Malgré ce titre un peu trompeur, le Professeur Lumière, que nous commençons à bien connaître, cette intelligence artificielle désireuse de se former pour devenir enseignant, n’était pas présent au symposium. Mais il a été question d’elle (ou de lui, mais les genres le concernent peu). Voici donc la suite de cette aventure, mais il est possible de relire les épisodes précédents ici:

Son expérience de stagiaire a été difficile, voir la nouvelle : Professeur Lumière, IA.

Professeur Lumière, IA est pourtant déterminé. Voir la nouvelle : Professeur Lumière, IA invaincu

Le temps de la réflexion : Professeur Lumière, IA vers Cybintel

Comment pense-t-il donc ? Où l’on accède à des bribes authentiques de la « pensée » du Professeur Lumière, IA

Au symposium, Professeur Lumière, IA

Évolution par Gerd Altmann de Pixabay

Hermione et Sarah s’étaient rapidement repérées l’une l’autre à leur arrivée au symposium. Elles se connaissaient depuis leurs débuts de stagiaires, avant leurs titularisations respectives. Puis Sarah avait obtenu un poste dans une autre région, mais elles étaient restées en contact et avaient décidé de s’inscrire ensemble à cette rencontre internationale. Pour l’instant, elles n’avaient pas pu bavarder, la première conférence ayant commencé à huit heures.

Elles se trouvaient dans la cafet de l’immeuble institutionnel. La grande salle bourdonnait des conversations des personnes sorties des amphis et des salles où avaient lieu les diverses conférences et ateliers. Leurs cafés et brioches en main, elles avaient trouvé un coin et s’étaient assises sur un petit muret à côté de plantes décoratives.

Sarah était une jeune mère de famille. Elle et son compagnon, également enseignant, avaient obtenu une mutation simultanée dans la même région. Ils avaient deux enfants et devaient être bien occupés.

– Comment as-tu fait pour te libérer ? Ton mari n’a pas trop rouspété ?

– Un peu, mais c’était mon tour. Une année, ce sont les projets de l’un de nous qui priment, puis la suivante, ce sont ceux de l’autre.

– C’est bien, comme ça. Je me réjouis de passer un peu de temps avec toi. Nous allons poursuivre nos commérages.

– Et toi, tu vas devoir me raconter où tu en es de tes amours ? Quelqu’un à l’horizon ?

– Non, je n’ai pas vraiment le temps d’y penser. Tellement de boulot !

– Je ne te crois pas. Et ce joli cœur qui te courait après ?

– Oh, lui ? C’est fini depuis longtemps. Non, c’est le calme plat dans ce domaine.

– Oh, regarde là-bas, ce ne serait pas monsieur Chope ?

– Où ça ?

– Là, tu vois la robe à fleurs jaunes ? Il lui parle.

– Tu as raison ! Tu crois qu’il nous a vues ?

– Je ne sais pas. Moi, je l’aimais bien comme formateur. Toi aussi, je crois, non ?

– C’était un bon formateur, mais je n’ai pas de très bons souvenirs de cette période.

Le temps de la pause était terminé. Elles se dirigèrent vers une salle où allait avoir lieu un atelier à propos de l’utilisation des nouvelles technologies. Encore une fois, elles avaient fait le même choix. Elles se trouvèrent prises dans un petit embouteillage à la porte et subitement entendirent :

– Mesdames Potière et Jacob ! À moins que vous ne portiez un autre nom maintenant ?

Monsieur Chope se trouvait juste derrière elles, souriant et accompagné de la dame aux fleurs. Il la leur présenta, madame Alice Stoltz, et elle les salua en anglais, malgré son nom bien alsacien. Madame Stoltz représentait la compagnie qui distribuait les logiciels éducatifs d’anglais en Alsace.

Les souvenirs d’Hermione concernant son ancien formateur et tuteur étaient mitigés. Tout en reconnaissant ses compétences d’enseignant et de formateur, elle lui reprochait intérieurement d’être un faux-jeton. Elle n’avait jamais compris certains épisodes à la fin de son stage où elle avait nettement l’impression qu’il lui avait tendu des pièges destinés à la faire mal voir par son administration. Heureusement, ce temps était passé ; elle était titulaire.

En atelier, monsieur Chope et madame Stoltz présentèrent ensemble la nouvelle plateforme de RightForYou. Il témoigna de l’avoir fait utiliser par ses élèves en classe inversée et vanta ses mérites. À la fin de la présentation, Hermione créa un moment de malaise en posant la question maladroite : son prix et en demandant candidement – tout en se morigénant mentalement – pourquoi elle devrait acheter ou demander à son établissement d’acheter ce produit alors que la toile d’Internet était ouverte aux élèves et pratiquement gratuite et qu’on pouvait y trouver quantité de films dans toutes les variétés de langue anglaise. Elle ne savait pas toujours se taire.

Elle-même fut amenée à communiquer sur les séances de co-animation avec l’intelligence artificielle. Elle holoprojeta des extraits de séances de cours avec Professeur Lumière, IA. Le public fut fasciné. Les émotions des auditeurs étaient évidentes. Un grand soulagement fut perceptible au moment où le robot se fait chahuter par les élèves. Les questions fusèrent ensuite :

– Avez-vous prévenu l’inspection académique de cette expérience ?

– Pensez-vous qu’il y a des chances pour qu’un robot puisse enseigner un jour ?

– N’y a-t-il pas de danger pour les élèves ? Un robot peut-il appréhender la complexité de la psychologie humaine, de celle des enfants ?

– Quel serait le prix que devrait payer un établissement s’il voulait utiliser une intelligence artificielle ?

– Les enseignants humains sont-ils voués à disparaître ?

Après sa prestation, elle se sentit réellement épuisée et ne parla pas beaucoup pendant leur repas. L’après-midi, elles suivirent un autre atelier où il était question des divers types de mémoire. On leur montra les dernières expériences faites avec les grands singes qui, de façon surprenante pour les auditeurs, avaient une mémoire à court terme bien plus efficace que celle des primates humains. Elle pensa brièvement que dans ce domaine : IA = singe + homme, puisque les intelligences artificielles, comme les jeunes singes pouvaient mémoriser extrêmement rapidement un grand nombre d’items et avaient en plus accès à toutes les connaissances humaines. Puis, elle pensa que les humains aussi avaient ces banques de données à leur disposition à présent. Il leur restait la création et l’imagination humaines qui seraient toujours différentiables de ce que les intelligences artificielles pouvaient concevoir.

Rentrée chez elle, elle se désola un peu que sa communication à propos de son expérience avec Lumière, l’intelligence artificielle apprentie professeur, n’ait pas soulevé plus d’enthousiasme. Il lui semblait pourtant que le sujet était passionnant. Son amie n’avait pas non plus été emballée. Tant pis, elle tenterait d’aider Professeur Lumière, IA. Pourquoi décourager une bonne volonté ?