La mini-nouvelle que j’ai écrite aujourd’hui est de type littérature de jeunesse. Elle m’a été en partie inspirée par la suggestion d’écriture « derrière la porte » donnée dans le forum Zodiac Writing Challenge dédié aux nouvelles très courtes et en partie par un souvenir de jeunesse que j’ai un peu fictionnalisé ici. Je rends ici hommage à un chien aimé disparu , à une famille imprégnée de l’importance de leurs liens avec leurs frères animaux et à une voix qui regrettait que l’on ne consigne pas suffisamment l’histoire de ces amis non humains qui vivent avec nous et ont tant d’influence sur nos vies.

chien berger de couleur claire assis dans un appartement familial
Sam

Sam en retrait

Sam était accroupi, la tête posée sur ses deux pattes avant, à demi-caché derrière le battant de la porte qui donnait sur le couloir. Il n’était pas vraiment caché, son grand corps n’aurait pas pu disparaître derrière la porte, mais il était discret. Il sentait que ce n’était pas le moment de les embêter et il voulait savoir ce qu’ils allaient décider. Étaient présents Papa, Maman, et les quatre jeunes dont il ne se rappelait pas encore les noms. Le moment était grave.

Certains étaient assis sur des chaises et des fauteuils, un des jeunes était debout appuyé contre le dossier d’un fauteuil, Maman assise à la table, et derrière elle, on voyait deux valises vides. Elles étaient légères : il avait pu s’en rendre compte en les reniflant et les poussant du museau.

Papa prit la parole :
– Muriel, Philippe, arrêtez-un peu et écoutez ! Dans une semaine, nous allons rentrer à Strasbourg. Il faut qu’on décide aujourd’hui de ce qu’on va faire.
– A propos de Sam ?
– On le garde ! On le garde !
– Mais si quelqu’un le réclame ?
– Si on le garde, on va peut-être dire qu’on l’a volé.
– Puis on déjà deux chiens.
Maman s’interposa :
– Tonus et Foxy ne semblent pas malheureux. Sam est très prudent avec eux et il n’y a pas de problème. Ils pourraient bien s’entendre.
– Chic, chic !

Certains enfants semblaient avoir compris que Maman était d’accord pour le garder. Un bon signe ! Sam commença à avoir de l’espoir, son cœur battait vite et fort. Mais il ne fit pas le moindre bruit. Il n’osait presque pas respirer. Il sentait la fragilité de l’instant. Le plus grand des enfants demanda :
– Et les petits mots qu’on a laissé à la boulangerie et à l’épicerie n’ont rien donné ?
– Non pas de nouvelles.
– C’est pas croyable que personne ne réclame un si beau chien ! Il ressemble à Rintintin et il est super-intelligent, on dirait !
Papa dit :
– On en a parlé avec Yolande, et ce qu’on pense, c’est que c’était un chien de l’armée. Il a l’air jeune encore. Peut-être pas encore tout à fait entraîné.
– S’il se fait entraîner par l’armée, il pourrait devenir dangereux. Mais alors, on devrait leur demander ?
– Nous nous sommes renseignés, il n’y a pas d’escadron ou de caserne dans la région. Peut-être était-il en transit. Il se sera échappé d’un wagon, peut-être.
– Oh Mman, Ppa ! On le garde, alors, allez ! Dites oui !
Les parents commençaient à sourire. Maman dit :
– Mais il va falloir aider à le sortir, on est bien d’accord ?
– Oui, oui, oui !
– Super, pour une fois, je suis content de rentrer de vacances, avec un nouveau chien, tu parles !
– Tu vas voir quand on va le montrer aux autres dans le quartier !
– Ils vont en baver de rage et de jalousie ! Ouaf, ouaf !

Ils se tournèrent tous vers Sam en souriant. Il comprit alors que c’était décidé : il allait rester chez ces gens si gentils. Il se leva, la queue frétillante et il s’approcha de chacun d’eux à tour de rôle, en approchant sa tête comme pour les embrasser. Plus besoin de se cacher derrière la porte !