J’avoue : je suis coupable d’abandon de blog pendant trois semaines. Deux semaines d’hospitalisation, une semaine pour reprendre souffle et remettre un peu mes affaires en ordre. J’ai consacré ce blog à la fiction, qu’elle soit mienne ou non, mais lorsque la vie devient intense, il m’est bien plus difficile de penser à la fiction. Aujourd’hui, pourtant, une première idée m’est venue, bien naïve, mais une première idée de mon invention et je vais donc la poster.

Mes inspirations du jour : le petit dessin que je place ici même, et une suggestion d’écriture de François Bon : Dialogue à un seul qui parle.

Je l’ai écrit vite et n’ai probablement pas été réellement en phase avec la suggestion faite, mais je suis bien contente d’avoir de nouveau un peu d’imagination.

L’extraterrestre (Céline Roos)

L’extraterrestre

Elle ressemblait à une extra-terrestre, peut-être l’était-elle. Je l’ai regardée en souriant dans doute, peut-être même en riant puisqu’elle m’a demandé pourquoi j’avais l’air si amusée. Ses grands yeux ne semblaient pas respecter la perspective : le plus éloigné me paraissait plus grand que le plus proche. Était-ce en superposition de ce que j’aurais vraiment dû voir ? Son crâne glabre montrait de petites protubérances effilées et ses oreilles, celle que je voyais, du moins, se terminaient en pointe. Ses lèvres étaient pleines et arboraient aussi un sourire sous son nez aux larges narines, le tout au-dessus d’un long cou qui rappelait celui de ces femmes africaines qui rallongent le leur en accumulant des colliers.

Je lui demandai ce qu’elle faisait dans la vie. Je vis, je vis pleinement, fut sa réponse qui résonna en moi comme des bulles de bande dessinée : chip, chip, mystère, mystère. Mais elle me renvoya la question et lorsque je lui dis que j’étais en repos et dans l’attente, elle ne me posa pas plus de questions et me suggéra de regarder avec elle autour de nous. Le décor semblait trépider : tratrarata, ratratraratata. Des lignes, des espaces à diverses hauteurs, des livres posés sur des coussins, des coussins posés sur des livres. Nous étions dans une pièce très ensoleillée. Les grandes vitres des fenêtres promettaient un espace de liberté dans le monde grand ouvert.

Elle me dit encore que la solitude n’était qu’une impression puisque nous échangeons, croisons nos idées et nos impressions alors même que nous n’en savons rien.

Je lui demandai alors si elle avait toujours vécu ici ou bien si elle venait d’ailleurs. Elle avoua qu’elle venait d’un autre monde, qu’il lui manquait parfois mais que ce n’était que faiblesse.

Je dus tiquer à ce moment puisqu’elle eut un air de compréhension, puis d’excuse. Elle ne voulait pas exactement signifier cela mais que certains sentiments profonds se retrouvent d’une culture à l’autre. Douleur, amour, manque sont les mêmes partout : ce qui change, ce sont les armures, les méthodes pour se protéger car les communautés sont différentes aussi.

Dans notre monde, nous nous isolons de plus en plus mais nous allons chercher l’autre parfois, en cas de besoin.

Ma curiosité n’était pas vraiment satisfaite et elle dut s’en rendre compte car elle me dit qu’elle dessinait, photographiait, qu’elle créait des images. Ramènerait-elle un jour ces images dans son monde pour les montrer ? Elle me répondit qu’elle ne savait pas ce qu’elle ferait dans le futur.

Je fis la remarque que son apparence physique pourrait lui permettre de gagner sa vie en tant que modèle. Elle rit et ajouta : comme un modèle de comics de science-fiction, n’est-ce pas ? Nous rîmes ensemble. Et toi, me demanda-t-elle, passant au tutoiement. Je lui répondis que je vivais aussi et que j’espérais que cela durerait le plus longtemps possible. Elle ajouta que, dans le fond, l’existence de chacun d’entre nous était menacée sans que nous en soyons conscients en permanence.

Soudainement, la sonnette de la porte d’entrée s’emballa, mon petit chien s’élança pour accueillir ma fille qui rentrait. Lorsque je regardai à nouveau en face de moi, mon extra-terrestre s’était envolée, sans doute dans une de ses bulles de bande dessinée.