Je mène en ce moment une vie assez intense qui me bloque un peu du point de vue fictionnel. Pourtant, j’ai quand même pensé à aller prendre des nouvelles de Hannah, un de mes anciens personnages, pour voir comment elle se débrouillait.

Rappel des épisodes précédents

Voici le premier épisode de ses aventures : Hannah et après

Et le deuxième : Salon avec poupée et Hannah

Le troisième : Hannah et Chloé vont au cirque

Le quatrième : Hannah reprend un job étudiant

Hannah en CDD

Image Pixabay

— J’ai su que tu as eu un bébé.

— Oui, elle a trois ans, elle s’appelle Mélodie. Comment tu l’as su ?

— Ma mère a rencontré la tienne, l’année dernière.

Hannah venait de croiser Alice, son ancienne copine de lycée et elles s’étaient assises dans le premier établissement venu pour prendre un café. Elles ne se trouvaient pas loin de l’endroit de son accident quelques mois plus tôt. Elles firent l’inventaire des anciens amis avec qui elles avaient gardé le contact puis abordèrent le sujet de leur prof de SET, Mme Ortega, qui les avait tant marquées.

— Ça me faisait toujours peur quand elle était comme ça.

— Peur ? Moi, je l’aimais bien, elle avait quelque chose de passionné.

— On sait ce qu’elle est devenue ? Tu crois qu’elle est encore prof ?

— Elle n’était pas si vieille. Elle ne peut pas encore être à la retraite, mais je ne sais pas. Elle était quand même bien frappée !

Hannah avait été ravie d’avoir une prof qui sorte de l’ordinaire, même si celle-ci avait vraiment disjoncté à la fin. Elle avait certainement ses hauts et ses bas ; c’était le cas de le dire. Lors de leur dernière séance avec elle, dans un moment d’affolement ou d’exaspération, la prof avait grimpé et s’était juchée sur l’appui devant une des hautes fenêtres (les plafonds des salles de leur vieux lycée devaient bien être à quatre mètres de hauteur) en hurlant que si l’on considérait que son travail d’enseignante ne valait rien, elle ferait aussi bien de se jeter dans le vide. Certains élèves s’étaient élancés pour la retenir pendant que d’autres étaient allé chercher de l’aide et ce n’est que la proviseure qui avait pu la calmer et la faire redescendre en sécurité.

Sa vieille copine avait l’air plus fine mais aussi un peu plus fatiguée qu’autrefois. Elle se disait très heureuse et allait bientôt reprendre le travail à temps plein. Ces premières rencontres depuis longtemps étaient un peu comme ce qu’on affichait sur F…k : on n’y mettait pas les choses qui fâchent mais ce qui renvoie une belle image de nous. Alice ne lui avait pas parlé du père de l’enfant. En repensant à leur conversation, elle se dit qu’elle aussi avait été plutôt discrète sur ses propres galères, son accident, sa difficulté à trouver un travail intéressant et la triste réalité de sa vie non amoureuse. Elles s’étaient quand même passé leurs numéros de portable.

Hannah devait aller au boulot. Après le petit job saisonnier de l’automne, elle avait fini par retrouver un emploi dans sa branche même s’il s’agissait à nouveau d’un CDD mal payé. Au moins, il lui permettrait peut-être de se faire des contacts et elle pouvait à présent se mettre à la recherche d’un appartement : un studio ou une colocation.

En passant devant une épicerie, elle pensa à s’acheter une bouteille d’eau puisqu’elle allait beaucoup parler : cet après-midi, elle animerait une séance de formation à l’emploi pour des personnes encore mal à l’aise en français. C’était intéressant et elle se sentait utile.

Mais quel désordre dans cette association ! Et l’ambiance dépendait du niveau de stress de la comptable qui assurait la permanence et de la présence ou de l’absence du directeur. Pour l’instant, elle observait et ne voulait surtout pas s’engager dans des conflits.

Ce qu’elle aimait bien dans cet emploi était la variété de ses tâches. Certaines demi-journées, elle faisait office d’écrivain public. Le jour précédent, alors qu’elle aidait des personnes dans leurs démarches administratives, elle avait vraiment travaillé à la chaîne depuis 13h. D’abord un homme, en arrêt-maladie depuis 2018, qui ne touchait toujours rien malgré ses cotisations au Gan. Ensuite, une femme, qu’elle avait cru jeune mais qui avait quarante-huit ans. Elle devait écrire à l’école de formation où elle avait eu un diplôme d’aide en gériatrie. Ce qu’elle ne comprenait pas, c’est pourquoi cette dame voulait une lettre en français, alors qu’elle écrivait à une école au Portugal. Il s’agissait d’obtenir une équivalence en termes de compétences telles que décrites dans la nomenclature établie par le Conseil européen. Le troisième homme faisait une demande pour changer de logement social. Divorcé depuis peu, il voulait un deux-pièces, absolument dans le centre-ville : il était cuisinier dans un restaurant de sushis. Le dernier avait demandé qu’elle lui rédige un retrait de plainte. Il avait un modèle qu’il lui avait suffi de copier et de compléter.

Parfois, les demandes pouvaient être plus longues à traiter. La semaine précédente, le dossier d’un étranger malade avait nécessité un travail de près de deux heures. Il était difficile car il ne s’exprimait pas très bien en français et plusieurs papiers lui manquaient, mais il avait un dossier médical solide, une carte d’aide médicale et ses trois enfants vivaient à Strasbourg ainsi que leur mère avec qui il ne vivait plus.

Lorsque Hannah arriva devant l’assoc, Sylvie était en train de fumer dehors. Elle lui raconta comme elle était fière du nombre de dossiers qu’elle avait réussi à finaliser dans la matinée. Sa collègue travaillait énormément, très efficacement et se faisait pourtant houspiller parce qu’il lui arrivait de papoter dans le couloir. Sylvie, dans la cinquantaine, avait eu une vie bien remplie mais, comme beaucoup de femmes de son âge, avait eu du mal à retrouver un emploi avant d’obtenir celui-ci. Son contrat arrivait bientôt à échéance et elle n’était pas assurée de le voir renouveler. Une situation angoissante pour quelqu’un qui n’avait pas d’économies. Hannah se demandait si c’était la raison pour laquelle elle fumait autant malgré sa toux. Elle ne lui dit rien ; elle avait essayé une fois et s’était fait brusquement rembarrer. Cela la fit penser à son père qu’elle ne voyait pas souvent et qui ne se débarrassait pas non plus de cette habitude. Elle ne comprendrait jamais les vieux !

Hannah bavarda encore un peu puis monta pour préparer la salle de formation. Elle rencontra Corinne, la comptable, toujours stressée mais très correcte avec elle. Elle se dit que ce ne devait pas être facile d’être responsable des comptes dans une structure avec un patron parti à l’étranger la moitié du temps et des stagiaires et des employés qui changeaient tous les quelques mois. Bon, ce n’était pas son problème. D’abord la formation, puis, en soirée, elle essaierait de sortir pour voir un peu de monde. Il était temps de se retrouver un copain.