Je me suis encore une fois laissée tenter par un défi d’écriture en cinq semaines avec une consigne par semaine. J’avoue que je le regrette un peu, mais je suis joueuse et résiste peu aux défis.

Voici les consignes de ces deux premières semaines :

Première semaine :
— un mode ou un moyen de locomotion
— une direction
— un paragraphe (au moins une phrase) avec des assonances (à vous de choisir le son que vous souhaitez répéter)
— les nuances d’une couleur

Seconde semaine :
— une tradition, une coutume, réelle ou inventée
— un élément climatique
— un dialogue
— acronyme ou sigle, inventé ou réel, éventuellement détourné

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Visiblement, la nouvelle que je vais tenter d’achever de la sorte sera de type littérature de jeunesse. Elle me pose déjà de nombreux problèmes. On verra bien comment je m’en sortirai. Mais voici donc mes deux premiers épisodes de

Le Périple aux dix Étapes

Haut-Koenigsbourg, France
photographe : Tobias Helfrich (Wikimedia Commons)

Le départ

Marc et Lucie étaient descendus de leur Haut-Château-Du-Roi. Un ancien les avait transportés en carriole jusqu’à la gare, puis ils avaient pris le train et s’étaient retrouvés à Sywfx. Les jeunes étaient étonnés de voir tous ces signaux, ces pancartes sur lesquels ils ne pouvaient remarquer que des petits traits, des points, des pointillés. Ils prenaient soin d’ailleurs de les regarder le moins possible. Les signes fabriqués par l’humain ne devaient être déchiffrés que par les guides. Panneaux, pancartes, paroles de papier étaient proscrits.

Dans leur Haut-Château-Du-Roi, personne ne transcrivait aucun message sur quelque support que ce soit. Cette pratique avait été rejetée et bannie par leurs Grands Anciens. Les guides qui étaient les seuls à avoir les clefs de déchiffrement des messages écrits étaient bien également issus de la communauté du Haut-Château et chacun les considérait avec respect. Ils accompagnaient les jeunes alors qu’ils faisaient leur périple aux dix étapes dans le monde extérieur.

Marc et Lucie attendaient devant la gare de Sywfx celui qui allait être leur compagnon pendant la durée de leur voyage. Ils ne le connaissaient pas et savaient seulement qu’il était aussi un ancien, c’est-à-dire qu’il avait plus de trente ans. Marc et Lucie allaient accomplir une mission ponctuée d’étapes et seul le guide connaissait chacune de ces étapes ou du moins le nom des personnes qu’ils allaient rencontrer.

Le visage de Lucie s’éclaira, elle avait reconnu la courte cape verte sur les épaules d’une personne qui s’approchait. Personne d’autre dans cette gare n’était vêtu de cette façon. La cape verte d’une teinte assez sombre, était un des éléments de la tenue des guides. Elle donna un petit coup de coude à Marc qui regarda dans la même direction qu’elle et lui dit, étonné :

– Mais, c’est une femme, une très ancienne !

– Et alors, tu crois qu’une femme ne peut pas être une guide ?

Marc se tut et composa sa posture d’accueil et de respect pour se préparer à saluer leur guide.

– Bonjour, vous êtes Marc et Lucie ? Suivez-moi, il n’est pas bon de s’attarder en ces lieux. Je vous expliquerai en route. Dépêchez-vous !

Marc et Lucie remirent sur leurs dos leurs sacs et avancèrent en tentant de suivre l’allure empressée de la petite femme ronde qui les précédaient.

– Comment devons-nous vous appeler, Grande Ancienne ?

– Guetta, si vous y tenez, mais le moins vous me parlerez, le mieux ce sera. Écoutez-moi plutôt. Vous avez bien été au bout de votre scolarité ? Vous avez obtenu vos diplômes en écoute ?

– Oui, Guetta !

Les deux jeunes avaient répondu simultanément, un peu choqués. Ils n’auraient jamais eu le droit de quitter le Haut-Château-Du-Roi s’ils n’avaient pas été diplômés !

– Bien ! Au cours de votre voyage, vous allez rencontrer des personnes qui vous raconteront des histoires. Certaines ont lu un livre dans leur vie.

Le souffle court des jeunes en entendant ceci révéla leur surprise.

– Écoutez ! D’autres ont eu une vie extraordinaire et édifiante pour notre peuple. Toutes ont pour mission de vous réciter leur enseignement. Vous devrez vous en souvenir pour le transmettre à l’assemblée à votre retour.

