Céline Roos

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Une courte nouvelle : Professeur Lumière, IA, prend des vacances

Mes chroniques avaient cessé, au début de cette dense année 2020, de relater les péripéties du Professeur Lumière, l’intelligence artificielle désireuse de se former à la profession d’enseignant. Sans doute pourtant, notre androïde a poursuivi ses recherches en vue de mieux comprendre les humains. Il se trouve que, dernièrement, il s’est intéressé au mystérieux concept des vacances.

Il est possible de relire les épisodes précédents de ses aventures ici:

Tout enseignant est d’abord stagiaire, voir la nouvelle : Professeur Lumière, IA.

Professeur Lumière, IA ne se laisse pas décourager. Voir la nouvelle : Professeur Lumière, IA invaincu

Le temps de la réflexion : Professeur Lumière, IA vers Cybintel

Comment pense-t-il donc ? Où l’on accède à des bribes authentiques de la « pensée » du Professeur Lumière, IA

Même absent, l’on parle du Professeur Lumière! Une nouvelle: Au Symposium, Professeur Lumière, IA

Mais, voici donc ma nouvelle du jour:

Professeur Lumière, IA, prend des vacances

Ceux qui venaient là étaient de toute forme, de toute nature. Certains avaient des ailes, d’autres étaient quadrupèdes ; il y avait ceux qui sinuaient et se couchaient sous des roches et puis bien sûr, les bipèdes recouverts de tissus qui marchaient sur des lamelles de cuir ou de plastique. Il y avait aussi les pierres qui pour certaines n’avaient pas bougé depuis des décennies. Les éphémères aussi, petits insectes ou plantes qui ne vivaient qu’un jour ou qu’une saison.

Pour certains, le rendez-vous était périodique. Un jour, il y eut du nouveau. Dans l’auberge, celle justement qu’un couple de bipèdes vêtus d’étoffes fréquentait annuellement, une entité cognito-affective portée par des jambes de plastique et de métal léger s’adressa au préposé pour louer une chambre. Professeur Lumière, IA, était venu expérimenter les vacances humaines à Gérardmer.

Lumière savait que l’établissement possédait une salle expressément équipée pour permettre aux IA, androïdes ou non, de recharger leurs batteries. D’ailleurs, le préposé à l’accueil lui-même était un androïde. Son apparence physique était particulièrement soignée pour ressembler à un humain – tout en arborant sur son veston une carte mentionnant sa nature robotique –, mais ses capacités cognitives étaient réduites et se limitaient à la gestion de l’accueil, la vérification des comptes-clients, quelques compétences en premiers soins sur les êtres de chair. Si un client lui posait une question complexe, le préposé énonçait un avertissement signalant qu’il n’était pas assez sophistiqué pour y répondre et fournissait un pamphlet donnant les contacts utiles.

Ce n’est donc pas vers lui que Lumière se tourna pour débuter son enquête. Il savait que le concept de vacances était opposé à celui de travail et a fortiori à celui de méthode.

Il sortit pour se promener dans les bois et parmi les fourrés qui entouraient le lac, sur les sentiers dont il redoutait pourtant la poussière certainement nuisible à son organisme. Il avait vérifié que tout l’équipement nécessaire à son nettoyage était bien disponible à l’auberge. Le préposé l’avait assuré qu’il serait à ses petits soins lorsqu’il rentrerait. Lumière devrait juste mesurer le temps de ses excursions car, paradoxalement, il était plus fragile que les humains en face des éléments naturels.

Lumière s’assit sur une pierre qui lui semblait assez propre, légèrement à l’écart du sentier. Des feuilles jonchaient le sol. Il en voyait d’autres tomber spontanément et d’autres encore suspendues chatoyaient de leurs diverses nuances de vert, ocre et rouge sous les rayons dansants du soleil. Il resta là une heure pendant laquelle il vit passer devant lui quelques paisibles humains, des grand-parents avec de jeunes enfants, une femme porteuse d’un embryon qui lui distendait l’abdomen, deux canidés à la course rapide et désordonnée, un félin à l’allure faussement décontractée, des écureuils joueurs et fureteurs. Il vit une femme étreindre un tronc d’arbre en s’appuyant contre lui.

Il se demanda si cela correspondait à une activité habituelle des vacanciers et songea à le lui demander mais elle l’ignora. L’amoureuse des arbres dédaignait manifestement les entités faites de métal et de circuit électriques. Petit resserrement de l’éventail des réponses éventuelles et apparut ce que les humains auraient probablement appelé déception ou sentiment de rejet.

Lumière étendait l’ensemble de ses facultés perceptives et sensorielles et s’ouvrait à la myriade de mini-faits dont il n’avait jusque-là pas eu connaissance. Le temps qu’il s’était accordé pour rester à l’extérieur s’écoulait et il lui faudrait bien rentrer pour sa propre sécurité. Mais sa vocation actuelle d’observateur des vacances humaines se muait en quelque chose dont il eut l’intuition, par la suite, qu’il s’agissait de ce que les humains appelaient contemplation.

Les rayons de soleil lui chauffaient plaisamment le revêtement. S’approchant de son pas léger, le chat qu’il avait déjà aperçu auparavant vint tester à son tour la chaleur des jambes ensoleillées de Lumière, s’y installa confortablement et émit un éloquent ronronnement de satisfaction lorsque celui-ci se risqua à effleurer de ses doigts de métal la nuque du félin. Lumière eut l’impression que la chaleur de ses membres, augmentée par l’interaction animale, se diffusait dans l’ensemble de ses circuits intérieurs. Si son visage avait été humain, on y aurait vu un sourire heureux.

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  1. danièle

    sourire .

    • Céline Roos

      Oui, j’ai pensé à l’utiliser pour le thème du sourire du Zodiac, et puis…
      Penser aux éventuelles futures aspirations des intelligences artificielles change un peu nos perspectives actuelles un peu mortifères.

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