abattent depuis neuf ans. Les médecins de la grotte soignent, sans anesthésiques mais avec de la musique, et écoutent les « pourquoi ? » d’enfants amputés de leurs membres et de leurs parents.

3) Quel confort ici ! J’ai un médecin en face de chez moi, deux pharmacies proches situées à égale distance au nord-ouest et au sud-est et la possibilité de choisir mes médecins et l’hôpital ou la clinique où je me ferai soigner.

4) Dernière soirée à l’hôpital. Une aide-soignante m’a parlé en détail de ses enseignants lorsqu’elle était élève dans l’établissement où j’enseignais, un an plus tôt. Plus tard, je me promène dans le couloir et me fait dépasser par deux brancardiers. « Madame Roos ? » L’un d’eux avait été un de mes élèves, bien sympathique.

5) Dans une salle d’attente de la clinique de l’Orangerie, de ma fenêtre, je vois une étonnante tour dont une des façades est illuminée par une immense fenêtre ronde aux vitraux jaunes, verts et gris et dont le toit ressemble au chapeau du grand vizir.
La villa Stempel se trouve 4 rue Erckmann-Chatrian.

Histoires confinées

1) S’il en est qui sont heureux que nous soyons bloqués à la maison, ce sont nos animaux domestiques ! Nous sommes devenus les humains domestiques.

Les miaulements de Mystère me font penser à des complaintes : il semble toujours réclamer de l’amusement, de l’attention. Pourtant, il ne fait pas énormément d’efforts. Il nous force toujours à tendre le bras pour le caresser. Puis, subitement, il bondit et se place tout proche, museau contre visage, en nous regardant intensément dans les yeux. En ce moment, il mange et en semble satisfait. Chip, quant à lui, a nettoyé son assiette en un éclair. Il adore manger quand nous sommes tous là.

2) Voici ce qu’une jeune femme a dit à un journaliste dans la revue Tout le Bas-Rhin (le magazine du conseil départemental du Bas-Rhin, n° 119, septembre-octobre 2019).

« J’avais déjà travaillé dans des hôpitaux et en usine, mais je voulais savoir si j’arriverais à m’adapter rapidement au métier de femme de chambre dans un hôtel.

[…] le métier m’a plu. Aujourd’hui, je suis en CDD pour 6 mois pour commencer et avec des formations, je pourrai peut-être devenir gouvernante dans un hôtel. »

Je considère l’impact négatif de la crise de santé actuelle sur les métiers et l’industrie de l’hôtellerie et de la restauration et j’ai peur que le CDD de la jeune femme ne soit pas renouvelé en ces circonstances.

Le programme dont a bénéficié cette dame s’adressait à des chômeurs de longue durée et à des bénéficiaires du RSA. Je trouve seulement dommage que ces programmes ne soient pas destinés à offrir des formations d’un niveau de qualification plus élevé. Je suis sûre que parmi les personnes au chômage et au RSA, il y en a plusieurs qui ont un niveau d’étude supérieur au brevet des écoles.

Maintenant, il est vrai que des personnes au RSA sont certainement heureuses de gagner plus d’argent même si ce n’est que pour quelques mois.

3) Juste avant le confinement, j’ai été abordée par un journaliste de RTL, porteur d’une coque de protection. Il a remarqué que je sortais le chien (il le faut bien) et m’a demandé si j’allais acheter du pain (non). Je lui ai demandé d’être moins proche de moi. Il a alors voulu rallonger sa perche-micro et j’ai décliné l’offre.