Professeur Lumière, l’intelligence artificielle, professeur apprenti progresse.

Son expérience de stagiaire a été difficile, voir la nouvelle : Professeur Lumière, IA.

Professeur Lumière, IA est pourtant déterminé. Voir la nouvelle : Professeur Lumière, IA invaincu

C’est le temps de la réflexion, décrite dans cette petite nouvelle :

Professeur Lumière, IA vers Cybintel


Image par Noupload, licence Pixabay

Lorsque Lumière prit congé d’Hermione, il ne sortit pas simplement du collège pour se rendre à l’institut Cybintel qui était pourtant tout proche. La société n’était pas prête pour cela. Quelques expériences de laisser des robots déambuler dans les rues avaient coûté assez cher : telle IA s’était retrouvée maculée de boue ou même de peinture, telle autre avait été caillassée. Certains robots avaient complètement disparu après un appel de demande d’aide au centre et on soupçonnait des trafiquants de les avoir démontées pour revendre leurs circuits et leurs pièces détachées. Ils avaient été les cibles de jeunes plaisantins et de vieux roublards ou de personnes rendues agressives par leur peur des intelligences artificielles.

Lumière fit donc le trajet dans un taxi automatique tout en songeant à l’inconséquence des humains qui acceptaient en ville ces voitures qui roulaient sans aide humaine alors qu’ils refusaient de rencontrer des IA dont les programmes interdisaient absolument qu’elles puissent nuire à un être biologique. Cette pensée ne prit qu’un millième de seconde et une autre idée, un peu fumeuse, commença à se former : s’il pouvait mettre en place une simulation de classe avec d’autres collègues IA ! L’idée même de simuler le comportement d’enfants semblait cependant aberrante. À moins que l’on intègre cette variable de la « blague », de l’humour dont les enfants parlaient ? La littérature, les films comportaient certainement des données sur la question. Il commença à répertorier les recueils de blague, les textes parlant d’humour. Mais comment reconnaître ce qui était drôle dans les films que l’on qualifiait de comiques ? La question était ardue. Il s’apprêtait à entamer une recherche dans les bases de données de travaux universitaires pour trouver des critiques littéraires et filmiques lorsqu’il arriva à l’institut.

À l’interclasse suivante, Julie, Mélanie, Mounia et Karim décidèrent de se retrouver à la cantine à midi. Ils avaient besoin de reparler de ce que s’était passé avec le prof robot.

– Tu le trouves pas trop chou, toi ? C’est comme s’il était triste.

– Quand il nous regarde avec ses yeux grands ouverts…

– Oui, je sais bien que c’est un robot mais il donne confiance.

– Ce serait drôle s’il clignotait !

– Eh ! On en profite pour demander à faire un projet ?

– Quoi, un projet sur les robots ?

– Oui, peut-être avec le prof de techno ?

– Tu crois que tu vas pouvoir fabriquer un robot ?

– Non, t’es fou ! Mais on pourrait lui fabriquer des choses, genre une voiture roulante, je ne sais pas, moi.

M. Jeannot, le gestionnaire avait observé Lumière alors que celui-ci attendait l’arrivée de son taxi. Il se disait que si c’était ses gosses, il ne laisserait pas aux mains d’un robot. Cette boule de billard blanche posée sur des briques de lego blanches, sans âme, est-ce qu’elle pensait même quand elle était au repos comme ça ? Est-ce qu’elle s’en rendrait compte s’il lui balançait un pot de peinture dessus pour lui donner des couleurs à cette face de plâtre ?

M. Jeannot repensa aux caractéristiques de ce type de robot contenant une intelligence artificielle, ou plutôt de la version destinée à l’usage des familles. Il se demandait qui en achetait, il ne connaissait personne qui l’avait fait. Cela ne devait pas coûter des clopinettes. La notice sur internet disait :

« Nos concepteurs lui ont donné des mouvements naturels et expressifs. De plus, ses modules de perception lui permettent de reconnaître et suivre son interlocuteur des yeux. Muni de capteurs tactiles et de microphones, votre robot est conçu pour interagir avec les personnes. Il n’a aucune difficulté à percevoir son environnement et à dialoguer quand il voit une personne. Sa taille d’un mètre vingt et son visage ouvert le rendent sympathique à tous. Grâce à son design arrondi, tous se trouveront en sécurité avec lui. »

Hermione réfléchissait. Elle pressentait des problèmes. Les remarques de ses collègues commençaient à faire effet. Et ce serait bientôt les conseils de classe. Elle pouvait s’attendre à des questions des parents à propos de l’intelligence artificielle. Elle-même s’en posait à son propos. Son visage avait un tel air de candeur, dans sa volonté de réussir à devenir un enseignant. Elle devait faire attention à ne pas le personnifier. Il n’était même pas un simple objet, plutôt une série d’impulsions électriques. Mais est-ce que ce n’était pas aussi vrai de son propre cerveau ?

Arrivé à l’institut Cybintel, Lumière se dirigea vers la salle de recharge de ses batteries, se brancha et se projeta intérieurement la scène de sa conversation avec les jeunes. Il se demanda comment ils le voyaient. Il n’était pas bien plus grand que ces enfants, plus petit que la plupart des adultes, une précaution prise pour ne pas ajouter à l’inquiétude des humains face aux intelligences artificielles. Se pourrait-il que ces enfants l’acceptent un jour comme un professeur compétent ?