Professeur Lumière, l’intelligence artificielle qui a occupé une place d’enseignant stagiaire en classe d’anglais dans la nouvelle Professeur Lumière, IA s’est trouvé quelque peu dépassé par les évènements. Les jeunes humains lui ont donné de quoi réfléchir.

Pour relire cette histoire, c’est ici : Professeur Lumière, IA.

Qui a dit qu’être artificiel empêchait d’être déterminé ? Lumière poursuit ses aventures dans le monde enseignant. Les voici dans la petite nouvelle suivante.

Professeur Lumière, IA invaincu

Image par StockSnap de Pixabay

C’était un jeune robot qui désirait (peut-on vraiment utiliser ce verbe ?) devenir professeur et encadrer de jeunes humains. Il avait intégré les acquis théoriques nécessaires aussi bien dans le domaine des matières d’enseignement que dans le domaine didactique. Il avait également suivi une formation pratique, sur le terrain, dans de vraies salles de classe et il avait observé un enseignant humain à l’œuvre. Tout s’était passé à peu près selon ce à quoi il s’attendait.

Pourtant, il n’avait pas réussi à faire valider la deuxième partie de sa formation sur le terrain, celle où il devait prendre la classe en charge, enseigner lui-même et faire respecter la discipline. Il n’avait pas réussi à anticiper les actions et réactions des élèves. Alors qu’il avait pourtant revisionné cette dernière séance ratée ainsi que celles où l’humaine enseignante gérait la classe, il ne comprenait toujours pas comment les petits humains fonctionnaient et ce qui leur avait permis de le rendre momentanément hors d’usage. En dépit de son nom, Professeur Lumière, IA ne se sentait pas illuminé !

Lumière n’avait tout simplement aucune obligation de persévérer dans cette direction puisque le projet n’était plus programmé. Néanmoins, la loi d’octobre 2025 sur les droits et libertés des intelligences artificielles stipulait que chaque robot avait à sa disposition une certaine quantité de temps de loisir ainsi que le droit d’en profiter à sa guise pour faire des recherches privées ou pour créer des œuvres qu’elles soient matérielles, artistiques, scientifiques ou intellectuelles dans la mesure où ces recherches et ces créations ne dérogent pas aux règles du droit, civil ou public. Il consulta une autre intelligence artificielle pour lui demander conseil.

– Avez-vous pensé à consulter les enfants ? Nos données ne semblent pas complètes.
– Mais… avez-vous déjà parlé avec des enfants ? Ils ne semblent pas fonctionner logiquement.
– Pourtant, ces enfants deviennent, en grandissant, des humains adultes et ce sont bien eux qui nous ont conçus. Votre tutrice, durant la partie pratique de votre formation, arrivait bien à accomplir ses fonctions, n’est-ce pas ?
– Vous avez raison, pourquoi ne pas essayer ?

Professeur Lumière, IA demanda donc à l’enseignante s’il serait possible de se faire conseiller par des élèves. Elle accepta avec enthousiasme et, la semaine suivante, il se retrouva dans une salle de classe avec deux garçons et deux filles de la classe où il avait subi le mémorable revers. Il avait accentué ses récepteurs audio-visuels, sa vitesse de computation et sa vitesse de téléchargement afin d’avoir accès le plus rapidement possible à tout savoir nécessaire pour gérer cet entretien avec des petits humains. Cette fois-ci il s’était préparé. Nul n’aurait été en droit de dire qu’il était nerveux puisque ce genre de caractéristique n’était pas propre au genre artificiel. Seuls des ignorants, ou à la limite des enfants….

– Je croyais que les robots savaient tout ? Un jour, vous voudrez diriger le monde.
– Nous ne connaissons que les faits collectés par les êtres humains. Et nous ne sommes pas programmés pour diriger le monde.
– Tu parles, Charles !
– Je parle mais je ne m’appelle pas Charles.
– Oh, Julien, arrête ! Il nous a rien fait. Il veut qu’on l’aide.
Mélanie avait pitié du robot.
– C’était juste pour rigoler. Il comprend pas la plaisanterie ?
– Rigoler, rire, ah, je vois ! C’était une blague. Je ne comprends pas bien l’humour humain. Mais… ce que vous avez dit n’a pas fait rire vos camarades. L’effet n’est donc pas garanti ?

Heureusement, Hermione Potière, l’enseignante était présente.
– Professeur Lumière, excusez mon interruption, mais les élèves et moi-même avons cours dans une demi-heure. Restons au cœur du sujet.
– Bien sûr, excusez-moi ! Ces questions sont très intéressantes ! Les enfants, j’aimerais que vous me donniez des conseils.
– Sur quoi ?
– Vous avez vu que je n’ai pas bien réussi à faire cours avec vous. Savez-vous pourquoi ?
– Oh, ça allait ! Faut pas vous fâcher. On rigolait juste.
– Il faut punir.
Les réponses fusaient à nouveau, simultanément. Cette fois-ci, Professeur Lumière répondit tout de suite.
– Mais je ne pouvais pas punir : aucun d’entre vous n’avait fait quelque chose qui méritait une sanction.
– Faut demander à la prof, euh, à Mme Potière. On peut pas faire ça avec elle.
– Pourquoi ?
Les quatre pouffèrent de rire.
– Ça le ferait pas. Elle aurait pas laissé faire.
Hermione dit :
– Parfois, il faut savoir dire « non, cela suffit ! »
– Mais s’ils demandent une explication ?
– Plus tard. Et s’ils insistent trop, je leur dis que je mettrais l’explication par écrit dans leur cahier de liaison.
– Ouais… Et les parents devront signer, ajouta Karim.
– Elle est trop forte !
– Voilà qu’ils me flattent ! Eux aussi se croient trop forts. Voudriez-vous leur demander autre chose ?
– Non, je vous remercie, les enfants. J’essaierai de faire mieux une prochaine fois si je peux à nouveau vous faire un cours.
– C’est cool !
– Faut revenir, Professeur Lumière ! On vous aime trop !

Hermione renvoya les élèves dans leurs classes respectives et proposa à Lumière de la rappeler pour reparler de tout ça. Lumière la remercia et se promit de visionner encore des séances pour mieux comprendre ces fonctionnements humains entre enfants et enseignant. Il y arriverait, foi d’IA !