Nous avions laissé nos deux jeunes de la communauté du Haut-Château-Du-Roi, Marc et Lucie, alors qu’ils avaient échappé à leur guide. Au moment où cette histoire reprend, la situation est délicate puisqu’ils doivent se cacher ou, au moins, cacher leur nouveau compère, évadé d’un centre de détention. Voici la suite de leur périple.

Rappel des aventures des deux premiers épisodes ici.

Rappel des aventures des épisodes trois et quatre ici.

Rappel de la fondation de la communauté du Haut-Château-Du-Roi ici.

Voici donc l’ épisode six du Périple aux dix Étapes

L’abri temporaire

Leur situation commençait à devenir gênante, ils allaient se faire repérer. Au moins deux fois, ils avaient senti des regards inquisiteurs se poser sur eux. La cour où ils se trouvaient était à l’arrière d’une maison d’habitation de quatre étages et plusieurs personnes y étaient entrées ou en étaient sorties.

Affiche du film O’Brother (2000)
des frères Coen

Lucie aurait déjà dû être de retour ! Marc était furieux ; il se demandait avec qui elle bavardait ou si elle avait trouvé un autre chien ou un chat à cajoler. Il avait eu l’instinct de la laisser partir acheter à manger pour qu’elle ne se retrouve pas seule avec Seb qu’ils ne connaissaient ni de Kevin ni de Hugues. Et puis, il avait quand même fait de la prison. Dire qu’il pourrait déjà être en train de déguster un de ces appétissants sandwiches qu’il avait vus en vitrine !

Un homme passa qui s’apprêtait à ouvrir la portière d’une voiture garée. Il s’adressa subitement à eux.

– Dites, excusez-moi, mais est-ce que vous habitez ici ?

Marc se sentit pris de court, mais Seb réagit rapidement.

– Bonjour ! Non, nous n’allons pas rester. L’agence nous a demandé de faire quelques mesures.

– Le syndic ? Ah bon ? Eh bien, bonne journée !

– Pareillement !

L’homme monta dans sa voiture, l’avança sous le porche, sortit à nouveau pour ouvrir le portail, une lourde porte cochère qui datait au moins d’un siècle et disparut avec son véhicule. Et justement à ce moment, Lucie s’avança vers eux, toute essoufflée et accompagnée de Marissa.

– On était dehors ! La porte était fermée. On se demandait si on allait sonner chez quelqu’un pour entrer.

Marc avait tellement faim qu’il en oubliait la politesse :

– Tu as apporté des provisions ?

– Non, je suis allée demander de l’aide à Livia et Marissa. J’ai pensé qu’elles nous comprendraient.

Marissa leur dit que sa voiture n’était pas loin. Elle allait la chercher pour plus de discrétion.

Quelques minutes plus tard, Seb, assis sur le siège arrière, demanda à Lucie comment elle avait fait pour trouver l’adresse de Marissa puisqu’elle ne lisait pas.

– J’ai une bonne mémoire, comme Marc. Nous sommes partis à pied de cette adresse, nous pourrons donc toujours retrouver ce chemin.

L’humeur de Marc ne s’arrangeait pas, cela ne risquait pas sans avoir mangé ! Marissa leur avait promis un bon repas que Livia était en train de concocter. Le trajet était court ; ils auraient pu le faire à pied facilement mais le risque que la maréchaussée repère Seb était trop élevé. Celui-ci, de son côté, prenait visiblement plaisir à regarder l’animation des rues et les vitrines des magasins.

– Alors, Seb ! Racontez-moi ! Quels sont tes projets ?

Seb n’était pas trop sûr de ce que Lucie avait raconté.

– J’ai entendu parler de votre communauté. Cela me ferait plaisir de la visiter.

– Et, si j’ai bien compris, tu es en cavale. Tu nous raconteras tout ça à table.

Seb s’étonnait quand même de la facilité avec laquelle le trio semblait l’accepter. Ils savaient pourtant qu’il était poursuivi par la police. Il avait de la chance ou bien il avait de lui-même mis les pieds dans un filet dont il aurait du mal à se dépêtrer. Cette communauté était peut-être une secte dont on ne ressortait pas. Mais ces jeunes étaient dehors, alors ?

Ils se retrouvèrent devant des assiettes appétissantes. Cela le changeait de son régime au centre de détention. Il imaginait Mounia se moquer de lui en l’entendant se plaindre. Comme s’il y était resté des années ! Il n’avait fait que deux mois et aurait dû sortir dans quelques mois. Mais c’était plus fort que lui : il ne supportait pas d’être enfermé. Son sport ou plutôt son activité professionnelle l’avait bien servi. Sa souplesse, la finesse de son corps, ses qualités acrobatiques lui avaient permis de s’échapper sous les yeux stupéfaits des témoins. Les articles de journaux du lendemain se moqueraient certainement de ses gardiens.

Livia et Marissa étaient en train de parler avec les deux jeunes de leur fugue. Elles l’avaient apprise avec ravissement.

– La pauvre Guetta doit être dans tous ses états ! Il ne faudrait pas rester ici trop longtemps : elle va peut-être penser à nous.

– Mais vous êtes…

– Oh, nous ne sommes plus en odeur de sainteté, depuis notre propre fugue. Lorsque nous avons décidé de refuser les jolis cœurs qu’on nous proposait et de nous mettre ensemble, vous auriez vu l’esclandre que ça a fait. Kevin et Hugues, ces deux vieux ringards de machos, n’avaient pas imaginé cette variante. Qu’on puisse préférer vivre avec une femme ! En plus, nous cachions des livres chez nous et ils s’en sont rendu compte.

Marc dit :

– Et puis la communauté a quand même besoin de vous pour recevoir les jeunes qui font leur périple.

– C’est ça. On leur rend service et cela nous permet de garder des liens et de voir du monde. À notre âge, il devient plus difficile de se faire des amitiés. Et puis, il y a aussi une raison financière puisque la communauté nous envoie une petite rente mensuelle qui nous est bien utile.

– Ah, c’est bien que Kevin et Hugues ne vous laissent pas complètement tomber.

– Mais c’est aussi pour ça que je ne voudrais pas avoir des ennuis. Nous nous lèverons tôt demain et vous conduirons près de la communauté. Vous marcherez un peu puisque nous ne sommes pas supposées y remettre les pieds.

Marissa s’interposa :

– Mais Seb, tu commences à en savoir beaucoup à notre propos. Et toi, tu nous racontes un peu ?