Voici comment a débuté la création de cette petite nouvelle dont je ne trouve pas le thème de mésentente familiale très sympathique (mais je lutte contre ma tendance psycho-rigide à éviter les images déplaisantes). Parfois, j’écris pour moi-même une série de questions, sans réfléchir, pour m’en servir plus tard de base d’inspiration pour un écrit. Ainsi, le 23 juin, j’avais posé quelques questions dont, par exemple :

Quand décideras-tu d’aller faire une longue promenade ?

Dans quelle mesure crois-tu à ton avenir ?

Mais qui es-tu donc ?

Mielleusement ou mièvrement ?

Enfin, as-tu compris quelque chose à tout ça ?

Fantaisie ou furie ?

Hors-champ, quelle est ton attitude ?

Étape suivante, quelques jours plus tard, j’ai tiré au sort la question « Fantaisie ou furie ? »


Pèse-sorcière, Oudewater, Pays-Bas
par Martinvl / CC BY-SA (Wikimedia Commons)

J’ai alors pensé : la question n’est pas logique. Ce pourrait être : fantaisie ou folie, ou encore une fantaisiste ou une furie. Mais soit : fantaisie ou furie. Cette action est-elle un signe de fantaisie ou de furie de l’accusée, de la malade, de l’individu dont on se préoccupe en ce moment ?

Alors, quelle action et quel individu ?

Je me suis fait un petit tableau, très vite, sans y penser trop :

Fantaisie/furieIndividu
Habillement incongruMoi
Nourriture déraisonnableSuspect
Entassement objets délabrésChat
Manuscrit incohérentForcené
Abandon traitementSorcière
Danse dans la ruePharmacien
Incantations dans le délireVoisine
Enregistrement mélopéeDorothée
Maquillage effrayantÉbéniste
Balbutiements baroquesGardien d’immeuble
Gestes coléreuxHorodateur robotisé
Irruption dans théâtreChiropracteur
JappementsLester
Pépiements post-apocalyptiquesOuvrier de chantier
Querelles impromptuesRentier désabusé

Autre tirage au sort et j’ai écrit ces quelques phrases d’amorce :

La sorcière manifeste sa joie par des gestes coléreux.

Lester provoque des querelles impromptues.

Le suspect manifeste son désir d’abandon du traitement.

La voisine affuble les enfants d’un maquillage effrayant.

L’horodateur robotisé émet des jappements.

Cette semaine, la première de ces phrases a été à l’origine de la mini-nouvelle qui suit. Alors, je suis un peu schnoque sans doute, mais ce procédé, mixture de tirage au sort et d’écriture blanche m’a permis d’écrire un petit texte, dont je ne prétends pas être fière.

La sorcière et les deux frères

Les gestes coléreux de la sorcière me rassurent plutôt. Lorsqu’elle est mielleuse, le danger est proche. Ses criailleries furibondes nous apprennent qu’elle se sent joyeuse. Son venin va nous épargner aujourd’hui.

Avec Zak, nous nous attablons à la cuisine en nous demandant d’un regard si un geste vers le frigo risquerait de provoquer une crise. Zak s’empare audacieusement de la poignée de la porte. La voix de Carabosse claque comme une lanière de fouet. Le jour où Zak a épousé cette furie, il aurait mieux fait de tomber dans un fossé de purin avant d’aller se pavaner dans une boutique de luxe pour se faire coffrer le temps que la mégère se fasse la malle.

Moi, Al, je ne dis rien. Les histoires de couples …. Mais si j’avais pu éviter de revenir dans cette ambiance pourrie avant son divorce ! Je suis dans le pétrin et je compte sur lui. Enfin, s’il y arrive. Puis, ses fringues ! Drôles de couleurs. Jamais vu ça, ce sac de fleurs rouge et orange qui crache le feu.

Zak et sa bonne femme ont parlé. Zak lui répond : – Je ne vois pas le rapport.

Avec culot, la harpie se campe et répond de son ton doucement vachard :

– Prends le temps qu’il faut. Tu vas y arriver.

La garce doit se sentir clouée par nos regards-poignards. Elle sort de la cuisine, elle a du travail.

Enfin tranquilles, on se sort deux bières et des verres. On discute de ce qu’on va faire ce soir. Le frérot a vieilli. Dans le temps, on serait sorti voir les potes jouer un peu de musique. On aurait emporté nos guitares aussi. Il me propose juste de regarder un DVD.

Je vais commencer à lui expliquer mon problème. Il va m’aider, me demande comment ça va avec ma copine. Ça va, elle n’est pas pénible. Aussi, on ne se voit pas tous les jours, du coup, aucune histoire quand je vais aux courses puis m’écroule après la biture.

Juste là, j’aurais bien besoin d’une partie de l’argent qu’il m’a promis. Il ne le prévoyait pas si vite, mais il dit qu’il va s’arranger. Cool, on va acheter un autre pack de six avant le film. Depuis que la mater a clamsé, le frangin et moi, on se paye des vacances. Dommage qu’il faille supporter l’autre.

– Mais, t’entends ce braiment ? Il y a un âne dans la maison ?

– Ha ! Agatha enregistre la « Mélopée de l’Inconnu ». Ne me regarde pas bêtement, je n’ai rien à voir avec ça.

– Pourquoi elle fait ça ?

J’apprends que je ne croyais pas si bien dire lorsque je l’ai traitée de sorcière. Ma belle-sœur ferait partie d’un groupe de femmes qui se réunissent chez l’une ou l’autre ou encore Zak ne sait pas où. Il ignore ce qu’elles font, mais à chaque fois, avant d’y aller elle se prépare avec une chanson sinistre.

Justement, la voilà qui revient pour annoncer la visite de ses amies. Zak lui fait remarquer qu’on a rien à manger dans le frigo, même plus de jambon. Elle le regarde d’un drôle d’air.

On va faire un tour et sortir de là.