Je l’ai écrite très vite ce matin, inspirée par un défi sur Atramenta dont la suggestion est la suivante :

Défi métier, art… – Inventez !
L’objectif consiste à inventer un métier. Pratique, réaliste, utopiste, poétique, fantastique (du moment qu’il n’existe pas).
Le titre du texte sera celui du métier. Décrivez-le.
Par exemple, vous pouvez : conter une histoire qui explique cette profession, ou décrire précisément le métier, ou le mettre en valeur (le défendre), etc.

Amélie Gahete sur le forum Atramenta

J’en profite pour signaler ce forum d’Atramenta et particulier la salle Auteur cherche Auteur où l’on se pose des défis d’écriture.

https://www.atramenta.net/forum/salle20.html

Mais voici donc :

3 Shades of…Synam », analog photography,
Heidelberg, Allemagne
par Dan Pero Manescu = Q-ART)
(Wikimedia Commons)

Le désuniformeur

Chloë et George s’étaient retrouvés chez eux en soirée après leur journée professionnelle. Ils étaient encore jeunes et n’avaient pas d’enfants mais quelques mésaventures leur étaient arrivées récemment lorsqu’ils s’étaient donné rendez-vous dans un bar ou un café à la mode. À chaque fois, la raison en était qu’ils ne s’étaient pas reconnus ou, pour être plus précis, avaient pris une autre personne pour leur légitime moitié. Cette fin du vingt-et-unième siècle était pourtant idyllique. Il n’y avait plus de guerres ou bien, c’était juste qu’on n’en entendait plus parler. Plus d’histoires de racisme non plus puisque tous avaient approximativement la même allure sportive, le même teint joliment bronzé, le corps galbé et glabre, la chevelure brillante et ondulante. Ceci est peut-être légèrement exagéré puisqu’il y avait quand même une dizaine de types physiques dans chacun des genres.

Au niveau professionnel, également, tous occupaient des emplois aux fonctions à peu près similaires de service à la personne et d’entretien des systèmes de communication et de bien-être.

Tous deux se souvenaient de ce que leur grand-parents leur avaient raconté autrefois. Ils en avaient honte et frémissaient en y pensant. On les avait assurés que les générations suivantes n’auraient aucune information sur ces atrocités des siècles passés : la peur du chômage, les guerres, la faim.

L’humanité était moins dense à présent, belle et heureuse.

Chloë et George, amoureux l’un de l’autre, bien entendu, s’étaient mutuellement avoués qu’il leur manquait quelque chose. Ils ne savaient pas pourquoi mais ils n’arrivaient plus à faire l’amour ensemble. Même lorsqu’ils s’étaient trompés et avaient couché avec un autre le prenant pour leur conjoint, cela n’avait pas fait la moindre différence. Ils avaient eu l’impression d’être des mannequins, dans une vitrine de magasin, performant de façon experte tous les gestes, les acrobaties, les regards accomplis de la chose, mais il n’y avait eu aucun feu de plaisir, même pas une étincelle.

C’était une folie, mais ils croyaient qu’ils allaient investir leurs économies dans les services d’un désuniformeur. On en parlait de plus en plus de cette profession, toujours de façon un peu coupable. Et Chloë avait remarqué l’autre jour que sa voisine d’atelier avait un grain de beauté avec un poil sur le côté de sa nuque. Elle l’avait fixée interdite jusqu’à ce que celle-ci lui adresse un sourire radieux et fier. Elle avait fait le pas ! Chloë et George n’étaient pas très riches et s’ils voulaient chacun profiter d’un petit changement pratiqué par le désuniformeur, il leur faudrait étudier soigneusement ses honoraires et le tarif de ses interventions. George, de son côté, rêvait d’avoir un petit bedon, rien d’énorme, simplement quelque chose qui lui rappelle l’expression « les poignées d’amour » qu’il avait entendu sa mère chuchoter à son père. Quant à Chloë, elle avait envie de poils sur les jambes, mais c’était peut-être trop espérer. On verrait bien, le désuniformeur promettait de tout leur expliquer en détail.