Mais que devient donc Hannah ? Je l’avais presque oubliée !
Voici le premier épisode de ses aventures : Hannah et après

Et le deuxième : Salon avec poupée et Hannah

Un petit tableau plutôt qu’une nouvelle, peut-être, mais c’est toujours agréable de savoir ce que deviennent les amis.

The Marx Brothers. Du haut en bas : Chico, Harpo, Groucho et Zeppo.
1931 (auteur : Ralph F. Stitt. Wikimedia Commons)

Hannah et Chloé vont au cirque

La dernière fois, les rôles étaient inversés. C’était elle, Hannah, la pauvre invalide et Chloé était venue la distraire de ses ennuis. À présent, elle tentait à son tour de dérider sa copine qui, comprenait-elle, venait de se faire plaquer par son copain. Jamais facile, ce genre de mission, d’autant plus qu’elles ne se ressemblaient pas du tout de caractère, ni physiquement d’ailleurs. Chloé, une jeune femme fine, nerveuse, châtain clair, s’habillait avec style. Sa mère, une « comtesse » la faisait parfois servir en tenue de serveuse lorsqu’elle recevait des invités. Le comte héréditaire, son paternel, se préoccupait bien moins de son titre. N’ayant pas encore beaucoup d’occasions de travailler dans son domaine, le journalisme, Chloé occupait une quantité de petits postes, dont du baby-sitting. Elle-même avait fait des études moins prestigieuses mais elle pensait avoir plus de chances d’entrer rapidement dans une voie professionnelle qui l’intéresserait. Elle se disait qu’une fois lancée, il lui suffirait de travailler sérieusement pour, petit à petit, obtenir des responsabilités. Physiquement, à dire vrai, ni l’une ni l’autre n’étaient des bombes, mais elles étaient normales, normalement jolies pour des filles de leur âge. Hannah, un peu plus ronde mais aussi un peu plus grande, retenait ses cheveux bruns bouclés dans une natte souple qu’elle laissait retomber sur son épaule. Les gens disaient souvent qu’elle réagissait vite, mais dans le fond, elle se sentait moins sensible et vulnérable que son amie.

Chloé paraissait abattue et épuisée. Elle lui avait avoué ne pas avoir dormi de la nuit entière.

– Mais raconte-moi, cela a été une dispute vraiment sérieuse ?

– Tu ne comprends pas, on ne s’est pas disputé.

– …

– Ce qui s’est passé a été tellement terrible pour lui qu’il a décidé de partir dans le sud pour un temps. Il dit vouloir « se changer la tête ».

– Du coup, vous n’êtes pas vraiment séparés.

– Mais c’est peut-être fini ! Il veut être seul. Tu n’as pas vu dans quel état il était ! Je voulais partir avec lui mais il a refusé.

Son ami n’avait certainement pas eu de chance, après trois ans de travail acharné pour remonter le café dont il était le gérant. Il était assez fier de ce qu’il avait réussi à créer comme atmosphère et de sa clientèle qui augmentait. Il avait aussi investi pas mal d’argent et voilà qu’il perdait tout dans un incendie !

– Bon, écoute, d’après ce que tu dis, tu ne peux pas faire grand-chose pour lui maintenant, alors ne te rends pas malade. Cela n’arrangerait pas la situation.

– Tu as raison, mais ça me rend folle !

– Il y a des fois où l’on doit régler ses problèmes tout seul. Il faut dire que vous n’avez pas non plus le même âge, il a peut-être vécu des choses plus dures que toi dans son passé.

– Mais ça ne signifie rien, ce qu’on a vécu ensemble ? On s’aimait !

– Laisse-le vivre son truc. Tu n’y peux rien. Il reviendra quand il aura trouvé une solution. Viens, fais une pause, on va se détendre. Tu pourras recommencer à avoir du chagrin plus tard.

– Tu as raison, il faut que j’arrête de tourner ça dans ma tête, je deviens obsessionnelle. Et puis je ne suis pas civilisée. Tu es gentille d’écouter mes malheurs, mais toi, raconte, où t’en es ?

– Il n’y a rien à l’horizon question hommes, mais j’étais cloîtrée pendant plusieurs semaines, alors…

– Tu as des nouvelles de Mario ?

– Non, et tant mieux ! Cette histoire est finie et il n’y a pas eu de drame.

– Un peu jaloux, je me rappelle…

– Un peu, tu dis ? Je ne sais pas si c’est moi qui ne suis pas mûre pour une relation stable. Mais il n’y en a pas un qui semble pouvoir comprendre qu’une femme peut s’intéresser dans la vie à autre chose que leur précieuse personne. Pour l’instant, j’abandonne.

– Marc n’est pas comme ça : ce que je fais le rendait fier. Oh, Hannah ! J’ai tellement mal !

– Allez, je te comprends, mais on va se changer les idées. Tu as ton ordinateur ? On va chercher sur Y…e des vieilles vidéos de Coluche ou des Marx Brothers, ou encore la Foresti, ça te dit ?

– Mais tu perds ton temps avec moi, la pleureuse. Je sais que tu voulais te trouver du boulot.

– J’ai fait ma tournée ce matin, les boites intérimaires, mes contacts à Pôle Emploi. Je referai le tour demain.

– On en trouve des films des Marx Brothers, sur Y..e ? Je n’en ai pas vu depuis longtemps.

– On peut chercher.

– Tiens, celui-ci est même traduit et je ne pense pas l’avoir déjà vu. On l’essaye ?

Les deux heures suivantes furent consacrées à Un Jour au Cirque avec les Marx Brothers, un film de 1939. La distraction parfaite.

Rappel des épisodes précédents

Voici le premier épisode de ses aventures : Hannah et après

Et le deuxième : Salon avec poupée et Hannah