Les premières étapes

Marc et Lucie ne manquaient pas de foi mais comment prendre au sérieux la petite femme dont le corps se dandinait alors qu’elle avançait à petits pas pressés dans les ruelles d’un quartier aux vieilles maisons biscornues ? Ils chuchotaient et pouffaient entre eux. Celle-ci s’arrêta soudain – ils faillirent la bousculer – et leur dit :

– Je n’irai pas plus loin. Avancez, tournez à droite au prochain croisement. Vous entrerez dans une impasse. Toquez à la dernière maison. Et Écoutez et Rappelez-vous :

Nul ne parlera des rêves des auteurs !

Marc et Lucie se figèrent puis ils répétèrent ensemble : Nul ne parlera des rêves des auteurs !

– Allez à présent ! Que votre périple se déroule de façon satisfaisante !

– Merci Guetta ! Est-ce que nous nous reverrons ?

– Peut-être.

À nouveau seuls devant la porte indiquée, les deux jeunes gens y toquèrent avec diligence. Elle s’ouvrit et une main au bout d’un poignet et d’une manche s’empara du bras de Lucie et le tira. Marc la suivit en toute hâte. Dans un corridor au bout duquel l’on voyait monter un étroit escalier, se trouvait un homme trapu et barbu qui prit une chaise qu’il plaça devant lui. Ils le regardaient, ébahis.

– Écoutez et Rappelez-vous ! Les meubles faits de bois sont-ils encore apparentés à l’arbre ? L’arbre, dont le bois a été utilisé pour fabriquer cette chaise, a-t-il vraiment vécu ? Ou bien n’a-t-il été élevé que pour servir de bois ?

Bien entraînés à l’écoute, les deux jeunes répétèrent le message sans difficulté. Ils n’osèrent pas exprimer leur surprise de devoir enregistrer un texte composé seulement de questions. L’homme poursuivit :

– Allez retrouver votre guide et dites-lui que le photocopieur est en panne.

Marc répondit :

– Oui, nous y allons, Monsieur.. ?

– Je suis Jacques, bonne marche !

– Merci Jacques.

Ils rebroussèrent chemin, parlant à voix basse, sans y penser.

– Quelque chose commence à m’énerver.

– Tu t’énerves tout le temps, Marc.

– Ça ne t’étonne pas, toi ? Tu as vu comment ils nous parlent ? C’est une façon d’accueillir les gens, ça ?

– Tu as raison. Je ne m’imaginais pas le voyage comme ça.

Marc lui saisit le coude alors que Lucie s’apprêtait à tourner pour entrer dans la ruelle.

– Attends, on va les faire attendre un peu.

– Regarde le petit chien, là, à côté du banc ! Il est mignon !

Lucie s’assit sur le banc pour se rapprocher de la hauteur du chien et tendit sa paume à plat vers son museau. Ils fraternisèrent. Marc continuait à ruminer.

– Il y a intérêt à ce que ça change ou moi, je…

– Quoi, toi ? Que veux-tu faire ?

– Je ne sais pas, on verra. Allez, dis salut à ton nouveau copain. Il faut y aller.

– Au revoir, toutou ! Amuse-toi bien !

Guetta les attendait à l’endroit où elle les avait laissés.

– Jacques a-t-il un message pour moi ?

– Il a dit : le faux Toco pilleur est en panne.

– Savez-vous ce que cela signifie ?

– Non, Guetta.

– C’est bien, vous pouvez l’oublier. Votre prochaine étape sera l’endroit où vous dormirez ce soir.

Ils marchèrent longtemps dans de vieilles rues, longèrent ensuite un fleuve, passèrent sous un tunnel et après encore bien des routes et des rues, ils purent reposer leurs pieds douloureux, attablés devant des bols de soupe chaude dans la cuisine d’une maisonnette. Cette soupe était la bienvenue car une bruine froide les avait accompagnés durant la dernière heure. Leurs hôtesses, deux femmes âgées se ressemblaient assez pour être de la même famille. Guetta se reposait avec eux mais ils avaient compris qu’elle repartirait dans la soirée. Ils ne firent pas long feu et allèrent se coucher dans la petite pièce qu’on leur avait réservée, bavardèrent pendant un court moment avant de s’endormir, sans trop se préoccuper de leur guide qui, pour l’instant, ne leur semblait pas vraiment sympathique.

Les épisodes suivants dans quelques jours… C’est ici!